De Javu est le titre du premier single de votre nouvel album. Vous le savez sans doute, ou peut être pas d'ailleurs, mais l'orthographe correcte en Français est "Déjà Vu"… Pourquoi avez-vous ainsi malmené notre langue ? Une fille française vous a-t-elle fait souffrir récemment ?
Lindstrom :
(Rires) Non pas du tout, je ne nourris aucun sentiment négatif à l’égard des Français et des Françaises. C’est juste que j’ai pour tradition de choisir des titres de morceaux et d'albums avec une mauvaise syntaxe, comme par exemple, I Feel Space, Where You Go I Go Too, ou Real Life is No Cool.

La « baseline » de votre label, Feedelity, est « that feeling that you've been here before » (en français : "ce sentiment de déjà vu") s'applique totalement au single De Javu. Quels sont les ingrédients magiques pour composer un morceau qui sonne à la fois vieux et neuf ?
Lindstrom :
Peut-être tenter de se concentrer sur le futur, tout en utilisant des outils du passé.

 

Boyfriend - Best Coast (Lindstrøm remix (Edit)


Pour la première fois de votre carrière, vous chantez sur ce disque. Pourquoi?
Lindstrom :
J’ai toujours voulu faire un album dans lequel j’inclurais ma propre voix. J’ai fait de nombreuses harmonies vocales sur Real Life Is No Cool, alors j’ai réalisé que ça ne devait pas être si compliqué de faire moi-même les voix sur mon propre album. Une fois que j’ai compris ça, il m'a suffit de prendre une certaine distance vis-à-vis de l’enregistrement de ma voix, en utilisant des transformateurs de voix et des pitches. Évidemment, ma voix ne sonne plus du tout naturellement une fois tous ces effets rajoutés.
 

Is Not Release, le premier morceau de Six Cup of Rebel, est-ce un plagiat ou un hommage à Jean-Sebastien Bach ?
Linstrom :
Je ne pense pas que ce soit un plagiat.  Plutôt une sorte d’hommage oui. Le pouvoir des orgues d’église peut être époustouflant, et c’était donc intéressant d’en utiliser pour faire l’intro d’un album comme celui-ci.

Toujours dans Not Release peut-on établir le même rapport de liberté d'improvisation entre la basse continue baroque et votre ligne de basse presque contrapuntique ?
Linstrom :
Alors honnêtement, je n’ai ni les moyens ni l’entraînement pour parler de musique à un niveau aussi compliqué. Malheureusement, mes oreilles ne sont pas douées de parole. Je ne suis pas entraîné pour répondre à des questions comme ça. Pourquoi ne pas me demander plutôt ce qu’est ma couleur préférée ?

 

 

Oui alors en fait, c’était pas une vraie question mais juste une feinte pour voir si vous en étiez capable. Donc en fait, vous composez à votre façon et pas du tout en usant des méthodes traditionnelles et conventionnelles de production ?  
Lindstrom :
Tout à fait. Je suis un mec simple. Je ne suis pas allé à l’université pour étudier la composition, la théorie de l’harmonie ou autres sujets complexes.

Est-ce que vous écoutez de la musique classique ?
Lindstrom :
Oui, occasionnellement. Il y a cette émission de musique classique à la radio norvégienne qui est diffusée chaque nuit, quand tout le monde est endormi, à l’exception des chauffeurs de taxi. Parfois, après avoir travaillé tard au studio, j’écoute cette chaîne en rentrant en voiture au milieu de la nuit. J’ai aussi écouté de la musique classique norvégienne contemporaine récemment. Immortal Nystedt de Ensemble 96  et Iver Kleive qui interprète Max Reger : incroyable !


Pourquoi ce titre Six Cups Of Rebel : est-ce un hommage à la célèbre vidéo 2 Girls and 1 Cup ?
Lindstrom :
En 2005, j’ai utilisé ce titre comme un pseudo pour sortir un EP de morceaux qui ne correspondaient pas avec mon identité de Lindstrom. L’idée était alors de sortir ce disque de façon anonyme. Si j’ai utilisé ce titre pour ce nouvel album, c’est parce que cette fois, je ne voulais pas cacher mon identité comme je l’avais fait à cette époque, mais ça me permet de signifier d’une certaine façon que tous ces nouveaux tracks sont très différents de ce que j’ai fait par le passé.  Et désolé mais je ne connais pas la vidéo à laquelle vous faites référence.

 

Lindstrøm & Christabelle - Lovesick


Tant mieux pour vous, vraiment. De quelles façons vos intentions et votre état d’esprit étaient-ils différents lorsque vous avez enregistré cet album, en comparaison à vos autres albums ?
Lindstrom :
J’ai commencé à travailler sur les morceaux en sachant qu’ils allaient se retrouver sur un album. A chaque fois que je faisais un morceau, je réfléchissais à un autre morceau qui pourrait également s’intégrer dans ce même album. Tous ont été faits avec un album précis dans la tête, et tous ceux qui ne correspondaient pas à l’idée que je me faisais de cet album étaient aussitôt mis de côté. C’était une façon nouvelle pour moi de travailler, et j’ai beaucoup apprécié.

Votre musique a été qualifiée de « space disco » ou « cosmic disco », voyez-vous réellement un lien entre votre musique et la space disco originelle de quelqu’un comme Daniele Baldelli par exemple. Est-ce qu’il a d’ailleurs été une influence importante ?
Lindstrom :
Je me fous un peu de la façon dont les gens qualifient ma musique, mais oui j’ai été influencé en écoutant Baldelli, tout comme d’autres DJs et artistes d’ailleurs. La première fois que j’ai entendu ses mixes de la fin des années 70, j’ai été complètement bouleversé !

On dit de vous que vous n’avez pas écouté de disco quand vous étiez gamin. Est-ce que cela vous a justement permis d’avoir une plus grande liberté dans la façon de réinterpréter cette musique ?
Lindstrom :
Alors en fait, j’ai écouté du disco quand j’étais jeune. Le premier album de Boney M est l’un des premiers albums pop que j’ai entendu. Et le premier d’Alphaville est la première cassette que j’ai jamais achetée. Mais oui par contre, tout le disco bizarre et obscure, je ne l’ai découvert que bien plus tard.


Quels sont les producteurs, vieux ou récents, desquels vous vous sentez le plus proche dans votre démarche artistique ?
Lindstrom :
Hum, c’est difficile à dire. Peut être Benny d’ABBA.

Vous faites de la dance music. Êtes-vous un fêtard et un danseur ou plutôt un gros bosseur qui vit comme un ermite ?
Lindstrom :
Je ne fais plus jamais la fête, et d’ailleurs je ne l’ai jamais trop faite, même étant plus jeune. Je crois bien que vous m’avez percé à jour avec cette histoire d’ermite…

Vous avez d’abord été connu en faisant des remixes pour Franz Ferdinand ou LCD Soundsystem. Quel est le meilleur remix de l’histoire selon vous ?
Lindstrom :
Il y a tellement de bons remixes… Peut être un remix de Walter Gibbons. Probablement le remix qu’il a fait du morceau Schoolbell/Treehouse d’Arthur Russell.

 

Twin Sister - Bad Street (Lindstrom & Prins Thomas Remix)


Vous avez créé votre propre label en 2002. Qu’est-ce que vous aviez en tête à l’époque ?
Lindstrom :
Avant j’étais signé sur un label, mais tout ça s’est fini dans un bordel pas possible alors j’ai décidé de monter mon propre label. A ma grande surprise, ce projet s’est vraiment réalisé. L’objectif derrière le fait de créer un label, c’était de garder le contrôle sur mes disques. Je n’ai jamais regretté ce choix une seule seconde !

 

Quels sont les labels que vous admirez le plus dans l’histoire de la musique ?
Linstrom :
En tant que collectionneur de disques, j’aime tout particulièrement les labels qui ont sorti des disques vinyle, ceux que l’on peut parfois trouver dans des magasins de disques d’occasion, ceux sortis par des mini-labels qui n’existent plus aujourd’hui, ou alors juste dans nos rêves. Vous savez, ce genre de vinyles sur lesquels on tombe au détour d’un bac à disques en sachant tout de suite qu’ils valent une fortune, ou alors quasiment rien, peu importe, ce sont des classiques pour moi !


Êtes-vous heureux de l’évolution de votre label ?
Lindstrom : J'imagine que oui. Mais mon vrai label est Smalltown Supersound. Feedelity est plus devenu un nom en fait. On a récemment sorti un maxi de Boyfriend par Best Coast, limité à 300 exemplaires. C’est vraiment ça que j’ai envie de faire. Je ne vois pas l’intérêt de continuer à se développer. C’est bien de savoir rester petit.

 

Vous avez souvent les pieds nus sur les photos. C’est votre seul défaut ?

Lindstrom : Non mais j’ai fait ça une seule fois ! Je ne comprends pas pourquoi tant de gens commentent sur le fait que j’ai enlevé mes chaussettes une seule fois (rires).

Pensez-vous que 2012 sera une bonne année ou nous allons tous mourir ?
Lindstrom : (Rires) Rien de va changer. Ça va être la même chose…toujours la même chose.

 

Bonus: Lindstrom RBMA Mix

 


Propos recueillis par Cosima Delmare & Anais Carayon.