Huguette, peux-tu nous dire qu'est-ce qui t'es passé par la tête ? Tu t'es réveillée un matin en te disant "Je veux être RH" ?
Huguette : En réalité, ça faisait longtemps que je voulais faire ça. Depuis la seconde. Y'a toujours eu en moi un petit côté "j'veux être patron", "j'veux être près de la direction", mais tout en ayant envie de faire évoluer les gens. J'aime à la fois diriger et accompagner.

Ouais, donc, t'étais du genre à commander tes copines dans la cour de récré, comme dans Mean Girls ?
Huguette : Pas du tout ! J'étais plutôt le médiateur à qui on vient raconter ses problèmes, celle qui aide à trouver des solutions et qui résout les conflits.

OK. Donc, qu'est-ce qu'on fait comme études pour être RH ?
Huguette : J'ai un bac+5, j'ai fait une école de commerce en alternance.

C'était chaud les études un peu ?
Huguette : C'était hyper dur ouais. Le concours d'entrée était très difficile, il n'y avait que soixante-dix places pour des milliards d'inscrits. C'était hyper balèze : tests écrits et oraux, entretiens individuels en anglais et français, dossier béton depuis la 6e.

Tu me disais qu'il y avait pas mal de connasses dans ta classe ? C'est quoi le profil type des étudiants en RH ? Ils veulent être calife à la place du calife ? Ils ont les dents qui rayent le parquet ?
Huguette : Ouais. Y'a de tout. Y'a le cassos qui veut faire de l'accompagnement social et tu te demandes ce qu'il fout là, y'a la teubé de service aussi.

C'est qui la teubé de service ? Si elle est teubé, pourquoi elle est là ?
Huguette : C'est celle qui a un bon dossier scolaire parce qu'en fait elle est scolaire, elle sait bien apprendre et recracher les cours mais par contre elle est capable de te dire des trucs du genre "Et si on allait en week-end au bord de la mer, genre à Clermont-Ferrand ?"  Et à chaque pause elle va se remettre du rouge à lèvres. Il faut savoir que les cons, en RH, vont assez loin parce qu'en fait ils sont très malléables donc les patrons en font ce qu'ils veulent.

Ah. C'est un peu "un homme fort est un homme qui ne sait pas", non ?
Huguette : Ouais, ce sont des imbéciles heureux.

Bon. Concrètement qu'est-ce que ça veut dire être responsable RH ? Quelles sont tes missions journalières ? Es-tu un peu la De Mesmaeker de ta boîte ?
Huguette : Ahah, oui ça fait un peu partie de mon rôle puisque je dois m'assurer que tout le monde bosse dans de bonnes conditions, et surtout que tout le monde bosse. Y'a un côté contrôle : chacun doit bosser et performer, faire ce pourquoi il est payé (donc il y a des choses pas toujours marrantes comme les sanctions disciplinaires, les avertissements et autres licenciements) mais il y a aussi un côté aide, évolution, formation, coaching, médiation. Mon rôle c'est aussi que les gens soient bien sur leur lieu de travail. Le boulot est une part importante de l'identité sociale, quand tu te présentes tu dis ce que tu fais dans la vie et donc, si t'es pas heureux au boulot tu l'es pas dans le perso.



Finalement, qui devient RH et pourquoi ?
Huguette : C'est une ambition, c'est pour être près de la direction et de là où tout se décide. On n’a pas tous les pouvoirs mais on en a quand même, on est impliqués dans pas mal de décisions, on a notre mot à dire et on est écoutés. Donc assez près du patron pour influer, d'une certaine manière. Mais y'a un côté plus humain, de formation, de développement, tout ça. Des fois j'ai même l'impression d'être une anthropologue dans un pays inconnu.

Une anthropologue dans un pays inconnu ? Tu parlais tout à l'heure de "maison des fous"...
Huguette : Oui. Quand tu es RH, tu vois ce que les gens ont de pire en eux. Ils viennent te voir car ils ont "un problème", et tu entends des choses comme "je voudrais radier ma femme de la mutuelle, hein, maintenant qu'on est mariés je vois pas pourquoi je continuerais de payer pour elle !". Et puis il y a ceux qui viennent balancer sur leurs collègues…

C'est à dire ?
Huguette : Ben des trucs du genre "Elle tire dans les fournitures", "Elle a pissé dans la machine à café", "Mes photocopies ont disparu, "Il a volé tous les trombones rouges". En plus  il faut rester sérieux et être capable de dire à l'autre collègue "Mais pourquoi as-tu volé tous les trombones rouges ?".

En même temps, tout le monde sait que tout le monde choure des trucs au boulot. Y'a pire.
Huguette : Oui, il y a ceux qui se font les coups de pute les plus salauds. J'ai vu deux vieilles se détester jusqu'au point de non retour : y'en a une qui a pissé dans le sac à main de l'autre… Il y avait aussi ce mec qui voulait espionner une collègue à l'aide d'un miroir glissé sous la porte des chiottes : elle l'a grillé et lui a cassé le nez. Mais la palme va quand même à l'employé acteur de porno amateur qui proposait à ses collègues de tourner dans ses films ! Ou peut-être aux golmons qui s'enfermaient en chambre froide, quand j'étais dans la grande distrib'.

Fais-nous rêver, parles-nous de look.
Huguette : Ce qui est drôle surtout c'est ce que tu vois au recrutement. Certains se présentent attifés comme s'ils allaient au cirque : pull moutarde, nœud pap' à pois, chaussures à glands dorées…Une nana qui venait pour un poste d'assistante de direction s'est pointée en jogging…Et puis c'est sans compter le comportement ! J'ai reçu un malade qui s'est frotté sur mes fesses dans un couloir, et une autre fois un misogyne fini qui m'a dit que les femmes étaient intellectuellement et physiquement très inférieures. Ça passe bien en entretien !

Ils procèdent comment les lèche-culs qui veulent se faire embaucher ?
Huguette : Ils te disent "Quoi qu'il en soit, que la réponse soit négative ou positive, j'ai teeeeeeeeeeelllement apprécié cet entretien". La méthode Coué est courante aussi, style "De toute façon je sais que vous allez me dire oui".

Quel est le meilleur CV que tu aies jamais reçu ?
Huguette : Le Powerpoint animé d'une meuf qui dansait habillée en cowboy, pour montrer qu'elle était capable de tout faire. Culotté. Je l'ai pas embauchée, mais j'ai bien ri.

Un cliché vrai sur le responsable RH ?
Huguette : La sado-maso qui aime faire mal et être méchante, la Thénardier de l'entreprise, planquée, qui ne se mouille jamais et te sort des phrases du style "Il en a pleuré, j'aurais joui". Celle qui te dit à l'embauche "Ici je vis un enfer, j'ai besoin de quelqu'un pour me seconder dans l'enfer". Euh…Non merci !

Merci Huguette. Le mot de la fin ?
Huguette : Il faut arrêter de penser que RH = diable ! Toutes nos décisions sont justifiées. On a beaucoup de pression, jamais assez de temps car tout doit toujours aller vite. C'est très ancré dans les mentalités françaises que le boulot ça fait chier et que moins j'en fais mieux je me porte. Les gens qui ont vraiment envie de bosser c'est assez rare. J'ai des comptes à rendre moi ! Le chiffre d'affaire doit augmenter ! Je dois faire avancer le business, et l'humain, ce sont des intérêts un peu contradictoires, qui doivent être mis en musique ensemble. Franchement, c'est pas du gâteau.

Propos recueillis par Anaïs D.