Elvis : Dieu.
Mot-clef : Dieu.

Dick (mystique) psalmodie : Je devais avoir 12 ans quand j'ai découvert Elvis. Je connaissais déjà un peu le rock'n'roll, car on faisait des boums les après-midis, je connaissais Bill Halley, les Platters, Fats Domino... Un jour avec un copain, on est allés dans un endroit qui s'appelait La Boîte à Musique où il y avait une sorte d'ancêtre du juke-box, avec des écouteurs en forme de pommeau de douche. À un moment, ce copain m'a dit « Tiens, écoute ça, c'est vachement bien ! » J'ai mis le pommeau de douche sur mes oreilles, et là j'ai écouté Heartbreak Hotel, qui était un blues et pas un rock'n'roll. Ce morceau a complètement transformé ma vie. Je ne peux pas t'expliquer ce qui m'a plu chez Elvis, l'aura vocale, sans doute. Après je l'ai vu au cinéma et en photo, il était super beau, ça m'a comblé totalement car il avait une vraie gueule d'acteur rebelle comme Brando ou James Dean. Non seulement, il chantait bien, mais en plus il avait un physique sublime avec ses rouflaquettes. J'ai commencé à acheter tous ses disques, alors que je n'avais pas de tourne-disque, j'allais les écouter chez des copains. Comme disait Lennon, « Si Elvis n'avait pas existé, aucun d'entre nous n'aurait existé. » Moi je rajoute : « si le rock était Dieu, Elvis serait le fils de Dieu et moi, je serai l'un de ses apôtres. » C'est pour ça que je suis un Elvisien, c'est comme rentrer en religion.

Guitare : poupée gonflable en bois.
Mots-clefs : plein de noms de guitares, Francis Cabrel, fétichiste.

Dick (cheveux au vent) dit : Je pense avoir une des plus belles collections de guitares acoustiques Gibson, j'ai toutes celles dont j'ai rêvé : une J-200 de 1959, une Hummingbird de 1960, une J-45 de 1938, une J-180 qui a été faite sur-mesure pour moi dans le Montana... J'ai toujours aimé les guitares car pour moi ça représentait le rock, au sens propre du terme. Ma première guitare, c'était une guitare que m'avait achetée mon père, une guitare dite espagnole, qui n'était pas belle du tout. J'ai toujours été très mauvais à la guitare, je connais 4/5 accords, mais mon pied, c'est de prêter mes guitares à des grands guitaristes comme Francis Cabrel. C'est comme un mec qui élève des super pur-sangs mais qui ne sait pas monter à cheval. Et puis ça satisfait un peu mon côté fétichiste !


Hamburger : victoire capitaliste.
Mots-clefs : fils de boucher, bleue, Tony Roma, merde de clown.

Dick (miam-miam) a l'estomac qui gargouille : Je suis fils de boucher, j'aime quand la viande des hamburgers est bleue. Les meilleurs hamburgers, c'est ceux de ma femme Babette. Dans la viande, elle mélange un peu de Tony Roma's Barbecue Sauce et elle malaxe le tout. L'idéal, c'est  de les cuire au charbon de bois. Il faut aussi des vrais Bun's que tu fais griller. Ensuite je rajoute de la salade, des tomates, de la mayonnaise américaine, de la moutarde américaine, des pickles américains, du relish américain, des oignons crus, du Melt Cheese, c'est-à-dire un mélange de cheddar et de swiss cheese... Voilà. Quand t'étais jeune et que t'allais aux États-Unis, c'était presque un passage obligé de manger un burger. Maintenant, ce n'est plus pareil, il y a trop de chaînes industrielles partout. Les vrais amateurs de burgers appellent ça des « clown shit », de la merde de clown, en référence au clown de Mc Donald.

Hervé Fornéri : Double maléfique de Dick, ou est-ce le contraire ?
Mots-clefs :  vrai nom de Dick, un peu de schizophrénie, tout va bien c'est normal .


Dick (Jekyll et Hyde) :  C'est vrai, je vis une sorte de schizophrénie, c'est presque obligatoire. J'ai créé Dick Rivers et je vis avec depuis plus de 50 ans. Il y a un dédoublement de personnalité, car dès que je suis un personnage public, je me transforme.

Jeans : seconde peau de Dick.
Mots-clefs : Wrangler, made in U.S.A, véridique.

Dick (défenseur de la came américaine) affirme : Moi, ma marque, c'est Wrangler, car c'est les seuls jeans made in U.S.A. Je déteste les copies, et maintenant même les Levi's 501 sont "made in Mexico", c'est dramatique. Dans la vie il faut pour moi que les choses soient véridiques, c'est-à-dire réelles. Ça fait 40 ans par exemple que je ne fume pas une cigarette française, je ne fume que des cigarettes qui viennent des États-Unis.

Magazine Paris-Hollywood : Youporn des sixties.
Mots-clefs :  branlettes, nibards, pignolles, y'a pas de honte .

Dick (plein de tendresse) assume : C'était le magazine sur lequel je me tapais des branlettes ! Tous les sexes étaient gommés, mais tu voyais quand même les culs et les nibards... Je me rappelle les teintes, elles étaient roses et bleutées... On faisait acheter ça par les grands, et on se tapait des pignolles comme tous les gosses se tapent des pignolles sur les photos de gonzesses à poil.

Pétard mouillé : paradoxalement, vient du fait de ne pas baisser son pantalon...
Mots-clefs : inachevé, carrière, cinéma, showbiz.

Dick (amer) confesse : J'ai l'impression des fois que ma carrière a quelque chose d'inachevé. J'ai collaboré avec beaucoup de gens, mais y'en a certains que je n'ai jamais revus. Les grandes amitiés que tu peux avoir pendant les moments de création, ben après les mecs, ils passent à autre chose, quoi. Dans le cinéma, c'est pareil, j'ai fait plein de choses géniales avec Mocky par exemple, j'aurais aimé que les choses viennent après cela, mais non... C'est ça que j'appelle le pétard mouillé. Après tout je m'en fous, mes vrais amis ne sont pas dans le showbiz.

Rasoir : arme anti-hippie.
Mot-clef :  perfection au masculin .

Dick (élégant) se gratte le menton : Il y a très très très très longtemps, dans les années 60 je crois, j'ai essayé un semblant de barbe. C'était trop long à pousser, ça m'a gonflé. Moi, il faut vraiment que je me rase. Tant que je ne suis pas rasé, je ne me sens pas propre. Si un jour par exemple j'ai un concert, je ne peux pas me raser le matin parce qu'au moment où je monte sur scène, la barbe a commencé à pousser. Donc je suis obligé d'attendre 5/6 heures de l'après-midi, au moment du sound check pour me raser. À  ce moment je revis parce que j'ai une impression de fraîcheur.

Théorie de l'évolution : arme anti-fondamentaliste.
Mots-clefs : Darwin, dinosaures, hommes, singes.

Dick (un peu confus) dialectise : Je ne suis pas contre Darwin ! Quand il parle de l'évolution physique, il a complètement raison ! Sur des millions d'années, les animaux se sont adaptés à leur milieu, aux glaciations, à la disparition des dinosaures et compagnie(,). Bon, là dessus on est d'accord ! Le seul truc où je ne suis pas d'accord avec lui, c'est l'évolution de l'homme par rapport au singe... Pourquoi ? Parce que si l'homme descendait du singe, le singe à un moment, il aurait aussi évolué et ce serait devenu un homme ! Or il n'a pas évolué, c'est tout !  L'évolution de Darwin, oui, physiquement, je ne dis pas que l'homme n'était pas un singe qui s'est redressé sur ses pieds, mais dans ce cas-là, ce n'était pas le même singe que les singes, tu comprends ?


Traversée du désert : Tintin et le crabe aux pinces d'or.
Mots-clefs : babos, Woodstock, Quebec, Dick and Roll.

Dick (dans la douleur) soupire : La pire période de ma carrière, c'était entre 1968 et 1971. On était encore très jeunes, et on était considérés comme des has been. C'était le moment baba-cool à donf, Woodstock et compagnie, la musique française commençait à battre de l'aile, enfin la musique rock française. À cette époque,  on s'est tous raccrochés au rythm and blues et à des groupes comme Creedance.  Heureusement que j'avais une forte notoriété au Quebec, ça m'a permis de survivre financièrement. Ensuite en 71, j'ai fait Dick and Roll, un album pour me faire plaisir, à Toulouse, en 3 jours, où j'ai repris que des classiques de rock en anglais. Cet album a été encensé par la presse spécialisée, et ma carrière a été relancée.

La première partie de cet entretien est à lire ici.


Un peu de promo pour Dick :
Son nouvel album, Mister D, écrit et produit par Oli Le Baron, disponible chez tous les vendeurs de disques.
Voir aussi : www.dick-rivers.com
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