Juin 2007. Les morceaux electro punk 8-bits que sont Air War et Alice Practice passent en boucle dans mon iPod depuis quelque temps. Je contacte Crystal Castles via leur MySpace.
Moi : Hello, vous seriez ok pour faire une interview par mail ?
Ethan : Oui. Mais courte.

Bon ben, j'ai fait court. Désolée d'avance : court, c'est souvent synonyme de nul… Voici donc 10 questions courtes et nulles :
- Un instrument ?
- Une phrase ?
- Un endroit dans le monde ?
- Une drogue ? etc...

Ethan : Voilà 3 réponses :
- Un instrument ? Equinoctial Dial
- Une phrase (donc "sentence" en anglais…) ? Death sentence.
- Un endroit dans le monde ? Le vagin de ta mère.

Well, lick my fuck, chateau de cristal.
Ethan : Ne sois pas si susceptible, tu parles avec un groupe dont l'influence principale est le VIH.

Uffie adore le remix que t'as fait pour elle, mais je le trouve nul à chier.
Ethan : C'était pas un remix, j'ai essayé de composer un nouveau morceau en utilisant des samples de sa voix pour lui montrer où elle pourrait éventuellement placer de nouveaux vocaux, donc l'idée, c'était de lui écrire un track inédit. SoMe m'a dit qu'il l'avait adoré, et elle aussi, alors je pensais qu'elle s'en servirait peut-être, mais depuis, personne ne m'a fait signe. T'as vraiment pas aimé ?

Je déconnais. Il est plutôt cool ce morceau.
Ethan : On aimerait vraiment faire un truc pour Brain Mag mais on est terriblement nuls en interview. Quand j'ai répondu à ton premier mail, je pensais que t'étais une fille de 14 ans avec un blog. Les seules personnes qui nous interviewent via MySpace sont des gamines de 14 ans. Tu voudrais nous interviewer par téléphone ? On peut t'appeler si tu veux. Dis à Anna (Uffie, ndlr) que j'ai écrit d'autres morceaux pour elle.

OK, j'ai une idée : puisque vous êtes nuls en interview, pourquoi ne pas vous interviewer vous-mêmes ? Crystal Castles interviewé par Crystal Castles.
Ethan : On adore cette idée. C'est parfait. On t'envoie ça dans le courant de la semaine. Merci.


Trois mois passent… Je les recontacte par mail.
Hey Ethan, alors il se passe quoi avec cette interview ?
Ethan : Je suis vraiment désolé. Je tenais à répondre, j'y ai pensé plusieurs fois, mais à chaque fois, j'ai zappé. Il nous arrive des trucs de dingue chaque jour en tournée, genre des hélicoptères de la police qui nous forcent à évacuer une soirée appart où on joue à L.A., ou se faire arrêter par la police à Phoenix pour excès de vitesse alors que le conducteur a planqué des sacs de coke dans le coffre, ou de s'engueuler grave chaque soir avec notre groupe, ou se faire défoncer notre ordinateur en plein concert. Là, on est à Toronto pendant deux semaines pour finir notre premier album, parce qu'ensuite on repart en tournée pendant 5 semaines. On t'enverra l'interview et des nouveaux morceaux d'ici là. xx.

Cinq mois passent... Dactylo, l'organisatrice des soirées Furie, a programmé Crystal Castles au Social Club. Je débarque à 2 heures du mat. De toute fraîcheur… Ethan, Alice et leur batteur viennent de commencer à jouer. La foule, des kids surtout, est déchaînée. Alice met le feu sur scène. Mon état amplifie probablement mes émotions, mais en tous cas je suis fascinée. Tant par l'énergie qui se dégage de leur musique que par ma capacité à supporter l'hystérie qui règne dans la salle. Des gouttes d'humidité dégueu suintent du plafond, je me prends des coups de coudes et d'épaules toutes les trois secondes, mais j'adore. C'est de loin le meilleur concert que j'ai vu depuis un bail.
Trente minutes plus tard. Ou une heure. Peu importe. Alice et Ethan débarquent en sueur dans les backstages. Je me présente à Ethan. Il s'excuse de ne jamais avoir donné suite à cette interview. On parle. Il est cool. J'apprends qu'Alice a 20 ans et qu'il en a 28, qu'il l'a volée à un groupe de Toronto qui espère encore la récupérer un jour et qu'ils ont jamais baisé ensemble.


Un mois et demi passe... Leur premier album s'apprête à sortir. Ethan et Alice sont dans les locaux de Pias, leur label français. Il est 14h20. Sur une table devant eux : une bouteille de whisky, des verres, une compilation de vieux punk français et des clopes roulées.

Ethan : Ha, c'est toi!
Alice me dévisage, puis regarde Ethan, l'air de se demander qui je suis.
On s'est insulté par mail il y a quelques mois.
Ethan : Ouais, c'était génial. J'ai insulté sa mère (rires). Elle m'a demandé "ton endroit préféré?" et je lui ai répondu: "le vagin de ta mère" (rires). Et après on est devenu potes.

Grâce à lui, j'ai pu placer mon insulte anglaise préférée pour la première fois de ma vie : lick my fuck. Merci pour cette opportunité.
Ethan : Lick my fuck (rires). C'est vrai qu'elle est bien. Tu devrais en faire des T-shirts, ça cartonnerait.

Et donc, on s'était dit que si vous étiez nuls en interview...
Ethan : Oui, elle voulait qu'on s'auto-interviewe. Mais on n'a jamais eu le temps.

J'ai lu des interviews de vous sur Internet, et c'est vrai qu'elles sont vraiment à chier. Pourquoi vous détestez parler à la presse ?
Ethan : On déteste pas du tout. Si les gens pensent qu'on est difficile d'accès et qu'on refuse de répondre aux interviews, c'est uniquement parce qu'on n'a pas de téléphone. Ouais, à Toronto, j'ai un téléphone chez moi, mais je suis jamais à Toronto et comme aucun de nous deux n'a de portable, il nous est impossible de répondre aux interviews pendant qu'on est en tournée.
Alice : Du coup, on a souvent demandé à nos potes de répondre aux interviews à notre place et d'inventer des histoires à la con.

OK. Et donc, Ethan, tu me disais la dernière fois qu'on s'est vu que tu avais volé Alice à un groupe...
Ethan : Oui, un groupe noise punk de Toronto : Foetus Fatal.

Qu'est-ce qui te plaisait chez elle ?
Ethan : J'adorais ses textes. Tout ce qu'elle disait sur scène était vraiment original, j'avais jamais entendu un truc comme ça. A cette époque, je bossais tout seul sur Crystal Castles. Dès que je l'ai vue et entendue sur scène, j'ai réalisé que mes morceaux avaient besoin d'elle.

Et toi Alice, c'est quoi qui t'a plus chez Ethan ?
Alice : Pffff. J'aime que dalle chez ce mec.
Ethan : Ouais, elle me hait. Mais elle aime mes morceaux.

Ça fait combien de temps que vous faites de la musique ?
Ethan : J'écris des chansons depuis que j'ai 11 ans. Quand j'étais petit, j'écrivais des morceaux électro à la New Order, et puis à l'adolescence, j'ai joué dans des groupes de heavy metal, et ensuite, des années plus tard, je suis revenu à la musique électronique. Le premier morceau que j'ai composé sous le nom de Crystal Castles remonte à Noël 2003. Quand j'ai rencontré Alice, en 2004, j'avais environ 25 morceaux à lui donner. Elle en a choisi 5 sur lesquels elle a écrit des textes, et on est rentré en studio en avril 2005 pour les enregistrer. En septembre de la même année, j'ai sorti Alice Practice sur Internet. Quelqu'un à Londres l'a entendu et nous a proposé d'en faire un single. Il est sorti en juin 2006 et tous les exemplaires ont été épuisés immédiatement. Depuis, on n'a pas arrêté de tourner non-stop.

Deux ans de tournée, c'est beaucoup de boulot ou beaucoup de fêtes ?
Alice : Un mélange des deux.
Ethan : On passe nos nuits dans les clubs, vu qu'on a des concerts tous les soirs… Donc, ouais, on est grosso modo des alcooliques.
Alice : Rires.

Je vois ça. Whisky à 14h. Ceci étant, la bouteille est presque pleine...
Alice : Ouais, mais ça c'est parce qu'on vient juste de la trouver.

J'ai pas écouté votre album...
Alice : Alors de quoi on est en train de parler ?

Non mais j'ai écouté beaucoup de vos morceaux… Il y a combien d'inédits sur l'album ?
Ethan : La moitié. Il y a 16 morceaux : 8 inédits et 8 qui sont sortis uniquement en vinyle et qui sont plus disponibles.

Alice, tu as ton mot à dire sur les musiques, comment tu choisis les morceaux, comment vous bossez en fait ?
Alice : Il me fait écouter plein de morceaux et parfois, je propose des choses pour les améliorer, mais la plupart du temps, ils me conviennent.

Tu joues des instruments ?
Alice : Oui. Mais pas sur cet album.
Ethan : Elle jouait de la guitare dans son ancien groupe.

Et comment se porte Toronto ?
Ethan : Je sais pas. On n'y est jamais.

Vous avez une autre maison ? A Londres ?
Alice : On a un van à Londres…

Un van ? Un van où vous dormez ?
Alice : Oui. On a toutes nos affaires dedans.
Ethan : C'est un 1960 Rider Police Van. Il est incassable.
Alice : Il est incroyable. On voit tout le temps des gens qui essaient de défoncer les portes mais ils peuvent pas, le truc est conçu pour les émeutes.

Vous dormez tous les deux dedans ?
Ethan : Pas que nous deux, d'autres gens aussi quand on fait des concerts: notre batteur, notre conducteur…

Et votre manager, il dort aussi avec vous ? Il a essayé de baiser une de mes copines le soir de votre dernier concert à Paris…
Alice : (Rires) Arrête ! Lequel ? Le gros ?

Heu. Ouais, je crois. Un blond quoi….
Alice : Ouais, c'est grave son genre (rires) ! Il nous déteste. Son boulot, c'est de faire en sorte qu'on soit à l'heure sur scène, mais on a jamais été à l'heure une seule fois de notre vie.
Ethan : C'est notre tour manager en fait. Je suis vraiment désolée pour ta copine.

L'attachée de presse fait irruption dans la pièce : « Désolée, mais il est l'heure ».


++ myspace.com/crystalcastles



Par A.C // Photo : Camille-Charlotte Ayme.