I) Le Champ lexical de la mode
La chanson commence sur un plan de personne en slim panthère et masque de catcheur qui décuve sur un fauteuil pendant que Shyminette se lave les dents en harnais de créateur. Ce qui est déjà en soi une première info assez dense. Deuxième info : on est dans un moment post-orgie. Un peu comme dans le clip de Last Friday Night de Katy Perry. Mais version fasheune.

 

Ce champ lexical de la mode se transforme clairement en champ lexical de la Parisie lorsque l’on voit à l’écran Willy Cartier, mannequin 100% Benetton dont le faciès de Nuage Dansant en jeune est partout ; Ylva Falk, la muse du magazine Standard (Ylva, si tu me lis, je t’aime, tu es trop belle) ; et d’autres figurants ultra-lookés semblant sortir tout droit de la troupe Jean-Paul Paula. Je cite : « Parlez-moi de ceux qui osent, qui incarnent la différence, ceux qui posent sans qu’on leur dise mais comme ils le pensent, parlez moi de personnalités, d’originalité, d’idées ».

 

On est clairement dans la description des gens qui viennent devant les défilés se faire streestyler avec les pieds en-dedans de la BM* ; pied en-dedans qui sont par ailleurs la ciment de la choré ! Les petites danses sont en outre effectuées devants de hauts lieux de la capitale : le Centre Pompidou (« T’as été voir Yayoi Kusama toi ? ») et la Place des Victoires (c’est là ou y’a la boutique Kenzo).

Cette volonté de se positionner au cœur de la tendance va jusqu’à injecter au clip des scènes de showroom, des groupement de personnes façon pub Dolce, ou encore des placements de produits hyperboliques: la marque du lisseur qu’utilise Shy’m au début se nomme « Trendy ». I was like, wow.

 

II) Un nouveau language musical
Tamara** est très nettement passée à autre chose : finis les « Je suis moi », « Je suis une femme de couleur », « T’es parti » « Tourne la page »…Elle a mûri, elle a changé, elle est passée à un autre style (ça me rappelle la phase 2 de Lorie et son Je vais vite). Son « Et alors ? » revendicatif se teinte donc d’un ton impertinent qui se superpose à un refrain plus entêtant que Le Petit Bonhomme en Mousse. Ce son flambant neuf pop-électro mêlé d’onomatopées décomplexées nous rend bien perplexe. On se demande déjà comment ça va rendre en live à la prochaine fête de la musique, et si on va devoir se mettre à triquiter sérieusement la miss.

 

III) Une certaine joie de vivre
Et Alors ? Le titre de l’œuvre annonce bien la couleur finalement. Cela me rappelle l’acronyme OSF*** que j’utilise en temps de guerre. C’est une belle leçon de vie : et alors, ça veut dire qu’on fait qu’est-ce qu’on veut quand on veut, qu’on a le droit d’être qui on est (surtout si on est une modasse), qu’on a le droit de danser dans la rue en bustier et chapeau melon et de rire aux éclats avec sa bande de potos. On a le droit de ne pas aimer « les protocoles, les idées fixes, les copier-coller ». Quand on visionne le clip, on peut donc être scandalisé, mais aussi se dire qu’il y a une certaine audace assumée. Donc ça fait Plaisir**** . Et puis il faut dire Shy’m en envoie : elle sait bouger son boule, elle est belle, elle sourit. On est bien bien bien bien bien.

 

Pour conclure, nous pouvons donc constater deux courants contraires : Et Alors ? nous propose une Shy’m punchy, marrante, et qui se veut tendance. Mais à vouloir explorer les tréfonds de la rive droite in the place, n’est-elle pas allée un peu trop loin ? Ok, c’est une bombasse et elle s’amuse, mais cette bouche multicolore, pourquoi ? La culotte en extérieur c’est pas so two years ago ? Cet intermède chanté « fashionistahhh » qui donne le moment du mal à l’aise, c’est de la part de qui ? Qu’est-ce qu’elle va mettre aux prochains NRJ Music Awards ? Moi je dis OSEF. Car comme dirait un des derniers commentaires Youtube, « je viens de violer le bouton replay ».

 

Anaïs D.

 

*BM : Bloggeuse Mode

**Tamara : vrai prénom de Shy’m

***OSEF : On S’en Fout

****Plaisir : ville qui héberge le lycée Jean Vilar qui a lui-même hébergé Shy’m en son temps