Menace terroriste.com

 

En 1996, date à laquelle ce reportage a été filmé, Internet est encore un grand mystère pour le foyer français lambda. A moins que vous n'ayez eu la chance de posséder cette cassette vidéo collector dans laquelle Jennifer Aniston et Matthew Perry vous expliquent entre autres le b.a.-ba du réseau informatique mondial. A l'époque, Internet servait apparemment en premier lieu à apprendre comment confectionner des bombes ou renverser un régime. D'après le journaliste, ces informations sont on ne peut plus faciles d'accès, plus encore que les fiches cuisine de Femme Actuelle. En gros, on se rejoint tranquillement autour d'une bière dans un bistrot, et on en repart avec une recette pour produire du C4 sous le coude.

 

Dans cette autre vidéo, Bruno Masure nous emmène sur "une guerre de communiqués" livrée "en majuscules, signe de colère sur internet". Une guerre qui devait alors faire frémir les ménagères réfractaires à la démocratisation de ce service des plus inquiétants. On zoome sur d'obscurs sites du Groupe Islamique Armé, en accompagnant le tout de quelqu'un qui tape frénétiquement sur un clavier (le même son revient sans cesse tout au long du reportage, sûrement un fichier audio bruits_de_clavier.midi joué en boucle).

 

La conclusion est stupéfiante : Internet permet aux islamistes de "sortir du maquis et porter leur parole à l'échelle mondiale". Mais pas trop longtemps non plus, parce qu'il faut aussi penser à ceux qui ont besoin d'utiliser le téléphone. Si vous n'avez pas connu l'ère du 56k, vous ne pourrez pas comprendre cette blague.

 

 

Peur sur la toile

 

Ah oui, on a oublié de vous dire : l'internet, ce n'est pas que Tom Hanks et Meg Ryan qui s'échangent des courriels amoureux en toute innocence, mais aussi un vaste vivier de pédophiles, xénophobes, antisémites... sans parler de tous les adorateurs de Satan. Voilà, bisous. Non revenez, ce n'est pas tout. Hé oui, ce qui devait arriver arriva : les démons de la vie réelle envahissent la toile. Dans cette vidéo, c'est le début de la responsabilisation des internautes. "Les gens qui se livraient à des actes délictueux ne pourront plus le faire en toute impunité", le réseau pédophile incriminé ici se retrouve neutralisé. Mais le problème ne fait que croître avec les années et les démantèlements de réseaux pédophiles ou néo nazis n'ont bientôt plus leur place dans les journaux télévisés tant ils en deviennent anodins.

 

 

Une émission de télé-réalité américaine diffusée entre 2004 et 2007 était carrément dédiée à l'arrestation de prédateurs sexuels sévissant sur internet. L'animateur, Chris Hansen, piégeait ces derniers en les appâtant avec une/un complice pour ensuite les confronter aux propos salaces émis du bout de leurs doigts. L'apogée de ces reportages sur les détraqués sexuels peut se résumer en une vidéo bien connue de la sphère internet, dont vous aurez sûrement deviné le contenu avant même de cliquer dessus.

 

 

Arnaques à l'internet (sic)

 

 

Le pauvre type figurant dans ce reportage a vu son numéro de carte bancaire compilé parmi un fichier de cartes piratées. Concrètement, il ne lui est rien arrivé de mal, hein, mais c'était pour vous dire que faire des achats sur Internet, ça revient à tendre votre carte bancaire à un inconnu en lui fournissant toutes les informations nécessaires. Nous sommes alors en l'an 2000, et tout ça, c'était bien avant l'arrivée de Paypal et ses transactions sécurisées. A l'époque, la naïveté ambiante sur le net fait les beaux jours des escrocs et l'on apprend ainsi que des vaccins contre le SIDA sont disponibles, pour peu que l'on soit prêt à envoyer la somme de 4500 dollars aux Bahamas. Mais les "arnaques à l'internet" (sic) peuvent aller plus loin que de simples détournements de comptes bancaires.

 

Cette peur n'est pas sans rappeler les chaînes de mail, dont celle qui prétendait qu'un sale type semait des seringues infectées un peu partout dans les salles de cinéma. Au début des années 2000, les internautes vivaient dans des craintes risibles, comme celle que [email protected], "un virus capable de formater l'ordinateur", ne les ajoute à leur liste de contacts MSN. Espérons que personne ne possédait vraiment cette adresse, auquel cas son possesseur a dû passer bon nombre d'années esseulé sur la plate-forme de messagerie instantanée. Bof, elle se consolera lorsque le Nokia 9500 qu'on lui a promis dans une autre chaîne arrivera un jour ou l'autre dans sa boîte aux lettres.

 

 

Prudence est mère de sûreté

 

En 2008, ce spot préventif financé par le gouvernement ne fait pas dans la finesse. Qui sont censés représenter les premiers hommes apparaissant dans la vidéo ? Un groupe de bikers ? De coachs sportifs ? On supputera qu'il s'agit de skinheads lookés dans la plus belle tradition du cliché répandu (chien agressif y compris). Débarquent ensuite une troupe d'hommes et de femmes négligemment vêtus venus pour "montrer un truc spécial" au petit Arthur, le fameux enfant en danger de la vidéo. Cette publicité préventive fait d'une pierre deux coups puisqu'elle vous met également en garde contre les boas roses et perfectos cloutés. Puis c'est au tour du robot ultra-violent créé spécialement pour les besoins du spot. Il porte sûrement un nom très inspiré tel que "Destructor 3000", mais on s'en fout, il est là pour tout casser et pousser les enfants à en faire de même. Le pédophile à lunettes clôt ce défilé de dangers ambulants, en emmenant une petite fille comme si de rien n'était pour lui montrer un lapin en vrai. Chers parents, pour éviter que de telles choses arrivent : offrez un fichu lapin à votre enfant.

 

Il est évidemment utile de consulter régulièrement son enfant sur ses activités informatiques, mais pas de vivre dans l'angoisse et la peur constante qu'il lui arrive quelque chose. C'est pourtant ce sentiment que ce spot aura hélas vite fait d'installer chez les mères un peu trop étrangères à cette merveilleuse invention. A celles-là, il est préférable de préciser que depuis quelques années, rares sont les pop-ups de nature ouvertement sexuelle à surgir n'importe où (sauf sur les sites de streaming où comme par magie on trouve toujours une fille "hyper chaude" qui "habite dans le quartier", peu importe l'heure) et que personne ne confond GTA avec la réalité, sauf peut-être Peter Griffin. Non, le vrai danger d'Internet, ce sont les quotidiennes de Secret Story accessibles à portée de clic. Tremblez, Familles de France.

 

 

Gare à la cyberdépendance

 

Le jeu en ligne, ça se transmet d'un voisin à l'autre puis toute l'école est contaminée, apprend-on de la bouche même des enfants du reportage. Comme les poux. Tantôt appelés Meuporg chez TéléMatin, puis Morpeug dans Plus Belle La Vie, les jeux de rôle en ligne massivement multijoueurs ont souvent été désignés comme l’œuvre du diable et leurs joueurs, stigmatisés pendant des années. L'addiction porte un nom : la cyberdépendance.

 

Des cliniques spécialisées contre cette addiction ont été ouvertes et eBay a depuis quelques années interdit toute revente d'accessoires ou de comptes virtuels, fonctionnalité inhérente aux MMORPG comme World of Warcraft. Une interdiction qui ne concerne pas Second Life, le simulateur de vie en ligne franchement bizarre où l'on peut rencontrer ce genre de personnes. Car Second Life a pu développer un marché légal de ventes grâce à son système de monnaie virtuelle qui s'achète avec de la monnaie bien réelle, elle. Une Allemande a réussi à devenir millionnaire grâce à la propension des gens à dépenser toujours plus pour chouchouter leurs avatars.

 

 

Mais Second Life, c'est aussi l'occasion de nouer de belles amitiés chez certains. Voilà un parfait exemple : c'est comme quand "Quecœur" danse un slow virtuel avec "Coquin". Il ne faut pas voir le mal partout. Ah, sacré Internet... mieux vaut en rire.

 

 

Thomas Rietzmann.