D'après une école scientifique américaine la rentrée ne serait qu'un phénomène de segmentation partisane du temps et n'existerait pas dans l'absolu même si le phénomène se retrouve dans la majorité des pays occidentaux (« back to school » en anglais). La fluctuation de la date est un facteur troublant qui génère des doutes quant à la légitimité scientifique de l'évènement. Car chacun voit un peu la rentrée à sa porte, qui a des enfants ou qui est un enfant lui-même respecte le cérémonial de la rentrée scolaire, qui travaille dans les médias voit la rentrée avec la reprise des programmes télé et radio et surtout la conférence de presse de France Télévisions. Les croyances varient donc, pour certains le symbole de la rentrée c'est un enfant qui se retient de pleurer et pour d'autres c'est Gerard Holtz qui se force à sourire.

 

La rentrée par opposition à sortie mais la sortie de quoi ? De l'été ? Mais il n'y a plus d'été depuis 1980 ! C'est France Gall qui l'a chanté même : "Plus d'été, dans la vie qu'on a dans les chansons des divas. Plus d'oiseaux fous qui savent chanter pour rien, plus rien du tout de ce qui nous faisait du bien plus que les villes qui organisent nos chagrins, plus que le froid qui nous engourdit les mains". He oui nos mains sont engourdies car plus que plus d'été on a surtout des pulls d'été maintenant. Si on veut être l'éternel optimiste (qui un jour en rigolant poliment lors d'une soirée se jettera tout à coup par le balcon) on verra que c'est plutôt positif puisque les soldes d'été des vêtements d'hiver ont dorénavant lieu en accord avec la saison. On voit moins de dames qui mettent trop de crème hydratante qui ne pénètre pas la peau sur le visage et qui les fait ressembler à des grands brûlés et surtout il y a beaucoup moins de tomates mozza et plus de soupe. La boisson officielle de l'été 2012 a été le Fervex et la drogue de prédilection le Nurofen.

 

 

L'été a été court, 800 jours de pluie pour une journée de canicule comme une nuit sans sommeil où on se serait finalement endormi 10 minutes avant que le réveil ne sonne. Il y a 3 semaines encore on se plaignait du temps de novembre qu'il faisait depuis 4 mois et maintenant on reçoit des offres promotionnelles pour les vacances de la Toussaint. Plus ça va et plus l'été est court alors qu'on ne vit que pour ça, pour ces deux mois de branle, de baise, de grillades et de picole et si possible en même temps. Il faut minimum 15 jours pour oublier l'envie de gifler un type dans le métro parce qu'il porte un pantalon idiot, de tirer les cheveux de la caissière quand elle dit combien on lui doit, d'envoyer des lettres de téléspectateur aux émissions télé sur la cuisine pour leur dire qu'elles nous font chier et qu'on vomit leur putain de besoin de perfection culinaire à la con. "On mange pour le corps pas pour le palais" (Linda Evangelista, 1992). Ces mois à planquer les factures sous le lit pour que le monstre imaginaire qui y vit les bouffe. Ce n'est qu'à partir du 9ème jour de vacances qu'on commence à oublier, à oser sortir le ventre et être grave à la cool et c'est pas un problème parce que tout le monde autour fait pareil. Tout à coup on voit les gens lâcher la pression et on découvre que leur véritable icône de la mode c'est Johhny Clegg et pas Madeleine Vionnet. On finit même par croiser des gens en tongs sans avoir envie de rouler sur leurs pieds avec des chaînes à neige. On s'en fout et pourquoi ? Parce que tout le monde s'en fout. On écoute un album de Massive Attack et on n'a même pas honte. Devant la baraque à frites au bord de la plage qui dégage dans l'atmosphère une pellicule de gras plus importante que celle de Mariah Carey, on se prend à chantonner When Your Heart Is Weak de Cock Robin hurlé par l'autoradio de la bagnole garée sur le parking. Putain les vacances ça rend tolérant, tout doux, sympa, blaireau juste ce qu'il faut.

 

Mais il faut toujours quelqu'un pour nous rappeler avec une gourmandise non dissimulée que c'est la rentrée, ces malades mentaux sont les mêmes qui postent des instagrams de leurs pieds difformes au bord de l'eau, certains sont des cas cliniques de schadenfreude d'autres du syndrome de Stockholm "Vivement la pluie et le froid comme y'a 15 jours !". Alors en attendant la rentrée de janvier on va suivre le conseil de France Gall. "Écoutons vite tous les disques qu'on aime, y' a des nuages noirs qui traînent".

 

Phil Doux.