Tout d'abord, il y a ce qu'on connait de lui. Lorsque le guitariste Hillel Slovak meurt en 1988, John Frusciante rejoint les Red Hot Chili Peppers, groupe de rock mainstream capable de quelques chefs-d'oeuvre (Under The Bridge) mais assez irritant le reste du temps. Le groupe explose avec l'album Blood Sugar Sex Magik en 1991, mais le succès phénoménal et soudain fait sombrer Frusciante dans l'addiction (l'héroïne + cocaïne + un peu tout ce qui passe backstage). Mal à l'aise face à la  sur-médiatisation du groupe - qui passe en boucle sur MTV - et son statut de rock star, à la manière d'un autre chevelu dépressif et génial (Kurt Cobain), il quitte les Red Hot en 1992 (il les réintégrera pour l'album Californication, en 1999, avant de les quitter de nouveau dix ans plus tard). Au passage, tout ça non sans avoir saboté les apparitions télévisées et scéniques de la tournée des Californiens, en foirant volontairement ses solos. Punk d’un jour, punk toujours.

 


Et c'est là qu'il commence vraiment à nous intéresser. La carrière solo de John, qui a enregistré plus de dix albums depuis 1994, ne ressemble guère au rock commercial et convenu des Red Hot. Influencé par le rock expérimental, la new wave, l'electronica, le folk, l'électro, le hip-hop et l'ambient, l'Américain fait preuve d'une sensibilité incroyable et d'une ambition formelle folle. Alors qu'il est la plupart du temps en dépression («tout me rendait malheureux, alors j'ai décidé un jour de passer ma vie sous héroïne et cocaïne car c'était le seul moyen de me sentir heureux» a t-il un jour déclaré), il peint, s'automutile, menace de brûler sa propre maison et enregistre dans des chambres d'hôtel des chansons écrites chez lui. Le guitar haro sort en mars 1994 son premier album solo sidérant, Niandra Lades and Usually Just a T-Shirt. Une oeuvre psychédélique et sombre, dix fois plus intéressante que l’infâme rock fusion des Red Hot. Mais le résultat ne contribue pas à le rassurer. Frusciante passe les trois années suivantes cloîtré dans sa maison couverte de graffitis sur les collines de Los Angeles. Johnny Deppp tirera d'ailleurs de cet épisode le mini-docu Stuff, tourné dans cette villa sordide qui finira par prendre feu. En 1996, Frusciante est victime d'une overdose et manque d'y rester. En 1997, son deuxième album solo Smile from the Streets You Hold est celui d'un survivant, un disque névrosé, bizarre, mystique, et passionnant, comprenant deux chansons co-écrites avec River Phoenix, décédé d'OD quelques années plus tôt.

 


Complexe, intelligent, surdoué, solitaire, miraculé, barré et authentique, le guitariste enfin désintoxiqué fervent adepte de yoga (et d'abstinence sexuelle) sort dans les années 2000 plusieurs albums acoustiques. Des disques faits à la maison, au son lo-fi/cheap, hantés par un timbre de voix mélancolique et tourmenté - les tourments du passé, en somme. Proposant des chansons touchantes et poétiques proches de démos ou de faces-B, celui qui, aux côtés de ses idoles Hendrix et Zappa, a été plusieurs fois élu par la presse rock «meilleur guitariste de tous les temps», a le bon goût de ne jamais tomber dans tous les travers, délires et tics exaspérants des gratteux. Parmi les meilleures choses qu'il ait enregistrées, il faut absolument écouter la sublime bande originale de The Brown Bunny, de son ami de toujours Vincent Gallo. Et même si ses toutes dernières productions (plus conventionnelles et pop) ne valent pas le folk bancal et unique dont Survivor John nous régalait ces dix dernières années, on ne saurait que trop vous conseiller de vous pencher sur l'ensemble de la carrière de cet ancêtre de Kurt Vile ou de beaucoup d'autres musiciens lo-fi actuels.  

 


Ecouter/télécharger :


John Frusciante - Hope

John Frusciante - My Smile Is A Rifle

John Frusciante - Dying Song

John Frusciante - Falling

 

 

 

 

 

 

Violaine Schütz.