Elle vient d'où ? 

Née à Oxnard en Californie, elle a grandi à Oak Park, une petite ville en grande banlieue de Los Angeles hébergeant des membres de la "classe moyenne supérieure" dixit Wikipédia. Un coup d'oeil sur Google Images nous fait dire qu'il s'agit-là de Suburbia dans toute sa splendeur : des pavillons aux allures de lotissements avec garages deux-places, de la verdure partout où pas une brin d'herbe ne dépasse et des voisins qu'on imagine faire du jogging le matin et se saluer de la main lorsqu'ils passent devant le hummer de leurs collègues parents d'élèves.

Ce qui signifie, si l'on doit en croire Larry Clark, Sam Mendes et toute l'imagerie de la contre-culture américaine, qu'elle provient d'un environnement où 94,7% des kids se droguent, arrêtent l'école en 3ème, couchent avec leurs frères et soeurs et, quand ils grandissent, font soit partie de l'équipe de basket du lycée, soit partie du gang de muscu du bâtiment C du County Jail le plus proche (statistiques du Brain Institue of Sociology fournies par notre algorithme propriétaire top-secret). Nous laissons à nos gentils lecteurs le soin de déterminer si d'après eux, ceci explique cela - et par "cela", nous entendons les vidéos ci-dessous.

 

 

Qui est-elle ?

"My name is Candy but there's nothin' sweet about me". Vu ses clips, on ne pourra pas l'accuser de publicité mensongère. Rappeuse et strip-teaseuse en club, la bad girl née en 1989 (tout le monde a bien son déambulateur ?) s'est d'abord fait connaître par Genesis, le clip de Grimes (lire notre article à ce propos) qu'elle illustre par un déhanché pour le moins volontaire, et une esthétique qu'on se contentera de qualifier "d'hybride". Collaborant fréquemment avec le designer Seth Pratt, elle est en quelque sorte l'incarnation cocaïno-vomito-transgenro-porno du Seapunk, ce courant foutraque et ultra-quinzième degré né des internets et dont l'essence-même est de recycler tout ce qui est kitsch, outrancier et LOL pour en faire du cool. Brooke s'affiche un peu partout dans un collant couleur chair maintenu par ce qui ressemble à s'y méprendre au désormais plus qu'iconique bikini en métal de Leïa. C'est d'ailleurs ainsi attiffée qu'elle tient un gaminou bridé en laisse dans Das Me - ce qui est apparemment une pratique US plus répandue qu'elle n'en a l'air.

 

 

Musicalement, on est à la croisée entre du dirty south et de l'électrotrash, donc finalement pas très loin de la prochaine grosse chose. Visuellement, l'ensemble est tellement street que Lil' Wayne a l'air de sortir de Harvard à côté, et le tout est saupoudré de galoches entre filles sous beuh parfaitement mariage-pour-tous-approved. Une dernière précision qui a peut-être son importance : son père a travaillé pendant des années en coulisses du magazine Hustler. Nous laissons à nos gentils lecteurs... bis repetita.

 

Où en est-elle ?

Après Trill et un featuring sur une vidéo de Count Mack, Brooke a sorti en octobre le clip de sa chanson Das Me, véritable manifeste de son style de vie professant ses intentions artistiques, et nous filant au passage notre "weirdest boner right now" du moment. Ce qui nous amène à notre question futurologie du mois : après son usage par, entre autres, des groupes comme Das Pop ou Das Racist, l'article allemand "das" ne serait-il pas en train de devenir le röckdöt du hipster des années 2010 ?

 

 

Ca ressemble à quoi ?

A du kawaïï gore version pimpalicious. Ou l'aboutissement de 20 ans de travail au corps de l'imaginaire occidental par les japoniaiseries les plus WTF, le porno, le ghetto bling, le fourre-tout à la tumblr, l'heroic-fantasy et les jeux vidéos. Rajoutez à ça une dose d'ultra-vulgarité assumée en forme de retournement de stigmate revendiqué par des bitches clairement affranchies de la domination masculine, et hop, voilà Brooke Candy : une jeune fille dont la trajectoire ne pourra être que fulgurante, puisque sa provoc' est du ready-made 2.0 parfaitement calibré pour 2013, tout comme sa musique, faite pour envahir sans obstacle majeur les bacs hip-hop de l'Ancien comme du Nouveau Monde. Par ailleurs, Brooke habillée comme ça nous donne aussi étrangement envie de faire une petite partie du bientôt vintage Unreal Tournament 2004. Nicki Minaj et Yo-Landi de Die Antwoord vont être jalouses, elle va les détrôner dans le coeur des jeunes puceaux du monde entier dont la sexualité à venir est déja largement compromise par un accès bien trop précoce à l'internet ultra haut-débit.

 

 

 

Au final, Brooke, c'est un peu un mix entre Scream Club sans soutif', Lady Gaga qui ne va plus chez son psy, Kreayshawn qui a dit fuck à ce qui lui restait de surmoi, MIA qui a viré le dernier PR consultant qui acceptait de bosser pour elle et Iggy Azalea dans 6 mois.

 

A quoi ça ne ressemble pas ?

A Christophe Hondelatte. Ou à Georgine Brion.

 

Que faut-il faire de cette artiste ?

Pour l'instant, se contenter de la suivre sur SoundcloudTwitter et YouTube, son premier EP Freaky Prince$$ étant prévu pour début 2013.

Et l'envoyer chez Civitas promouvoir l'amour, la tolérance et le bon goût, évidemment.

 

 

 

Scae.