Rêve n°1 – Jules, 21 ans (où même les moustaches subissent la pression sociale)

«Ma moustache voulait préparer le concours de Sciences-Po. Je ne sais plus trop comment c'est venu sur la table, mais elle m'annonçait ça, la nuit. Comme un atmosphère de casse-croute nocturne, on buvait un chocolat chaud autour du bois, ma moustache et moi. Du lait sur les babines, entre deux gorgées, elle m'annonce qu'elle compte passer Sciences-Po. Autant te dire que ça ne m’a plu qu’à moitié : j'ai essayé de l'en dissuader un bon moment, mais elle m'a achevé d’un coup en récitant la liste de tous les ministres de la 5ème République. Elle l'avait apprise par coeur. Après, je ne sais plus, j'ai dû me réveiller en sueur.»

 

Moustache From The Moon

 

Rêve n°2 – Janine, 62 ans (où la nuit porte croquettes) 

«Je peux vous raconter le rêve d’hier, c’était amusant : Ouchka (son chien, ndlr) était l’invité de C dans l’airet il parlait très bien, dans un langage très chiadé. Oui, tout le monde l’écoutait, même le gros qui présente. Moi, je la regarde tous les soirs, cette émission : j’étais très fière de mon chien en me réveillant. J’ai été lui acheter des croquettes spéciales à l’Intermarché.» 

 

 

Rêve n°3 – Sylvia, 31 ans (ou l’invention du Sonotone à orgasmes)

«Alors j'étais plus vieille que maintenant, j’avais des rides qui pendaient, des lunettes à verres épais et surtout un appareil auditif, comme les lunettes magiques pour voir tout nu, grâce auquel je pouvais déceler le son des orgasmes des passants dans la rue au simple timbre de leur voix. Je me promenais, c’était bien, et puis j'entrais dans le métro et je riais comme une baleine, parce que tout le monde jouissait sur la ligne 7. Formidable.»

 

La machine à orgasme

 

Rêve n°4 – Pierre, 20 ans (ou le second visage de Satan)

«Bah, je quitte tout juste l’UMP : une assemblée bizarre, les députés portent des chapeaux. Ils sont tous très énervés et ils tapent sur les touches de leurs ordinateurs trop fort, du coup tout se brise, les touches partent en l’air. Et ça m’énerve parce que c’est moi qui leur ai offert ces ordinateurs, et déjà que j’ai peu d’argent... dur, quoi.»

 

Political death

 

Rêve n°5 – Roger, 22 ans (où Vincent l'agace)

«Oui, alors il y avait ma mère, devant une table remplie de bouteilles d'alcool... non, c'est trop glauque, franchement, je ne peux pas raconter ça... Bon, OK : donc, il y avait ma mère, les pieds étendus sur la table, entre les bouteilles de gin, de vodka et de saké. Elle avait un grand manteau ouvert et elle se masturbait. Allègrement. Le pire pourtant, ce n'était pas le sexe : c'était le gras des cheveux. Franchement, je crois qu'on y avait mis des oeufs. Ca coulait de la moelle. Du bacon, peut-être. Il y avait aussi la télé allumée près d'elle, Vincent Lagaf' et ses gafettes sur l'écran, qui animaient Le Bigdil. J’avais peur que ce soit ça qui l'excite.»

 

Le premier épisode du Bigdil

 

Rêve n°6 – Natacha, 25 ans (ou l’ambition du gardien-sauteur)

«C'est drôle, l'action se passait dans un rêve que je faisais toujours étant enfant. Une sorte de gros château gonflable, avec des saucisses XXL à l'entrée et des gardiens qui bougaient sur des ballons sauteurs gigantesques. Il ne se passait pas grand'chose de plus dans ce rêve précis je crois, les gardiens sautaient, et moi j'étais triste parce que mon amie Hélène voulait les rejoindre. Elle me disait qu'elle renonçait à devenir critique de cinéma pour ça.»

 

"3,2,1... Race !"

 

Rêve n°7 – Arnaud, 27 ans (où l’on a le spleen du coton-tige)

«Charles Baudelaire avait mis un masque de Catherine Deneuve, on était à Deauville et il me poursuivait en criant qu’il adorait détartrer les oreilles. Il y avait des cotons-tiges géants qui couraient à côté de lui, mais il les avait quand même dans sa main (?!). Il hurlait un truc du genre «c’est mon petit plaisir, les oreilles sales !», il courait très vite, et à un moment, je trébuchai contre une bitte d’amarrage, c’était affreux.»

 

Consultations gratuites

 

Rêve n°8 – Murielle, 21 ans (où l’on est tous ego)

«Je sais, c’est la troisième nuit, mais je ne me souviens toujours pas. Je ne me souviens jamais de mes rêves, je crois que je rêve trop le jour pour consacrer de l’énergie à ça la nuit. Si tu veux, je te raconte ce rêve que je faisais tout le temps au lycée, quand j’étais autiste. C’était un rêve où j’étais dans un Palais des Glaces de fête foraine, et je me faisais gronder par moi-même dans mon reflet, puis je me faisais des baisers, je me tapais dessus, je jouais à chat-bite, je me chuchotais des trucs, des blagues, je m’offrais des cadeaux, etc. Ca changeait très vite, ça ne s’arrêtait jamais, j’étais dupliquée à l’infini, je riais beaucoup avec moi-même.»

 

Busby Berkely

 

 

Blandine Rinkel // Illustration de Une : Scae.