En bonne commère gay, le réalisateur de courts-métrages cultes Kenneth Anger écrit un genre d'essai qui sera publié à Paris en 1959, révélant de drôles de pratiques dans le milieu du cinéma qu'il connaît depuis sa plus tendre enfance. Plus de 50 ans après, cet ouvrage sulfureux sort, pour la première fois en intégralité, chez l'éditeur indé Tristram. Au menu ? Meurtres, suicides, viols, manipulations, pédophilie, morts insolubles, liaisons adultérines qui finissent mal, homosexualité, overdoses. Les stars aussi ont droit à leur part d'ombre derrière leurs dents blanchies et leurs moustaches de tombeurs, et ce même au temps du cinéma muet (ceci est une appréciation personnelle, j'ai du mal à imaginer une actrice qui ne parle pas se défoncer à la coke. Veuillez m'en excuser). Depuis son apparition dans les années 1920, Hollywood draine des millions de dollars, et attire, comme des phalènes décérébrées, des milliers d'aspirants stars persuadés que les écrans n'attendent que leur belle gueule. Mieux vaut souvent pour eux qu'ils échouent dans leur quête, tant l'addition s'avère élevée. Nombreuses sont les stars qui payent leur contribution au rêve de leur vie (Olive Thomas, Carol Landis, Judy Garland, Jayne Mansfield, Sharon Tate...). D'autres trempent dans de sordides affaires de mœurs (Fatty Arbuckle, Charlie Chaplin, Errol Flynn) et la presse à scandales se régale. Glamour.

 

Kenneth Anger

 

C'est là qu'Anger se distingue : il aurait pu écrire une compilation sordide, étalant les faits-divers graveleux et misérables de millionnaires qui auraient oublié leur triste condition humaine et leurs faiblesses pour se les prendre en pleine face au sommet de leur gloire. Il n'en est rien. L'auteur dresse un ensemble de faits glauques, certes, mais avec un mélange d'objectivité et d'humour que bon nombre de journalistes devraient apprendre à maîtriser. Jamais de sensationnalisme ni de sentimentalisme : les faits, rien que les faits (ou presque, on n'a pas mené d'enquête pour vérifier qu'il ne délire pas, le brave Kenneth). En trame, une véritable analyse sociologique des scandales, de l'évolution des mœurs et de l'opinion publique, des jeux de pouvoirs et de la pression de la presse de gouttière. Détail "amusant", surtout pour un auteur adepte de l'occultisme : la majeure partie des victimes du système sont des femmes. Simple coïncidence ou machination infernale qui exige son tribut de sacrifices humains, sans trucages ? Au cas-où : Marion Cotillard, es-tu dans les parages ? On aimerait bien un volume II, et Kenneth Anger a peut-être besoin de matière. Jamel Debbouze est également invité à la fête, soit dit en passant.

 

Hollywood Babylone de Kenneth Anger. 2013. Editions Tristram.

 

 

Tara Lennart.