Un mec de 30 ans me racontait récemment un détail de sa vie privée, et il me disait "des fois, je m'empêche de venir" ; et plusieurs fois dans la phrase, il a utilisé le verbe "venir" pour faire référence à l'orgasme. Un autre mec de 18 ans m'a dit la même chose par SMS et je me suis rendu à l'évidence que de plus en plus de gens préfèrent prononcer "je viens" à la place de "je jouis".

 

Parce que c'est plus joli et plus poli. C'est joli-poli, quoi. Un peu - comme on disait avant - "coquet-négligé". Jouir, c'est l'un des nombreux cas où un verbe devient trop crade pour être utilisé par les jeunes. "Je jouis", ça fait vraiment trop film X cheapos sur Canal+. Phonétiquement, on dirait un couinement anti-climax dans les sons aigus - précisément au moment où le mec devrait être un minimum masculin. Alors les jeunes générations ont adopté un truc plus soft et qui favorise la voix basse ou le murmure, comme une réserve poétique, parce qu'ils sont capables de dire des trucs super-crus et dégueu à vous traumatiser pour toujours quand vous les entendez dans le métro et, en même temps, avoir un goût pour un mot plus pudique en discutant du moment de l'orgasme. Parce que c’est intime, quoi. Jouir, après tout, c'est ce que font les parents le samedi soir et c'est assez gross comme ça pour y penser quand ça vous arrive. D'ailleurs, on va arrêter tout de suite d'en parler, c’est haram.

 

"Je viens" a été forcément popularisé chez nous en grande partie par le "je vais et je viens entre tes reins" de Gainsbourg (perso, je n'ai jamais aimé), mais c’est surtout le résultat d’un anglicisme caché. Dans toutes les chansons en anglais, le verbe "to come" est souvent utilisé avec son double sens. C’est comme "to go down south", ça veut dire se baisser vers les parties... intimes. Au début, c’était à cause de la censure pour scorer un hit, après, c’est devenu un jeu. A force d'entendre des milliers de disques qui disent Hold On, I'm Coming, Baby Come On ou Come Into My Life, nous avons intégré le verbe qu'on trouve dans tous les films pornos américains. "Baby I'm coming !" est à la fois le leitmotiv du porno et celui des histoires d'amour avec des personnes de nationalité étrangère. Quand on vous dit ça en espagnol, en kurde ou en maya yucatèque, c’est sympa. Il y a une traduction dans toutes les langues et franchement, c'est l'un des trucs les plus sexy à prononcer quand vous couchez avec quelqu'un qui ne parle pas votre langue. Il devrait y avoir un petit livre rouge qui traduit ça dans toutes les langues. Il ou elle vous annonce qu'il ou elle va venir. Venir de quoi ? Venir d'où ? Venir à terme, oui on a compris, j'en ai plein partout, merci et il y en a même sur le mur, Martha Stewart ne va pas être contente. Et la femme de ménage encore moins.

 

Si le mec ne jouit pas, il ne vient pas, il n'est pas venu. Vous n'avez pas assez essayé. Malgré tout le love et le désir, vous n'avez pas fait ce qu'il fallait, vous n'étiez pas assez concentré, votre esprit était ailleurs, vous pensiez à trop de choses. Focus, bordel ! Bref, vous n'avez pas été assez attentionné. Ce n'est pas si difficile de le faire venir. Ca se résume à ça. L'homme veut absolument venir. Il veut partir pour pouvoir revenir. Ce n'est pas possible autrement : he's got to score.

 

 

Didier Lestrade // Crédit photo : Erwin Olaf.