Oh Boy a été réalisé  par Jane Ole Gerster en 2012 et ne sort que maintenant en France. Le film décrit la journée d’un paumé berlinois, du mauvais côté de la vingtaine, celle où la vie, la vraie, rattrape inexorablement la course folle de votre jeunesse. Rien ne va vraiment mal dans la vie du héros, mais rien ne va vraiment bien non plus. Jeune homme sans qualité, il a lâché ses études pour promener son spleen tranquille et galère avec sa carte de crédit. Ce personnage, parfaitement incarné par Tom Schilling, acteur aux traits juvéniles, n’arrive ni à trouver sa place dans la société, ni à boire un café (sorte de fil rouge du film). 

 

 

Accompagné d’un ami au physique ferrellien, il enchaîne des rencontres dont la somme constitue une sorte de typologie berlinoise. Ainsi se succèdent les scènes, souvent drôles, parfois touchantes, comme autant d’anecdotes qui n’ont rien d’anecdotique, et le film surprend quelques fois le spectateur par des moments de grâce inattendus. 

 

Tout cela aurait pu paraître vain si le film ne parvenait à trouver le ton juste, grandement aidé par des acteurs et des dialogues excellents. De plus, le choix du noir et blanc et la beauté des cadres créent une distance par rapport à Berlin, que nos hipsters de lecteurs connaissent par cœur. Cette distance amusée est soulignée par une musique jazz évoquant les films du début des années 60, comme Shadows de Cassavetes. Ainsi, le film s’élève au dessus du banal pour toucher à l’existentiel en captant un sentiment de vague à l’âme contemporain, à l’instar d’Oslo 31 août de Joachim Trier, avec moins de réalisme et plus d’ironie. 

 

 

La dernière séquence semble vouloir établir un lien avec la montée du nazisme. Il faut avouer que cela reste assez sibyllin, mais ce n’est pas très grave. Le héros ne va nulle part, pourquoi l’Histoire devrait-elle résoudre quoi que ce soit ?  Ainsi, le film prend fin, mais on sait bien que la tristesse durera toujours.

 

++ Oh Boy, en France au cinéma le 5 juin 2013. Le film a gagné 6 Lolas, les Césars allemands, dont ceux de meilleur réalisateur et de meilleur acteur.

 

 

Damien Megherbi.