On pensait, à tort, que la parité était bel et bien installée en Occident, c'est-à-dire le droit pour la femme de travailler comme l'homme (au même poste mais à salaire moindre parce que faut pas déconner quand même), d'être une maman et une putain, mais ce n’est pas tout à fait le cas. Certains hommes semblent être restés figés sur ce dernier aspect, en ne réduisant la femme qu'à une vulgaire "salope", surtout quand elle décide de faire ce qui lui plaît, plaît, plaît.

 

Dernière victime en date d'un machisme plus que jamais présent : Miley Cyrus, pardi. Certes, nous avions promis de ne plus parler d'elle, mais certaines personnes aiment à dire que les promesses n'engagent que ceux qui veulent bien les croire, alors nous nous cacherons derrière cet argument fallacieux pour évoquer "le cas Miley". Ancienne enfant-Disney bien docile, cette dernière semble être en train de vivre une crise d'adolescence à retardement - et qui dit "crise d'adolescence" dit "rébellion". Pour prendre le contrepied de son personnage gnangnan de Hannah Montana, la chanteuse a donc décidé qu'elle porterait le moins de vêtements possibles et qu'elle s'adonnerait à des danses coquines de type twerkau grand dam de Jay-Z.

 

Sauf que ça ne passe pas : l'Amérique est choquée et Miley Cyrus est officiellement un contre-exemple pour les enfants de la nation. Pour sa nouvelle vie, elle a même choisi une nouvelle marque de fabrique, tirer la langue de manière sexuellement explicite, ce qui a fait d'elle la risée des internets. Mais qui disait quoi quand Gene Simmons ou Mick Jagger faisaient de même ? Qui s'offusque, à part quelques féministes, du fait que Robin Thicke a juste l'air d'un gros dégueulasse qui fout des nanas à poil en toute impunité dans le clip de Blurred Lines ?

 

 

Au lieu de casser du sucre sur la prestation très "olé olé" (nous en conviendrons) de Miley Cyrus aux derniers VMA’s de MTV, qui a seulement relevé que Robin Thicke portait un infâme costume de Beetlejuice en surpoids qui aurait abusé des onion rings de chez Wendy’s ? Sans oublier le fait qu'il avait l'air salement lubrique. Et surtout, qui s'offusque du fait que MTV s'en sorte sans aucune critique alors que c'est bien la chaîne musicale qui est à l'origine de tout cela en mettant sur pied cette prestation, tout en sachant très bien qu'elle allait "faire le buzz" ? Certains détracteurs de la jeune chanteuse vont même jusqu’à dire que si elle se comporte de la sorte (c’est-à-dire se mettre quasiment à poil) c’est parce qu’elle aurait des problèmes psychologiques. Mais comme l’a bien dit l’auteur Whitney Collins, elle est jeune et si elle veut se mettre à poil, c’est mieux de le faire à vingt ans qu’à quarante. Et encore une fois, être court vêtue ne fait pas de vous une salope, malgré l’avis de certains. D’ailleurs, une tendance a fait son apparition cet été Outre-Atlantique : les rues de New-York étaient envahies d’hommes torses nus. Est-ce que quiconque les a traités de petites catins ou de salopes ? Nope

 

Tout ce sexisme porte un nom aux Etats-Unis : le slut-shaming, soit le jugement moral fait par des hommes (mais aussi des femmes) à l’encontre de jeunes filles au comportement sexuel quelque peu explicite (jupes courtes, danses lascives, photos en maillots de bains postées sur les réseaux sociaux, soit des comportements beaucoup plus dangereux que le port d’arme, vous en conviendrez). La moralisation, pourquoi pas - personne n’a vraiment envie de voir partir sa fille en soirée en minijupe - mais cette tendance est beaucoup plus sournoise puisqu’elle insinue que les filles qui se font violer l’ont bien cherché en étant provocantes (cf. l’affaire du viol de Steubenville). En France, nous n’avons pas les VMA’s, mais on a tout de même eu un moment de télévision ultra-gênant, presque même aussi gênant que toute la carrière compilée d’Ariane Massenet. C’était en début d’été sur Canal+, cette chaîne qui se veut si moderne, sur le plateau de l’émission Le Supplément. On a en effet pu y voir "l'humoriste" Stéphane de Groodt prendre Nabilla (la personne qui s’est fait connaître avec Les Anges de la Téléréalité, vous savez) pour une grosse conne, c’est-à-dire tirer sur une ambulance, tout en faisant des remarques sexistes écœurantes, le tout sous les rires gras d’un faux public. Mais personne ne s’en est ému, puisque Nabilla est une bimbo. 

 

Le slut-shaming s’installe insidieusement, alors même que Miley Cyrus fait vendre énormément de journaux et que les femmes à poil font tourner le monde depuis la nuit des temps, ce qui rend cette hypocrisie encore plus nauséabonde. Leave Miley (et toutes les autres) alone.

 

 

Sarah Dahan // Illustration : Scae.