Les Amants du Texas (Ain't Them Bodies Saints en VO) est le premier film de David Lowery, un réalisateur âgé de moins de 35 ans qui a volé la moustache de Gaspar Noé. Sélectionné à Cannes, Sundance et Deauville, Les Amants n’est pas une réussite totale. Dans le genre «film sudiste», le chef-d’œuvre sorti cette année et que vous avez peut-être raté, c’était Mud de Jeff Nichols. Toutefois, ce serait quand même dommage de rater cette histoire de cœurs brisés sur fond de nature texane, belle et sauvage. Brain vous donne donc plusieurs raisons d’y aller.

 

 

Pour la mise en scène mélodique

Pour sa façon de magnifier le Texas où il a grandi depuis ses 8 ans, il est facile de rapprocher le travail de David Lowery de celui de Terrence Malick, référence devenue indépassable ces dernières années dès qu’apparait un épi de blé caressé par le vent à l’écran. On pense aussi à Beau Travail de Claire Denis - réalisatrice que David Lowery cite comme influence - pour son mélange harmonieux, fait de superposition et de décalage, entre images à la photographie superbe, bande-son atmosphérique et musique minimaliste, dialogues entrecoupés de silences et voix-off épistolaire, avec la diction lancinante de Casey Affleck. En voyant Les Amants du Texas, on comprend ainsi ce que veut dire David Lowery lorsqu’il dit avoir «conçu [son] film comme une chanson folk». 

 

Pour le montage captivant

Avant de passer à la réalisation, David Lowery a été monteur et ça se voit. Ainsi, son premier film démarre sur les chapeaux de roues, là où Bonnie and Clyde (film d’Arthur Penn qui avait révolutionné la technique du montage en son temps) s’achevait, par un assaut policier et un montage elliptique qui vous scotchent sur votre siège. Puis, un nouveau rythme s’installe, plus lent, mais envoûtant, mettant subtilement en avant les détails et laissant la place à des scènes qui ailleurs ne seraient présentes que pour faire transition.

 

 

Pour la grâce de Rooney Mara

Révélée au grand public déguisée en cyberpunk dans le premier opus de la saga Millenium signé David Fincher, Rooney Mara offre un tout autre visage dans le film de David Lowery. Portant les cheveux longs, à la fois criminelle et virginale, elle semble se déplacer sans toucher le sol dans Les Amants du Texas et incarne à la perfection un personnage dont les intentions profondes demeurent mystérieuses. Comme par hasard, on la retrouvera également à l’affiche du prochain film de Terrence Malick, dont le titre est encore inconnu (aux côtés d’un casting masculin 100% sexy : Ryan Gosling, Michael Fassbender et Christian Bale).

 

Pour la naissance d’un grand réalisateur

Malgré toutes les qualités avancées ci-dessus, Les Amants du Texas se métamorphose, à mesure qu’il avance, en un bel objet froid de cinéma, un film poseur et artificiel sans s’en rendre compte, au scénario attendu, duquel on se détache, voire qui nous ennuie gentiment. La magie n’a pas lieu. Néanmoins, on assiste peut-être avec ce film à la naissance d’un réalisateur et si vous allez le voir, les snobs que vous êtes pourront dire dans quelques années : «j’y étais».

 

++ Les Amants du Texas est à l'affiche depuis le 18 septembre. Le film fut nominé sept fois - à Deauville, Sundance et à la Semaine Internationale de la Critique à Cannes.

 

 

Damien Megherbi.