Dès le début des années 70, Costandinos compose pour Dalida, Carene (avant Karen) Cheryl, Demis Roussos (ses plus gros titres disco sont signés Alec R. Costandinos), et également pour de la grosse variét' : Franck Pourcel, Raymond Lefèvre, Fausto Papetti (l’homme aux pochettes les plus érotiques de l’histoire du disque) et bien d’autres encore… Mais c’est en 1976 qu’il prend une longueur d’avance, en co-signant sur le premier album de Cerrone les morceaux Love in C-Minor et Midnite Lady qui propulsent la french disco à son firmament.

 

 

Comme Cerrone, Alec enregistre la quasi-totalité de ses productions disco aux Studios Ferber, et il les mixe au légendaire Studio Trident de Londres. Sur cette lancée, il publie en 1977 Accidental Lover sous son projet Love & Kisses : pochette archi-érotique (comme toutes celles qui suivront) d’une fille au t-shirt déchiré par des mains expertes… Cette bombe disco séduit instantanément les Etats-Unis et se retrouve distribuée par Casablanca Records (qui s’occupe de Donna Summer, Lipps Inc. ou Giorgio Moroder parmi tant d’autres). Le label lui confie en 1978 le titre phare de la B.O.F. du film Thank God It’s Friday, dans lequel jouent dans leur propre rôle Donna Summer et les Commodores.

 

 

Costandinos sort ensuite trois albums de Love & Kisses et il signe également de nombreux projets parallèles, dont Sphinx ou The Syncophonic Orchestra, dans lesquels il adapte en disco les classiques Roméo & Juliette, Le Bossu de Notre-Dame ou Judas. Enfin, il signe en 1978 l’excellente B.O.F. du film Trocadéro Bleu Citron.

 

Golden Tears

 

 

Le disque qui nous intéresse tout particulièrement aujourd’hui au milieu de cette ruche est l'album-concept de disco cosmique SUMERIA Golden Tears, qu’il réalise avec Don Ray en 1977. Sur la pochette au fond doré, une fenêtre de vaisseau spatial s’ouvre sur un désert, et les titres sont évocateurs : The Encounter, The Man from the Stars, Somewhere, Elsewhere et Cosmic Traveller. La pochette sera d’ailleurs différente sur le territoire américain : un portrait d’Alec R. Costandinos affublé de larmes d’or et sous-titré “It happened to someone else…”.

 

 

Comme à l’accoutumée, ses productions sont soignées et très arrangées (cordes, cuivres…), et ses compositions sont similaires à celles d’un Cerrone. Et pour cause, le casting poids lourd des meilleurs musiciens français de cette époque : l’album est dirigé et arrangé par Don Ray (Cerrone), Slim Pézin (Cerrone) sévit à la guitare, on retrouve Marc Chantereau (Voyage, Arpadys, Disco & Co, etc…) aux claviers et percussions, Georges Rodi (Voyage, Revelacion, Rosebud, France Gall, Arpadys, Patrick Juvet, Queen Samantha, Cerrone, Elli & Jacno, etc…) s’occupe des synthés, et les Birds of Paris (Sue Glover, également choriste de Cerrone) sont en charge du chant et des chœurs.

 

Le disque contient d’étranges dialogues d’un couple semblant venir d’un autre monde. Ces dialogues relient les morceaux entre eux et confèrent une trame presque cinématographique à l’ensemble. Le titre instrumental Cosmic Traveller (qui sortira en 45 tours) débute à l’arpeggiator, puis les redoutables kicks disco s’enchaînent avant que ne surgisse enfin cette ligne de basse très reconnaissable, signature parfaite de toutes les productions estampillées Costandinos depuis Accidental Lover. Le morceau bascule ensuite en une courte croisade cosmique avec une guitare tendance Apache des Shadows. Sur une durée totale de 50 minutes, l’album oscille entre la ballade et le disco en passant par le planant. Parfois désuets, certains morceaux ont malgré tout des breaks à faire pâlir d’envie un Prins Thomas ou un Todd Terje. Et d'ailleurs, on retrouve sur le morceau Golden Tears une trame mélodique synthétique très french touch qui se révèle assez similaire au Sea Sex & Sun de Gainsbourg.

 

Uncle O.

 

++ DJ et graphiste, Uncle O est à l'origine des mythiques compilations Shaolin Soul. Sa nouvelle compilation, Cosmic Machine - A Voyage through French cosmic & electronic Avantgarde (1970-1980) est sortie le 14 octobre chez Because Music.