Depuis quelques années, l'underwear des kids à été chamboulé, notamment par les motifs à couleur et les textiles douteux de Pull-In ; et maintenant, nous nous retrouvons avec une hémorragie de boxers moulants aux couleurs franchement pas de ce monde, des marques pour gays si ringardes qu'elles annoncent qu'ils sont Addicted, voire même - surprise - des slips qui annoncent clairement qui est actif ou passif. C’est l’influence fatale des magasins de sous-tifs' du Marais. Tu veux ressembler à un gogo boy? C’est possible.

 

Moi je dis, c'est le tue-l'amour total.

Oui, le détail qui tue.

 

Faites le test. Vous allez chez Uniqlo et il y a, dans un coin, à peine 5 modèles de caleçons classiques avec des couleurs qui ne sont même pas tendance, juste pour épuiser le marché. Gap reste le seul endroit où on peut trouver des caleçons à rayures ou à carreaux, mais ils se font de plus en plus rares en magasin. Joe Boxer faisait des boxers rigolos dans le genre white trash US accroché à son spliff de weed. Mais là, le délire des sous-vêtements pour homme est si incontrôlable qu'on se demande s'il ne faut pas casser sa tirelire pour aller chez Brooks Brothers - qui fait toujours des caleçons en coton blanc, version Gatsby mormon, avec un petit nœud de soie derrière.

 

Autre option : vous allez sur Tumblr, et là, c'est une avalanche de slips d'une laideur simili-branchée qui vous fait vomir sur l'iPad. C'est le prolongement fatal du métrosexuel version capillaire avec 100 grammes de gel (remember Tecktonik ?), mais au niveau de la raie des fesses. Tumblr étant le reflet de ce que les gamins et les hipsters portent, on en vient à faire des captures d'écran des pires sous-vêtements de la life de now dans des mélanges de tissus favorisant forcément une extrême sudation au niveau des organes reproducteurs. On ne leur a pas dit que c'était cancérigène? C'est toxique, in more ways than one.

 

 

Il était encore possible de traverser la fin des années 2000 sans que votre neveu vous demande ce que vous pensiez d'un immonde boxer short moulant Pull-In qui dépassait fièrement du futal. La réponse était sardonique, dans le genre "ah ouais, t'as payé une fortune un truc qui te rend vaguement branché quand tes copains et toi font une photo à poil après une murge d'alcool". Mais le truc, c'est que son père s'y est mis aussi, et les kids ont commencé à se dire que l'underwear était super subversif (tu vois), surtout quand c'était papa-maman qui sortent la carte Visa pour acheter un truc qui ne tiendrait pas 4 lavages sans lingette détachante K2R.

 

Aujourd'hui, on pourrait faire un bêtisier sur Flickr de toutes ces marques qui osent des motifs de l'Enfer - et puis il ne faut pas oublier qu'American Apparel est devenu célèbre à la base pour ses slips avec des couleurs Pantone toutes ratées (le rose surtout) qui transforment des mecs rikikis en bonbons de fête foraine (ou des mecs obèses en trolls qui se croient originaux). Il faudrait offrir le sujet au Petit Journal ! On rigolerait bien !

En 2013, plus possible de trouver un mec avec un caleçon qui soit à la fois sobre et sexy (c'est pourtant simple, bordel)... Les messages codés se multiplient sur la bande élastique de la taille (c'est quoi ces logos affreux de 2(x)ist, une formule mathématique à la Einstein pour barebacker ?), et même les Noirs américains qui, à eux seuls, décidaient du bon goût dans la mode, se mettent à porter ces trucs collants immondes où la raie des fesses n'est plus un truc merveilleux mais au contraire la source de blagues mentales.

 

 

Ce qui est fascinant avec cette tendance qui va durer longtemps (trop de fric est en jeu, too big to fail), c'est le choix des matières. Quand on sait que l'industrie textile (chinoise) est désormais capable de vraiment tout à bas prix, du lin brodé, du jean lightweight, du polaire en satin ou carrément du nid d'abeille en flanelle (je dis n’importe quoi là, mais c’est pour donner une idée), il y a de quoi paniquer sur la pauvreté de confort de ces tissus extensibles qui rappellent le Karting des années 70 et qui finissent par gratter dès qu'on dépasse 25° en milieu urbain (c'est à dire tous les jours dans le métro).

 

Avant, c'était presque un plaisir de repasser ses caleçons en vieux coton, le dimanche aprèm' en regardant un docu à la télé sur les papillons qui boivent les larmes des tortues géantes (ou les termitières de la planète Mars, comme vous voulez). On repassait même les caleçons de son mari s'il avait été gentil pendant la semaine précédente, pour l'empêcher aussi qu'il nous pique nos propres caleçons, le petit pervers. Aujourd'hui, plus personne ne sait repasser, ce qui n'est pas grave - poster des images sur Twitter est plus gratifiant. Mais franchement, ces trucs odieux qui sèchent quand ils sortent de la machine à laver, ce n'est pas une vision à conseiller à quiconque le matin, surtout avant le café.

 

 

Le crash-test des marques

- Emporio Armani : quand on regarde le slip tout neuf, on l'imagine déjà déformé dans 2 semaines. Stretch Coton Basics, mon oeil.

- Hugo Boss : qui veut porter du Hugo Boss sur son cul?

- Hom : leur slogan, c'est "Enjoy the best". I don't think so.

- Dim : le site est si mal foutu que tu ne trouves même pas les hommes.

- C-IN2 : c'est la formule chimique du crystal meth, le truc qui cache ta bite?

- 2(X)IST : une calamité chez les gays lambda...

- Male Power : le détail qui tue, je vous dis !

- Timoteo : je ne savais même pas que ça existait ce truc.

- Private Structure : ah, OK, on prend un nom de marque minimal et conceptuel pour faire du design pour escort boys.

- Frank Dandy : quand je parlais des motifs bariolés sous LSD...

- Obviously for Men : naaaan, tu crois ?!

- Joe Snyder : des strings qui font peur ! Eeeeeeek !

 
 
Didier Lestrade // Visuel de Une : Scae.