Les origines du mal 

Le french bashing (ou «l’acharnement anti-français», selon ce qui pourrait être une traduction de titre de film pour le marché québécois) ne date pas d’hier ; il prend en réalité ses racines au milieu du XXème siècle. Jusque dans les années 40, les Américains étaient plutôt francophiles, à la fois amoureux du mode de vie des Français et reconnaissants de l’action de Lafayette dans leur accès à l'indépendance.

 

Ils changèrent en grande partie d’avis au moment de la mise en place de la collaboration française avec l’Allemagne nazie en 1940, et dès lors, ils assumèrent de manière totalement décomplexée leur désaffection pour la France. Ce sentiment a été renforcé au sortir de la guerre avec l’accès du Général de Gaulle au pouvoir et ses velléités d’indépendance, qui ont mené à une détérioration des relations entre la France et les Etats-Unis.

 

En d’autres termes, nous sommes devenus pour les Américains ce que les Belges sont aux Français : des idiots, des boucs émissaires sur qui il est toujours bon de taper. Même les Canadiens, pourtant premières victimes des quolibets yankees, ne semblent pas se faire autant malmener que nous.

 

 

L’état des lieux 

La France, victime désignée au sein d’un vieux couple déséquilibré, se fait donc attaquer de toutes parts par les médias américains, et ce sous n’importe quel prétexte. Il faut d’ailleurs savoir que la provenance du french bashing est multiple et, tel Terminator, se révèle protéiforme : il peut tout aussi bien émaner d'un géant de l'industrie automobile aux concepts de vie résolument beauf et matérialiste que d'une journaliste américaine millénaire expatriée rive gauche.

En clair, nous faisons ici référence à la dernière publicité de Cadillac terriblement heurtante, matérialiste et… anti- française. Pour la faire courte, dans son dernier spot télé, la marque de voiture qui appartient au géant General Motors explique aux téléspectateurs que réussir sa vie, c’est travailler dur pour pouvoir se payer une belle voiture (aka une Cadillac bien entendu). Les gens qui prennent des vacances et qui zonent dans des cafés - les Français donc - ne sont que des feignasses qui passent à côté de l’essentiel de la vie : les biens matériels.

 

 

Cette réclame nauséabonde se situe dans la même mouvance que ce qu’on avait pu lire dans Newsweek quelques mois plus tôt. A savoir un brûlot  anti-Français péniblement signé de la main fiévreuse d’une vieille dame, Janine di Giovanni pour ne pas la citer. Dans son article à charge sobrement titré The fall of France, la journaliste multiplie les clichés et les erreurs factuelles sur la France, son service économique et son système social. Petit florilège : «Les couches sont gratuites, les gardes d'enfants sont déductibles des impôts et les crèches sont gratuites dans tous les quartiers.» «Un demi-litre de lait à Paris, par exemple, coûte presque 4 dollars [environ 3 euros], c'est-à-dire le prix d'un gallon [3,8 litres] aux Etats-Unis.» «Une autre amie banquière a passé ses trois mois de congés maternité (payés) à faire de la voile en Guadeloupe – comme il s'agit d'une partie de la France, elle a continué à toucher ses allocations.»

 

Janine di Giovani a-t-elle précisé que les conditions des congés maternité au Royaume-Uni sont quasiment identiques à celles de la France ? Non.

 

Et comme si la France ne se prenait pas déjà suffisamment de coups, les attaques fusent même depuis le Vieux Continent, puisque la perfide Albion s’invite à son tour dans la valse endiablée du french bashing. Ainsi, le très respectable quotidien The Guardian s’y est lui aussi mis par l’entremise d’un article à la fois pénible et gênant. Truffé de mots en français dans le texte - pourquoi ? - l’article paru au début du mois indique que les Français ne travaillent plus, mais alors plus du tout, après six heures du soir. Ceci serait dû à une nouvelle loi qui forcerait les entreprises à bien faire en sorte que leurs employés ne consultent plus leurs emails après leurs heures de travail légal. L’article conclut en signifiant que les Anglais se tuent au travail tandis que les Français n’en foutent pas une et passent leur temps à boire du Sancerre dans des bistrots. Cet article improbable fait en réalité un raccourci malhonnête en écho avec «un droit à la déconnexion des cadres», soit l’interdiction de répondre ou d’envoyer des emails après sa journée de travail. Un accord vient en effet d’être signé entre le patronat des sociétés d'ingénierie et de conseil et des bureaux d'études (Syntec et Cinov) avec la CFDT et la CGC - or il est non seulement très précisément délimité, mais surtout, il n’a toujours pas été concrètement mis en place. On peut d’ailleurs rappeler qu’une telle loi existe déjà en Allemagne, mais l’article du Guardian a manifestement préféré passer cette information sous silence.

P.S. : Penser à signifier à l’auteur de ce pétard mouillé que «dolce vita», c’est de l’italien.

 

 

L’avenir, que nous réserve-t-il ? 

Fort heureusement, quelques esprits éclairés outre-Atlantique portent toujours la France dans leur cœur : tel est par exemple le cas du Business Insider, qui s’est amusé à énumérer les raisons pour lesquelles la langue française devrait toujours être apprise aux enfants américains. Cette prise de position intervient en réaction au bimensuel américain New Republic qui, dans un article nommé Let’s Stop Pretending That French Is an Important Language, était parti en croisade contre la langue française, selon lui tout simplement inutile. D’ailleurs, et contre toute attente, il semblerait selon une étude de la banque d’investissement Natixis, que le français sera à moyen terme la langue la plus parlée dans le monde, devant le chinois mandarin et l’anglais. Son point fort ? Il est parlé à travers toute l’Afrique, qui est le continent amené à connaître la plus forte croissance économique d'entre tous les autres ces prochaines années.

 

Toutefois, si la roue ne tourne pas pour la France et ses sujets, une situation de repli consistant à adopter une tactique très gauloise reste tout à fait possible : pointer du doigt les méfaits de ses voisins. Aussi, grâce à la péninsule ibérique, la France pourra se relever avec dignité de nombreuses années de moqueries, simplement en évoquant plusieurs éléments infamants pour l’Espagne : un taux de chômage élevé, le renoncement à l’IVG, des punks à chiens à chaque coin de rue, des mets locaux pas franchement diététiques, et surtout des attentats capillaires totalement interdits par la fédé

 

 

Sarah Dahan.