La «pute vierge»

Blonde, yeux verts, 1m55 pour 58 kilos et hymen intact. Voici le pedigree d’Elizabeth Raine, jeune étudiante américaine de 28 ans, qui a mis son pucelage aux enchères sur son blog «Musings of a Virgin Whore» («Méditations d’une pute vierge»). Depuis le lancement de l’opération le 31 mars dernier, certains de ses prétendants, basés en Serbie, au Japon, en Australie, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, ont offert plus de 100 000 $ chacun pour dépuceler Madame.

 

Titulaire d’une licence en biologie et ingénierie et inscrite en doctorat de médecine, la jeune femme explique son abstinence non pas comme un gage de moralité - elle critique vertement le mariage - mais parce que «la virginité me va comme un gant. C’est inattendu et non-conformiste, exaltant et valorisant». Mais la deadline approchant à grand pas, Raine se la joue Simone de Beauvoir : «il s’agit de montrer à quel point la société continue à exercer un contrôle sur la sexualité des femmes (…), de dénoncer le fait que nous vivons toujours dans un patriarcat et qu’une femme ne peut toujours pas faire ce qu’elle désire de son corps sans s’attirer la condamnation et la haine des autres».

 

D’abord anonyme par crainte de s’attirer les foudres de son université, la blogueuse qui se dit attirée par l’aventure, l’érotisme et le scandale, a fini par révéler son identité et dévoiler son visage le mois dernier, faisant exploser les enchères, qui ont atteint 801 000 $. Et là, coup de théâtre : Raine annule in extremis la transaction sexuelle prévue en Australie (illégale aux Etats-Unis car considérée comme de la prostitution). Elle justifie son renoncement inopiné sur son blog : «j’ai décidé de mettre un terme à ce chahut (…) et de retourner à ma formation médicale. J’ai toujours de très fortes convictions au sujet de la virginité (…) mais les études demeurent ma priorité». Cette expérience lui a apparemment beaucoup appris sur la prostitution, la virginité et le slut-shaming. Elle ajoute qu’elle restera vierge tant que faire se peut et alimentera toujours son blog, voué à être renommé, le terme «pute vierge» lui apparaissant désormais inadéquat.

 

Si jamais Raine se ravise de s’être ravisée, on peut lui conseiller un bon bal de la pureté. Un peu âgée pour le casting, elle remplit tout de même avec succès le critère de la membrane vaginale inaltérée.

 

 

Vierge pour Papa

Lancés en 1998 à Colorado Springs par Randy et Lisa Wilson, ces bals un tantinet incestueux visent soi-disant à renforcer les liens père-fille. Dans les faits, une soirée en tête-à-tête avec Papounet, une petite valse dans une robe bouffante qui coûte un bras et la promesse devant l’Eternel de ne jamais se faire visiter le bas-ventre jusqu’au mariage (agrémenté souvent de la remise à la jeune fille d'une "bague de virginité", ndlr). Papa signe un document qui l’engage à être le gardien du sexe de sa fille. Non, ce n’est pas flippant. Avec son projet Purity, le photographe suédois David Magnusson pose un regard concupiscent sur ces instants super malsains. Ces serments religieux représentent surtout un bon moyen pour les parents d’effrayer et de culpabiliser leurs filles. Si elles résistent, les organisations mettent la dose d’ingrédients anxiogènes pour les dissuader définitivement.

 

Un bal de la pureté organisé il y a quelques jours par l’Eglise Victory Outreach au nord de Las Vegas a fait appel à la police locale en renfort prosélytique. 135 parents et enfants ont pu assister à une discours théâtral et bien stressant comparant la prostitution à la mort, avec photos de visages rongés par la drogue et exposition des cadavres de deux jeunes filles, présentées comme des victimes du sexe et des pilules amaigrissantes, et placées dans des housses mortuaires sur des chariots.

 

Et quid des génitrices ? Des mères célibataires ? Ne parlons même pas des mamans lesbiennes, le Diable en personne. Sont-elles capables d’élever des filles qui se respectent et échappent aux MST ? Apparemment non, et toute petite fille sans papa est condamnée à devenir une catin.

 

Et les mecs ?

Difficile d’imaginer des enchères de plusieurs centaines de milliers de dollars pour un homme qui vendrait son pucelage sur la toile, et des guinguettes où des garçonnets confieraient symboliquement la clé de leur slip à Maman. Pendant que des fillettes engoncées dans des robes meringues tournoient à l’unisson, on apprend aux garçons que leur phallus représente leur force.

 

Tous les ans, des jeunes ados sont invités à des bals de la pureté afin d'observer comment leurs pères traitent les jeunes femmes, histoire d'en prendre de la graine. Ils participent à des cérémonies initiatiques (chaperonnées par des hommes, bien sûr) au cours desquelles ils acquièrent les bases de la virilité. Leurs mentors les emmènent tâter du ballon, camper entre mecs et leur édictent les codes de la masculinité.

 

Alors que des bambines de cinq ans sont incitées à participer au bal, histoire d’enrayer le sacrilège au plus vite, les garçons doivent attendre douze ans en général, âge auquel Jésus a discuté des Ecritures dans la maison de son Papa. Preston Gillham, auteur d’ouvrages pro-pureté et serviteur zélé de la cause virginale, explique : «si le rite de passage est correctement effectué, l’homme en devenir est comme un chêne de caractère. Son ombre et son influence bénira ceux qui ont la chance de pouvoir s’appuyer sur lui et de se reposer sous ses branches».

 

Si la Belgique a déjà eu son Elizabeth Raine avec Cindy (une Bruxelloise de 24 ans qui avait mis sa virginité aux enchères sur son blog en 2013), la France a comme toujours dix ans de retard sur les Etats-Unis. Mais pour une fois, on s’en réjouit.

 

 

Éloïse Bouton.