Here comes the attention whore

Malheureusement, on ne le sait que trop : Lindsay Lohan a troqué son activité de comédienne contre celle d’épave errante de soirées en soirées, sans doute à la recherche d’une carrière partie se noyer dans la cuvette de quelques sordides toilettes. A 27 ans révolus, Lindsay a dépassé la date de péremption de la star maudite ; elle aurait donc pu faire le choix de la souffrance en silence, ou tout simplement celui de la rédemption, mais elle semble trop cultiver le goût du sabotage. L’actrice a semble-t-il décidé - fortement aidée par des parents manifestement dépourvus d’âme et de scrupules - d’exposer aux yeux du monde son mal-être, sans retenue aucune. Accidents de voiture, beuveries suivies de conduite en état d’ivresse, vols à l’étalage, multiples partenaires révélés sur une liste... parmi lesquels on retrouve un dénommé James Franco. Lindsay a tout enchaîné, déchaînant ainsi les médias.

 

A bien y regarder, il se trouve que James Franco a lui aussi adopté un comportement incohérent il y a (déjà) quelques années de cela. Souvenez-vous, il jouait en 2009 dans General Hospital, un soap américain aussi culte que crotte. On suppute que ce n’est pas pour les qualités narratives ou même dramatiques que James s’est fourré dans cette galère. Non, c’est sûrement pour l’amour du buzz auquel l’acteur / «artiste» semble être accro.

 

 

Très soucieux d’être proche de son public, James Franco se révèle être un twittos émérite ainsi q'un utilisateur avide d’Instagram, qui relaie allègrement ses états d’âme, ses opinions  et ses commentaires sur le monde qui nous entoure. Par ailleurs, il n’hésite pas à poster des selfies de lui, main dans le calbute, et à draguer des petites groupies, mineures, sur les internets. Pour ce dernier fait d’armes, on le soupçonne tout de même d’avoir agi de la sorte afin d’assurer la promotion à moindre coût de son prochain film, Palo Alto, dans lequel il joue un entraîneur de football féminin qui entretient une relation avec une de ses joueuses mineures. L’attention whore au sommet. 

 

Les velléités arty

En 2011, on a cru (en vain) que Lindsay annonçait sa sobriété retrouvée dans une vidéo de Richard Phillips, un artiste exposé à la prestigieuse galerie de Larry Gagosian et dont l’œuvre s’articule autour de la célébrité, de la beauté et du sexe.

 

 

On y voyait la starlette seule face à la mer, puis nageant dans une piscine. Lindsay est blonde, elle est belle et elle n’est pas encore Lohanisée. Cette renaissance aquatique et arty nous donnait alors l’espoir d’une résurrection, mais la suite est connue de tous. Le cas Lohan - le rêve américain qui explose en plein vol - fascine le public mais aussi les acteurs de cette culture de la célébrité. C’est donc en toute logique qu’elle a été choisie pour jouer dans The Canyons, film écrit par Bret Easton Ellis et réalisé par Paul Schrader pour incarner l’actrice déchue et cramée, complètement vidée par la vie. Si l’équipe technique a évoqué le cauchemar que représentait une collaboration avec elle, d’autres n’ont pas manqué de remarquer que son talent a su rester intact.

 

Malgré cette opportunité, The Canyons n’a pas rencontré le succès escompté et ne lui a pas permis de repartir sur de nouvelles bases. Franco a, lui, posé les bases relativement tôt : il n’est pas qu’un minet, il est un artiste. Il s’évertue donc depuis des années à adopter une posture relativement alternative : on ne le verra pas que dans des blockbusters, mais aussi derrière des projets «fous» comme par exemple le remake de Cruising façon porno gay. Et pour bien asseoir son statut d’«intellectuel», il a pris soin de laisser savoir qu’il lit du Proust entre deux scènes. Bien évidemment, il agit de la sorte quand il n’écrit pas des nouvelles ou ne peint pas quelques fresques. Sa prochaine expo ? Des toiles de nus de son ami Seth Rogen.

 

Le documentaire en point d’orgue

Oprah Winfrey, la bonne Samaritaine du showbiz' US qui fait gagner des Chevrolet à tout le public de son émission quand elle se réveille de bonne humeur, se fait également du souci pour ses congénères de l’industrie du rêve. Celle qui accueille toutes les stars en détresse, de Whitney Houston à Sarah Ferguson en passant par Riri en pleurs, ne pouvait décemment pas passer à côté du cas Lilo.

 

 

Elle l’a donc d’abord invitée à venir se confesser dans un talk show exceptionnel tout d’orange vêtue, comme sont habillés les prisonniers Outre-Atlantique, sans doute pour lui faire accepter son passé de taularde et l’inviter à aller de l’avant. Puis, en tant que fée Clochette du ghetto, elle l’a payée deux millions de dollars pour apparaître dans une télé-réalité extrêmement dérangeante, sobrement nommée Lindsay, qui suit l’actrice dans son quotidien sordide et fake. Le visage bouffi, voire défiguré, et son air hagard nous font malheureusement penser que Lindsay n’a pas «cut the bullshit» et qu’elle s’est au contraire davantage enfermée dans son tourbillon de la lose tout en invitant davantage de personnes à venir l’épier.

Dans une même logique d’addiction à la médiatisation de sa personne, James Franco va lui aussi être au centre d’un documentaire biographique nommée Franco : A Documentary, filmé par la réalisatrice Lisa Vangellow, qui l'a suivi dans sa vie privée et professionnelle depuis le mois de juin 2013. 

 

Si l’on peut affirmer tout de go que Lindsay part à vau-l’eau, le cas de Franco est plus complexe car lui semble tout du moins assurer sa carrière professionnelle. Mais son hystérie chronique, sa volonté de multiplier les projets en tout genre et surtout son envie de vouloir faire parler de lui à tout prix laissent croire qu’ils sont tous deux atteints de la même démence. Aussi, on leur préconise d’aller se reposer tous les deux aux Meadows, centre de réhab' pour stars abîmées sis en Arizona, et de s’y marier. Evidemment, les festivités pourront être filmées. The show must go on.

 

++ Palo Alto, de Gia Coppola avec James Franco, sort en salles le 11 juin. 

 

 

Sarah Dahan.