THE RAID 2

Ce qu’on croit que c’est : un film d’action bourrin.

Ce que c’est en réalité : une comédie musicale.

 

Si vous aimez la castagne, vous ne serez pas déçus par le nouveau film de Gareth Evans, réalisateur écossais de films indonésiens, qui fait office de suite à The Raid, un premier opus qui avait marqué les esprits belliqueux en 2011. En revanche, si vous vous attendez à mater une bonne histoire de gangsters, vous risquez d’avoir l’impression de vous être fait avoir une fois dans la salle. Le film met en scène une guerre des gangs alambiquée et peu crédible. Il alterne entre des dialogues pas très percutants, des scènes centrées sur des personnages archétypaux et des séquences de combats qui défoncent à base de pencak-silat (art martial indonésien, ndlr).

 

Mais faut-il vraiment juger ce film sur son scénario ? L’histoire n’y est finalement qu’une trame, comme un livret d’opéra, prétexte à des scènes de combat chorégraphiées comme des numéros de danse et rythmées par des sons extrêmement travaillés. 

 

 

The Raid 2 ressemble plus à un West Side Story violent à Jarkata qu’à une guerre des gangs complexe façon Infernal Affairs. Certains plans de baston générale évoquent plus le travail du chorégraphe et réalisateur hollywoodien Busby Berkeley qu’un film hongkongais. Un Sexy Dance pour les hommes, en quelque sorte. The Raid 2 se situe ainsi dans la continuité du film musical avec numéros spectaculaires, un genre qui n’est plus trop à la mode aujourd’hui, et c’est de cette façon qu’il faut le voir pour vraiment l’apprécier.

 

 

THE BIG LEBOWSKI

Ce qu’on croit que c’est : l’histoire du mec le plus cool du monde.

Ce que c’est en réalité : le constat de l’affaiblissement du modèle masculin hollywoodien.

 

Si vous êtes sur Brain, il y a de fortes chances que vous ayez vu ce film qui vous a bien fait marrer. Mais au final, de quoi parle-t-il, si ce n’est de la fin du héros hollywoodien droit dans ses bottes ? Dès l’ouverture, une voix-off introductive nous prévient : «sometimes there's a man... I won't say a hero, 'cause, what's a hero ?». Le héros de l’histoire n’est donc pas un héros, car on ne sait plus ce qu’est un héros. Dans la toute première scène du film, on voit Jeff Bridges - le fameux Dude - faire ses courses en ignorant plus ou moins les infos diffusées à la télé sur la guerre au Proche-Orient qui fait rage au même moment. Il n’est impliqué dans rien, surtout pas dans cette guerre, et il a renoncé à tout - sauf à son tapis qu’on lui a pris par erreur. Il n’est même pas un anti-héros ; il est simplement un mec qui vit à Los Angeles, où se trouve aussi ce vieil Hollywood...

 

 

L’histoire est d’ailleurs narrée par Sam Elliot, un cow-boy vieillissant qui n’a pas vraiment sa place dans le film. John Wayne, c’est fini. Tous les personnages masculins sont des hommes en piètre forme physique, dominés par des femmes : le personnage joué par John Goodman est dominé par son ex-épouse, le Dude l'est par Maud Lebowski, le vrai Lebowski l'est par sa copine fantoche, et on ne parle même pas du personnage joué par Steve Buscemi

 

Ainsi, la célèbre séquence de rêve/trip ci-dessous apparaît clairement comme un résumé de cette disparition d’un certain modèle masculin. Maud Lebowski y est une déesse guerrière, le Dude descend un escalier interminable comme on descend d’un piédestal, il passe entre les jambes d’une armée de femmes et il finit par se faire poursuivre par des mecs en collant intégral cherchant à lui couper «on ne sait quoi» avec des paires de ciseaux géantes (toutefois, ceci n’explique pas vraiment la présence de Saddam Hussein au comptoir des chaussures de bowling).

 

 

 

ALICE AU PAYS DES MERVEILLES

Ce qu’on croit que c’est : un film pour enfants.

Ce que c’est en réalité : la description d’un trip sous l’effet d’un cocktail de substances hallucinogènes.

 

 

On n’en est pas tout à fait sûr pour le livre de Lewis Caroll, mais en ce qui concerne le dessin animé de Disney, on n’a pas trop de doutes : il s’agit clairement d’un film qui documente de manière immersive les effets de la consommation de différentes drogues, principalement hallucinogènes (les «merveilles» annoncées par le titre).  

 

Alors que le film n’avait connu qu’un succès relatif à sa sortie en 1951, il est redécouvert au cours des années 70 pendant la grande vague psychédélique, et ce notamment sur les campus universitaires. Disney le ressort en salles et il devient l’un des dessins animés les plus populaires de tous les temps. Depuis, on le montre aux enfants de génération en génération, alors que ce qui s’y passe est souvent assez flippant.

 

 

LA FRANCHISE X-MEN

Ce qu’on croit que c’est : une série cool de films de super-héros.

Ce que c’est en réalité : une parabole sur la condition homosexuelle.

 

Les comics ont souvent plusieurs niveaux de lectures possibles, c’est bien connu. On pourrait penser que le parallèle entre le militantisme gay et lesbien et la lutte des mutants dans les films X-Men est assez tiré par les cheveux. Pourtant, les indices sont nombreux.

 

On peut tout d'abord rappeler que le réalisateur Bryan Singer, défenseur de la cause gay à Hollywood (quoique...), est aux commandes de la saga, et que le casting compte Sir Ian McKellen (aka Gandalf dans Le Seigneur des Anneaux, et Magneto dans X-Men, ndlr), qui déclarait récemment avoir été convaincu par Bryan Singer de rejoindre l'équipe avec cet argument : «Mutants are like gays. They’re cast out by society for no good reason». On retrouve également au casting Ellen Page, qui a fait son coming out au cours de l’année passée.

 

Par ailleurs, 1) les pouvoirs des mutants se révèlent au cours de l’adolescence, 2) ils mènent à des débats de société et à des manifestations populaires, ainsi que 3) à des prises de position extrêmes de la part de politiciens, 4) on se demande si ce n’est pas une maladie et même 5) s'ils ne vont pas faire disparaître l’humanité. Vous avez encore des doutes ? Alors sachez que le sous-entendu gay des films X-Men a été confirmé sur Facebook par Zach Stentz, l’un des scénaristes de X-Men : Le Commencement.

 

L’analogie la plus flagrante se trouve dans X-Men 2, avec la scène classique de la révélation du «problème» aux parents : la mère pense que c’est de sa faute à elle si son fils est devenu un mutant, et elle lui demande s’il a malgré tout essayé de ne pas en être un.

 

 

 

LE LOUP DE WALL STREET

Ce qu’on croit que c’est : le gros délire d’un drogué qui en veut toujours plus.

Ce que c’est en réalité : un film sur l'émergence d’une religion.

 

On sait que Martin Scorsese entretient un rapport particulier avec la religion, en particulier le catholicisme, qui constitue un sujet souvent présent dans sa filmographie. Dans Le Loup de Wall Street, il suffit de regarder la scène d’ouverture où l’on voit le personnage interprété par Matthew McConaughey convertir un jeune disciple (Jordan Belfort, interprété par DiCaprio) à la finance. Il l'initie ainsi à un rite - on se frappe la poitrine en émettant des sons graves - qu’on retrouvera plus tard dans le film, ce qui permet de comprendre rapidement que le religieux est l’un des ressorts principaux du dernier film de Scorsese. 

 

 

Le Loup de Wall Street est bien sûr un film sur l'hybris, mais c’est surtout un film sur la création d’une secte - Stratton Oakmont, la société créée par Jordan Belfort - et un film qui montre que la finance moderne tient plus de la croyance aveugle que de la science appliquée. Le personnage principal est un loup, autrement dit un chef de meute. Les scènes qui le placent dans le rôle d’un prophète moderne sont nombreuses, jusqu’à la dernière séquence du film où l’anti-héros continue de prêcher «la bonne parole» à des petits agneaux prêts à se faire dévorer. Dans les scènes où il harangue ses employés, on croirait voir un prédicateur qui, en s’appuyant sur des images et des slogans simples, s’adresse à un public de croyants en transe, en leur promettant des miracles s’ils se dévouent corps et âme à sa religion, la finance. Il met en scène des miraculés supposés (l’employée partie de rien), et l'on retrouve le rite transmis par le personnage joué par Matthew McConaughey au début du film. Et à la fin de son aventure, Jordan Belfort finira par se faire trahir par ses plus proches disciples. Alors, ça ne vous rappelle rien ?

 

 

Damien Megherbi.