« J'ai l'habitude de solliciter le public avant qu'il ne le fasse. En club ou en festival, c'est pareil… Etrangement, quand quelqu' un crie « A poil !» ou « Aux chiottes !», je réagis plutôt bien pour la simple et bonne raison que je me suis longtemps comporté ainsi dans les concerts où j'allais en tant que spectateur… »

L'hélicoptère pénètre mon champ de vision pour la deuxième fois en 5 minutes. Il vole plus bas que la première fois. Je me sens comme Ray Liotta dans « les Affranchis ». Sauf que je ne chante pas « What is life » de George Harrison… Et que la préparation du Ziti au jus de viande ne m'intéresse que très moyennement. Même dans le nez.

Non.

Je suis sur scène au festival « Rock dans tous ses états » d‘Evreux. En train de chanter « Qu'est-ce qu'on va faire de toi », insider de mon premier album « Aucun mal ne vous sera fait ». On m'appelle Alister.

A13. Traffic. Funk. Radio Nova. Genoux. IGN. La centrale thermique EDF de Porcheville demeure l'un des plus grands monuments français. Equidistante de Paris et d'Evreux, elle est impériale dans sa laideur.

Politesse et savoir-vivre. Depuis que nous sommes arrivés en retard dans l' (h) Eure, tout le monde a été remarquablement diligent et accueillant. Sauf peut-être la maréchaussée locale, faisant montre d'un zèle anti-fun flagrant mais assez prévisible pour ne pas s'en émouvoir particulièrement.

17h30. Ouverture des portes. Température agréable. Terrain sec. Maillot beige. Short bleu. Espace lunaire.

« Regarde les gens dans les yeux Alister ! », « C'est carré les mecs, c'est bien carré votre truc ! », « A poil ! », « On t'aime ! » … Des remarques, des conseils, des propositions fusent… Je vois chaque visage…

« A Evreux quelque un a crié « Regarde les gens dans les yeux »… Et je l'ai très bien entendu… Sauf que regarder les gens dans les yeux dans un hippodrome c'est pas facile. La scène est tellement grande qu'il est dur de trouver ses repères… L'horizon, les stands de hot-dog, le camping, les sonos gigantesques, les hélicos dans le ciel, les gens qui se baladent… Tout vous fait comprendre qu'il se passe plein de choses autour de votre concert… Que vous n'êtes pas le centre de l'attraction. Du coup votre curiosité vous pousse à regarder toute cette organisation. C'est très bon pour l'humilité mais peut-être moins pour le lien avec le public. Mais en plein soleil, au beau milieu de l'après-midi c'est de toute façon difficile de créer une intimité… Même si voir au loin des couples allongés en s'embrassant sur votre musique est très agréable… A cette heure-là, c'est l'énergie qui compte… »

J'informe l'audience que nous sommes surveillés par le FBI. Nous jouons pendant 40 minutes chrono… L'un de nos meilleurs sets (excellent « I am stupid and i want to have sex », ai-je été assez clair ?).

« Y'avait une vingtaine de jeunes filles DEVANT la scène avec leurs téléphones portables qui nous prenaient en photos et qui connaissaient certaines paroles par coeur… C'est elles que je regardais. Pas pour les chauffer mais parce qu'elles étaient apparemment venues me voir EXPRES. Qu'est-ce que tu peux contre ça ? »

Nos loges sont dans des écuries. Pas d'Augias. Mais de Jack Daniel's. T-shirt. ‘Teille. Pin's. Justin Bridou's.

Plus loin, un animateur radio, qui fait honnêtement son métier, observe que je ressemble à Rachid Taha sur la photo du programme officiel. Je ne sais pas quoi répondre. Plus tard ce sera Tellier. Ouais. Et si j'ai un peu de bol, encore plus tard, Dutronc. Jacques. Ouais ouais.

Cathering. Salade de lentilles. Amadou et Mariam.

« J'ai beaucoup moins parlé entre les morceaux à Evreux que d'habitude à mes autres concerts. Tout simplement parce que ça ne s'y prêtait pas… Et c'était très bien comme ça…Tu viens pas ici faire ton Lenny Bruce…

Mes chansons sont beaucoup plus « nocturnes » que « diurnes »… Chanter « Paris by night », « 7 heures du matin » ou « Hier soir » en plein cagnard demande un effort de « composition » singulier… »

23 h. Julien, Grégoire et Dino, les meilleurs musiciens français depuis St-Saens, rejoignent Paris dans la foulée. Je les embrasse. Je dis à Julien qui doit repartir dans la nuit en voiture pour Aix de faire attention. Pour ma part, je reste à Evreux honorer une émission de télévision qui aura lieu le lendemain (« En direct de » sur France 4 présentée par Ray Cokes). Je rentre à l'hôtel. M'endors devant « 50 mn inside » et les incroyables protagonistes de la succession Jacques Villeret.

A comparer « Cocksucker blues » c‘est « Enlève ta langue que je pète ».

Je passe l'après-midi du samedi à attendre ma prestation ORTF. Insolation, sifflements d'oreille, sifflements de pintes. 17 heures. Je découvre le porte-gobelet-collier. Je me dis que c‘est cool pour les gens qui veulent applaudir tout en s'hydratant. « Blood red shoes ». Ma tronche dans « Paris Normandie » (« Alister, chanteur prosateur et moqueur ». Je n'ai jamais lu le mot « prosateur » de ma vie).

Mélanie me propose du Dolirhume.

Je suis censé être à Paris à 23 heures pour jouer au « Baron » dans le cadre du festival « Jalouse rocks ». Les minutes passent et respecter mes engagements etc...

Pourtant je suis un garçon sérieux.

Je n'ai pas peur de passer en direct à la télévision française. J'ai peur de rouler la nuit. Nuance.

Finalement je quitte Evreux avec ma manageuse à bord d'une voiture de location et nous fonçons sur Paris. En route, je trouve des vertus inhabituels à « Argent trop cher » de Téléphone.

0h00 avenue Marceau. Finalement tout va bien, il n'y a personne. Encore. Balance, répétition, Olympia Le Tan, « Cemetery Gates ».

Je calcule qu'en 35 heures j'ai chanté 6 fois « Qu'est-ce qu'on va faire de toi ? ». Et bientôt 35 fois en 6 heures…

Agglomération.

Je pose un tabouret au milieu du dance-floor et je commence « Psycho Lover ».

« Au Baron tout est plus simple pour moi d'une certaine façon… Je joue là-bas depuis longtemps et je connais beaucoup mieux le public… Je sais très bien à quoi m'en tenir… Surtout quand tu commences à jouer à 1 heure du matin le samedi soir. Les gens qui viennent dans ce lieu sont sur- sollicités, repus de beaucoup de choses, blasés… Ils arrivent là défoncés, ils veulent danser, draguer, ils sont respectueux d'à peu près rien, continuent leurs conversations etc.… Tu fais office de musique de fond… Beaucoup de gens sont exaspérés par ça… Très bien pour moi… Sachant que ça peut aussi donner de bons moments… Faire « Paris by night » là-bas avec l'assistance qui fait les choeurs, c‘est spécial. »

Devant moi Ivan Lendl. Et un frappeur désigné des Yankees.

Est-ce que je suis normal ?

Aucun helicoptère à l'horizon.



Alister sera en concert: le 12 Juillet aux Francofolies de la Rochelle, le 15 juillet aux Sables d'Olonnes (avec la Maison Tellier) et à la Cigale le 30 octobre
Album: Aucun Mal ne vous Sera Fait (Barclay)


++ myspace.com/alistermusic

 

Par Alister // Photo : Benni Valson.