Né à Londres en 1939, Vince Taylor (trop beau pour ne pas être un pseudo, son vrai nom étant Brian Maurice Holden) a grandi en Amérique avant d’arriver en 1960 à Paris, dans l’espoir d’être l’un des meilleurs chez nous : trop de monde au portillon rock chez l’Oncle Sam, pas de place pour un énième chanteur sur fond de guitares. Très vite, son tube Brand New Cadillac (qui sera repris par The Clash en 1979 sur leur album London Calling), son jeu de scène et sa voix de crooner un peu ailleurs font leur effet. On surnomme ce fils de mineur "l'archange noir du rock" parce qu’il monte sur scène en costume de cuir noir - plagié sur Gene Vincent - agrémenté d’une grosse chaîne autour du cou, de gants et de boots élastiquées. La parfaite allure de bad boy à forte teneur sexuelle, entre Brando, le King et le mec de gang.

 

 

Eddie Barclay, qui le découvre à l’Olympia, a de grands projets pour l’établir en tant que rival de Johnny Hallyday. Le dandy maudit fait la première partie des Stones. Même David Bowie le cite comme influence pour créer son personnage de Ziggy Stardust. Vince Taylor interprète des morceaux cultes d'Elvis Presley, d'Eddie Cochran, de Chuck Berry, de Little Richard ou encore de Johnny Kidd avec un panache et une sauvagerie rafraîchissants. Mais ses disques ne se vendent pas, et les labels et les patrons de salles ne veulent plus de lui à cause des bastons de blousons noirs à ses concerts.

 

 

Vince Taylor plonge alors dans la dépression et les drogues, tentant de temps à autres un come-back. Mais n’ayant pas d’ambition démesurée de réussite (plus jeune, il rêvait d’être aviateur) et une certaine tendance à s’autodétruire/partir perdant, il finira sa vie pauvre, après une phase de fou hanté par Dieu et une autre de clochard alcoolo. Dans la France des années 60, qui pense seulement à consommer et à fonder des familles, Vince, incompris et solitaire - il fera même un séjour dans un hôpital psychiatrique -, ne trouvera pas sa place. Mais le charme irrésistible du perdant magnifique est éternel. Le 27 août 1991 à Lutry (Suisse), il meurt à 52 ans d'un cancer des os, oublié de tous, vénéré par les vrais.

 

 

BONUS : Écouter Brand New Cadillac et Shakin' All Over.

 

 

Violaine Schütz // Crédit photo : Richard Viaux, archives Marc Nicoud.