Le 14 novembre, la start-up californienne a déclenché une nouvelle polémique après que son vice-président a suggéré de fouiller la vie privée des journalistes les plus coriaces pour leur clouer le bec. Au cours d’un dîner au Manhattan’s Waverly Inn à New-York organisé par Ian Osborne, ancien conseiller du Premier Ministre britannique David Cameron et consultant pour Uber, Emil Michael confie qu’il est prêt à dépenser un million de dollars pour constituer une équipe d’experts fouineurs. Le but ? Retourner l’intimité des journalistes et de leurs familles, trouver la faille et dégotter leurs pires perfidies. En gros, instituer un crew de maîtres-chanteurs aux techniques d’intimidation un tantinet abjectes.

 

Dans la ligne de mire d’Emil Michael, Buzzfeed, qui a osé éventer ses propos censés être du off, mais aussi Sarah Lacy, rédactrice en chef de PandoDaily, webzine dédié aux nouvelles technologies.  

 

Emil Michael aka "casserole-man"

 

Cette petite insolente avait accusé la société de sexisme et misogynie et avait annoncé qu’elle supprimait l’appli Uber de son téléphone. En cause, le tollé généré par la nouvelle lubie de l’entreprise de VTC : proposer à ses clients français (cocorico) d’être drivés par de jolies jeunes femmes, mannequins ou escortes, on ne sait pas trop. En octobre dernier, la branche lyonnaise du groupe avait renoncé à cette opération au slogan fort prometteur («Qui a dit que les femmes ne savaient pas conduire ?») et aux vidéos racoleuses, avec femmes libidineuses à moitié à poil pour vous conduire, messieurs. Cerise sur le gâteau, Emil Michael estime que Sarah Lacy doit être tenue responsable des futures agressions de femmes qui ont boudé Uber. 

 

La même Lacy rapportait en octobre que Travis Kalanick, l'un des fondateurs d'Uber, se plaisait à surnommer sa boîte "Boober" (boob = nichon), en référence aux nombreuses femmes que son poste de PDG lui permettait de pécho. Par ailleurs, plusieurs usagers ont signalé des insultes et agressions de la part de chauffeurs Uber. En novembre 2013, un client se faisait traiter de «sale pédé mexicain» avant de se faire frapper, et fin septembre, un autre se retrouvait hospitalisé, défiguré par des coups de marteau.

 

Pour sa part, le comédien star Ashton Kutcher, qui a investi des billes dans l’appli Uber, ne voit pas le problème à trifouiller dans la vie des journalistes et à «déterrer des cadavres». Au contraire : «où est le mal à dénicher les casseroles de journalistes véreux ? (…) Tant que les journalistes auront envie de publier des demi-vérités comme des faits, nous devrons continuer d’interroger leurs sources».

 

Dans un courrier adressé à Uber, le sénateur Al Franken interroge l’entreprise sur la protection des données personnelles de ses clients et se dit «troublé» par ses politiques.

 

Travis Kalanick : le "Boober-man"qui über-pécho

 

Côté Uber, les excuses pleuvent. Dans un communiqué, Emil Michael explique : «les propos qui me sont attribués sont liés à ma frustration devant la couverture médiatique sensationnaliste dont mon entreprise fait l’objet. Ils ne reflètent pas mes convictions. J’ai eu tort et je regrette ces remarques.» Un mea culpa également effectué auprès de Sarah Lacy.

 

Quant à Travis Kalanick, il a disséminé ses excuses en treize tweets : «les commentaires d’Emil à un récent dîner étaient désastreux et ne représentent en aucun cas l’entreprise», puis «ses remarques faisaient preuve d’un manque de leadership et d’humanité». Mais que l’intéressé se rassure, son boss au grand cœur n’envisage pas de le licencier pour autant : «tout le monde peut apprendre de ses erreurs, et cela vaut aussi pour Emil».

 

 

Éloïse Bouton.