Le film, dans lequel elle ne joue pas, met en scène une petite fille appelée Aria qui est âgée de neuf ans en 1984. Il s'avère qu'Aria est le prénom officiel d'Asia (la loi italienne ne reconnaît pas ce dernier) et qu'Asia, qui est née en 1975, avait donc le même âge que son héroïne à l'époque où se passe le film.

 

 

La comparaison ne s'arrête pas là : comme Asia, l'Aria du film est une enfant de la balle, la fille d'un couple d'artistes. Et, tout le monde le sait, Asia est la fille de Dario Argento, l'un des grands noms du giallo, un genre de thriller sanglant qui connut son apogée en Italie dans les seventies ², et de Daria Nicolodi, une comédienne très connue de l'autre côté des Alpes. Mais peu importe que la réalisatrice ait envie de raconter n'importe quoi, ce qui nous importe avant tout ici, c'est ce que vaut son film.

 

Et Argento-la-réalisatrice a fait du chemin depuis Scarlet Diva, son premier long-métrage, une sympathique mais fort maladroite illustration de son quotidien d'actrice. L'Incomprise raconte donc la vie pénible d'une petite fille sensible et à l'imagination débordante (suivez mon regard), qui est ballottée entre deux parents narcissiques qui ont plus d'yeux pour ses sœurs que pour elle. Superstitieux (comme Dario), le père est un acteur un peu balourd, un bellâtre qui rêve de décrocher des rôles pour la qualité de son jeu et non pour son physique. Interprété avec justesse et humour par Gabriel Garko, un comédien célèbre chez nos cousins méditerranéens, le père reste presque tout le temps sympathique, même quand il se fait rouler dans la farine comme un niais par la demi-sœur pétasse d'Aria. On n'en dira pas autant de sa mère, une musicienne droguée et irresponsable qui accumule les conquêtes masculines, jouée par une Charlotte Gainsbourg littéralement fantastique, carrément géniale même. Stupéfiante de ressemblance avec Daria Nicolodi, Charlotte G. brûle carrément l'écran et livre ici l'un de ses meilleurs rôles, comme on dit.

 

Charlotte Gainsbourg et Giulia Salerno. 

 

L'Incomprise, pourtant, ne serait rien sans Giulia Salerno alias Aria, la brillante enfant comédienne, aussi calme que touchante, qui porte le film sur ses frêles épaules avec une aisance impressionnante. Sans elle, sans l'émotion qui se dégage de ses grands yeux et de son beau visage innocent, L'Incomprise n'aurait pas été le joli film sur l'enfance qu'il se révèle être ; un film dans lequel l'humour féroce de la "sulfureuse" (hem...) Asia ³ se retrouve dans plusieurs séquences irrésistibles (la scène des flics, la mère et le punk).

 

Terminons en signalant que la B.O. évite les tubes 80's pour privilégier les raretés cool. Reste à comprendre pourquoi la réalisatrice tatouée raconte que "ce n'est pas son histoire", alors que son film relève manifestement de l'exercice cathartique...

 

¹ Dans l'interview du dossier de presse du film.

² Dario Argento a aussi écrit l'histoire de Il Était Une Fois Dans L'Ouest avec Bernardo Bertolucci.

³ Asia a réalisé le clip (s)AINT de son pote Marilyn Manson, lequel avait un rôle dans Le Livre De Jérémie, son deuxième film en tant que réalisatrice.

 

 

++ L'Incomprise d'Asia Argento est actuellement en salle.
 

++ Dario Argento en quelques films ; bien que cela fasse bien longtemps que le réalisateur soit en roue libre et accumule les merdes, il est toujours conseillé de (re)découvrir ses classiques :

- L'Oiseau Au Plumage De Cristal (1968) : un giallo machiavélique qui se joue brillamment du spectateur.

- Les Frissons De L'Angoisse (1975) : aux lisières du fantastique, un superbe giallo baroque porté par une BO démentielle du groupe prog-rock Goblin.

- Suspiria (1977) : vaguement inspiré par Thomas De Quincey, un film de sorcières démoniaque à l'esthétique sublime (quoique repiquée à Mario Bava) avec, encore, une B.O. infernale de Goblin. Un classique absolu qui a donné lieu à deux suites dont le bon et beau Inferno (1980 - B.O. de Keith Emerson).

- Ténèbres (1983) : comme le Body Double de De Palma, Ténèbres est un magnifique spécimen de thriller "high-tech" eighties. L'un des titres de la B.O. (Goblin, toujours) a été samplé quasi-intégralement par Justice pour leur Phantom.

- Le Syndrome De Stendhal (1996) : encore un giallo avec un point de départ fascinant (le fameux syndrome), qui met en scène une Asia juvénile mais avec, hélas, une fin grotesque qui augure de la déchéance à venir du réalisateur.

 

 

Olivier Richard.