Vendredi 05 décembre 2014. La journée la plus attendue depuis six mois pour Grand Blanc. Cela marquera notamment la fin d’une année assez chargée pour Camille, Benoît, Vincent et Luc aka Grand Blanc : tout le monde pourra souffler après ce concert à Rennes et songer sérieusement aux cadeaux à acheter pour le 24 du même mois. Quand je dis «tout le monde pourra souffler», je parle également du label, de notre tourneur, de notre ingé-son et de notre attachée de presse. La pression en interne est montée d’un cran ces dernières semaines et c’est aussi «leur» concert.

 

Cet article mêlant fiction et réalité, les protagonistes auront volontairement des identités modifiées. De fait, notre attachée de presse s’appellera ici Lucy, en hommage au blockbuster 2014 de l’ami Luc Besson. Benoît, Camille, Luc et Vincent seront désignés sous Benoît, Camille, Luc et Vincent. Bah ouais, c’était un peu naze de changer les prénoms des musiciens, ça aurait foutu le z’beule, comme on dit au fin fond de l’Essonne.

 

 

J -5

La semaine qui précède ce concert aux Transmusicales de Rennes est assez pénible. Le groupe a enquillé pas mal de concerts depuis septembre mais les échos sont assez récurrents : problèmes de voix sur scène, équilibre de chaque instrument en live, hésitations vestimentaires avant chaque date, etc. Beaucoup de questions fusent alors. Doit-on racheter de nouveaux micros ? Doit-on répéter plus fréquemment ? Doit-on racheter une garde-robe complète chez Eurodif ? Du coup, ça bosse dur. Histoire de mettre tout le monde en confiance, on cale deux jours de résidence (une résidence est comme un vrai concert, sans public, en général sur une journée complète et où l’on peut passer 30 minutes entre deux morceaux pour chercher un effet de pédale de guitare. Rien à voir donc avec un vrai concert, pardon) à la Flèche d’Or. Un dimanche et un lundi complets, suivi d’un concert le lundi soir dans la foulée avec Rendez-Vous. Autant dire que le Canal Football Club du dimanche soir sera le seul moment de répit de ces deux jours. Résidence assez classique dans le contenu – ça démarre à la bourre, ça gueule et ça enchaîne les Marlboro sans coupure – mais on avance bien techniquement, sur le son et les lumières. Même si la résidence semble satisfaisante, le concert du lundi premier décembre sera «bien mais pas top», comme dirait l’autre. On met ça sur le coup de la fatigue, des deux jours de résidence et sur le fait d’avoir voté Hollande en 2012. Et ouais, si Yannick Noah vend moins de disques, c’est parce qu’il a voté Hollande en 2012. Donc si ça marche pour lui, ça marche pour tout le monde.

 

On se revoit la veille des Transmusicales pour une ultime répétition. Quand j’arrive au studio, tout le monde est déjà installé, il fait environ 700°C et je sens que les «salut mec, ça roule ?» pourraient se traduire par «salut mec, ça roule ? Parce que moi je joue à Rennes demain devant 4 000 personnes et la tâche que tu vois sur mon froc, c’est du caca, parce que j’ai peur». STRESS MAXIMUM. Et c’est n’importe quoi. Camille s’affale entre chaque morceau, épuisée, Luc sort son ordi portable pour refaire des boucles de batterie au milieu des morceaux. C’est la Fête de la Mirabelle. Mais sans Philippe Krier. Et cette ambiance décousue ne semble pas rassurer Agathe, notre tourneur (le tourneur est la personne chargée de trouver des concerts au groupe, pas d’organiser des réunions dans des caves en banlieue), venue assister aux derniers ajustements.

 

 

H -5

Jour du départ. Je dois encore faire chuter ma pile de mails non-lus – comprenez, passer de 654 mails non-lus à au moins 650 – avant de pouvoir rejoindre l’équipe à Rennes. Mais je ne m’en fais pas trop, je sais que Lucy va les chouchouter toute la journée, vu le planning promo ultra-serré qu’elle a concocté. Petite parenthèse émotion : Lucy a démarré avec nous en avril dernier sur les Inouïs du Printemps de Bourges, elle a bossé sur la sortie de l’EP (hé ouais, ce Grand Blanc bashing, c’est grâce à elle. Attention, j’ai dit «bashing», pas Bashung, hein) et honorera sa dernière mission avec nous sur les Transmusicales. Lucy, comme dirait Valérie, merci pour ce moment. J’arrive à Rennes sur la fin de la promo, à peine le temps de saluer toute la team, et retour hôtel pour charger le matériel. Ca commence à monter. Ca presse le pas, pour l’instant, on est dans les temps. Notre mini-van et sa pilote du soir, Véro, viennent de se poster devant l’Ibis. Tout est dans le coffre : guitare, amplis, câbles mais pas de clopes. On manque cruellement de nicotine, ce qui fait encore monter la tension d’un cran. Peu importe la ville, un vendredi à 18h30 reste un vendredi à 18h30. Et on n’échappe pas aux bouchons. On était dans les temps. Lucy détend tout le monde avec son expérience de l’an passé aux Trans’ où elle avait été obligé de ramener un groupe avec leur mini-van. Histoire forte intéressante où tout le monde avait fini dans le mur mais «c’est de la faute des trottoirs qui ne sont pas les mêmes qu’à Paris». Véridique d’après Lucy. Calé sur la dernière banquette du van, j’essaie de presser un peu Véro au volant tout en testant sa culture générale :

«- Et sinon Véro, t’as vu ce film délicieux avec Samy Nacéri ?

- euh … Taxi ?

Taxi, exactement ! Tu nous fais une petite MD10 (Moins De 10 Minutes) jusqu’au Hall 8, steuplé ?»

 

La petite boutade passée, on tue ce trajet interminable en parlant ciné, dernières sorties - et nos yeux pétillent quand on évoque que c’est dans Taxi que les gougouttes de Marion Cotillard sont apparues pour la première fois sur grand écran.

Le parc d’expositions se présente enfin. J’ai l’impression de revenir dans les années 2000, quand tu arrivais sur un parc d’expositions : 300 francs dans la poche, 1 500 voitures déjà garées, des casquettes kaki sur toutes les têtes et du hardcore dans toutes les sonos. Cela ne sera pas une Terror Machine ce soir, mais quoi qu’il arrive, ça sera hardcore aussi, d’une certaine manière.

 

 

H -1

Tout le monde s’est regroupé dans la loge après les balances (installation technique pour le son et les lumières, ndlr). On y est. Luc hésite encore entre deux chemises, Benoît roule des clopes, Vincent est déjà calé un verre à la main et Camille a, comme à son habitude, étalé l’intégralité de sa valise XXL. Personne n’ira manger avant le concert – à ce sujet, le Prix du Meilleur Catering / Accueil Artistes goes to ...Les Transmusicales 2014. Hé ouais : punch et roulés de saucisses, c’était parfait les mecs, pas besoin d’aller jusqu’au restaurant – et heureusement, car il est déjà temps de mettre le dernier coup de rouge à lèvres, boutonner sa chemise et direction la scène. Nos potes des Superets ont chauffé tout ce petit hall (déjà bien rempli) à coups de New Order et de Joy Division avant notre arrivée sur scène. Sympas ces Superets. Mais l’heure du traditionnel hug est arrivée. Cela aurait pu être une synchronisation des montres ou un cri de ralliement mais non, un câlin tout classique, c’est le secret, le truc que vous ne voyez jamais depuis la scène (Il fallait bien un ou deux détails croustillants, hein). Comme une nana à qui on vient d’annoncer qu’il y a des cours gratuits de zumba derrière le rideau, je fonce devant la scène pour ne rien manquer. Et le concert commence.

 

A partir de là, je vais la jouer How I Met Your Mother et vous proposer deux fins, histoire qu’il y en ait pour tout le monde. La fin #1 consisterait à écrire encore quatre pages pour vous raconter chaque détail du concert, mais cela serait d’un chiant considérable. Si vous voulez lire un truc long et pénible, il y a toujours 50 Shades Of Grey sur Amazon je pense. En plus, impossible d’être objectif : j’utiliserais sans doute tout un tas de superlatifs et j’en ferais des tonnes. L’autre fin, la «fin alternative», est bien plus simple. Je vous laisse le lien vidéo du concert et chacun peut se faire son avis. Si vous êtes au boulot, vous pouvez lancer la vidéo et juste écouter ça au casque tout en continuant de bosser. Si vous êtes chez vous, vous pouvez ne pas lancer la vidéo et continuer à chercher sur Le Bon Coin des AirMax taille 43. C’est un peu l'article dont vous êtes le héros. A vous de jouer.

Bon concert.

Ou pas.

 

 

PS : je vous spoile un peu la fin. Grand Blanc vécut heureux et, Dieu merci, personne n’eut encore d’enfant. Bah ouais, sinon ce serait relou, on serait obligés de reporter des dates à cause des histoires de bébés, etc.

 

 

Yannick YaPoin, pour Grand Blanc.