Dolche et qui ?

Qui sont-ce ? Petit rappel au cas où : Dolce & Gabbana est une entreprise de luxe spécialisée principalement dans le vêtement. Elle est fondée en 1985 par Domenico Dolce, un Sicilien chauve qui ressemble à Moby, et Stefano Gabbana, un brun originaire de Milan. Amoureux un temps, ils sont séparés. Ils ont été condamnés pour fraude fiscale, comme tout le monde, et comme tout le monde, ils ont fait appel. Leur ligne D&G inspire clairement les stylistes de Delaveine ; le reste de leur doctrine n’est que veuves siciliennes et éphèbes bien membrés en slip blanc.

 

Les inspis

La tendance de la campagne de pub qui réunit un groupuscule de gens est installée depuis déjà quelques temps. Dodo et Stef' continuent sur cette lancée de «famille fashion», un procédé également utilisé par les marques Ralph Lauren et Tommy Hilfiger. Mais que retient-on de plus de cette campagne printemps-été ?

 

- Dodo et Stef' aiment bien Élie Semoun

 

Franchement si on regarde bien, les positions des personnages sur cette image font grave penser aux petites annonces d’Élie. Entre les poses faussement dramatiques des mannequins de droite, le sourire crispé de Bianca et le bombage de torse du toréador porno, on se croirait dans un sketch de Rodriguez Père & Pis voire de Gérard Saint-Bryce. Tout ça c’est parce que malgré leur séparation, Stef' et Dodo s’entendent bien alors ils se font des soirées DVD et des sorties théâtre et du coup ils prennent des notes.

 

- Ils sont restés bloqués il y a de cela bien longtemps

 

Ils se foulent pas trop-trop Di and Gi, parfois. Par exemple avec tout ce qui est ambiance culottes hautes, lacets et bas, on est a mi-chemin entre le look Lady Marmalade (un titre datant d’il y a 13 ans, oui mes amis, 13 ans déjà) et les sous-vêtements galbants vendus dans le catalogue Blancheporte. Quand à Bianca, au deuxième plan, elle porte sur sa tête la coiffe de La Reine des Damnés, un navet datant de 2002.

 

- Ils n'ont plus trop de sous

 

Comme chacun sait, l’inspi' principale de Dolce & Gabbana est la Sicile. Cette saison, pour ajouter un grain de folie à cette monomanie à base de dentelle noire, ex-votos, roses rouges et ambiances «un enterrement à Taormine», ils se sont dit : «tiens, on va ajouter une variante tauromachie / flamenco, t’es saucé ou pas ?». Tout ça pour une atmosphère qui reste très méditerranéenne. Pffiou. Et si on faisait une cagnotte Leetchi pour qu’ils s’achetent un cahier de tendances ou un petit consultant sympatoche (je ne sais pas moi, Gareth Pugh, Fausto Puglisi, Lou Doillon) ?

 

- Ils s’inspirent de l’Art contemporain

 

Toutes ces femmes peu ou prou figées ne vous font penser à rien ? Nous si. Déjà aux performances de l’artiste Vanessa Beecroft, qui aime bien se maquer avec des marques pour faire des installations à base de mannequins immobiles. Deuzio, les poupées portées dans les boîtes nous rappellent les Barbitch de Carmen Gomez et les parodies de Marianela Perelli. Enfin, il y a une dernière référence à l’Art contemporain : l’espèce de Fréro Delavega qui joue de la guitare manouche posey dans le fond. Vous allez me dire «où est le rapport ?», mais The Voice peut être aussi surréaliste qu’un tableau de Magritte, d’où la comparaison.

 

- Ils surfent sur l’accessoirisation du vieux

 

Ces dernières années, les vieux sont arrivés ex-aequo avec Cara Delevingne et Alexa Chung sur le devant de la scène, notamment grâce au blog Advanced Style qui a montré qu’ils pouvaient être bien plus stylés que Jeanne Damas (exemple pris au hasard). Suffit de voir (feu) la starification de Mamie Lucienne, les multiples apparitions de la Dame Blanche, euuh, Kristen McMenamy sur les catwalks, et enfin l’égérisation de l’écrivain Joan Didion pour Céline. Alors Stef' et Dodo, qui aimaient bien mettre des veuves siciliennes dans leurs pubs, ont continué à surfer sur la tendance Tatie Danielle 3.0, mais en les affublant cette fois-ci des reliques de tous les Duomo d’Italie réunis.

 

- Mais aussi sur celle du jeune

 

Qui sont ces cinq jouvenceaux mignons, dont un toréador insolent ? C’est la métaphore du boys band. Peut-être même des One Direction, qui sait (le toréador insolent, c’est ce petit coquin de Harry). Ah, ils sont malins Dolce & Gabbana, quand même.

 

Au final ?

Dolce & Gabbana ne sortent pas vraiment de leur zone de confort, n’étant que joyeuses bondieuseries et fixette chauviniste. En même temps, c’est ce qui fait leur patte. Mais si leurs pubs donnent parfois envie d’aller vivre dans un village italien pour toujours (comme dans Le Talentueux Mr. Ripley), ils feraient mieux de faire un effort s’ils veulent habiller quelqu’un d’autre que Monica Bellucci.

 

 

Anais D.