Bonjour, qui êtes-vous ?
Pedro Winter : Ed Banger Records, label parisien créé en 2003. Maison de Mr. Flash, Justice, Dj Mehdi, Krazy Baldhead, Feadz, Mr Oizo, Sebastian, Busy P, Boston Bun, Mickey Moonlight, Dj Pone, etc...

Qui a trouvé le nom du label et le regrettez-vous ?
DJ Mehdi a trouvé le nom. J’étais son manager depuis 1998. Ma boîte s’appelait Headbangers Entertainment, il fallait créer une entité pour le label en 2003. Le personnage d’ED est né. On a même poussé le truc sur le premier maxi de Mr. Flash en mettant le téléphone du label et en incitant les gens à «call Ed». Comme tu te l’imagines, je ne regrette tellement pas ce nom ! Même s’il est très souvent mal écrit, ou incompris.

Il y a un chef chez vous ou vous êtes en autogestion, pourriture communiste ? 
On est plus Collège fou, fou, fou, ici. Mais j’aime aussi l’idée de l’autogestion. Il y a une organisation de label ; j’ai ce besoin que les choses soient solides, donc on a bossé pour ça, mis en place une structure carrée. C’est important pour les artistes. Même si le côté contractuel est important, tous les artistes le savent : un bout de papier ne forcera jamais un artiste à rester sur le label ou m’obligera à sortir un album que je ne sens pas. Au final, nous sommes une société assez simple qui fonctionne à l’affect.

Les labels sont-ils, comme les albums et la guitare, des objets du passé ?
En suivant ton raisonnement, demain on fermera les disquaires et les libraires... Nous, on résiste - je crois à l’utilité des labels. Tu sais quoi ? J’ai même envie d’ouvrir un magasin de disques !

Pourquoi y a t-il aujourd'hui plus de labels que de groupes ? 
Non, c'est l’inverse! J’ai d’ailleurs arrêté depuis longtemps de suivre l'actu musicale sur Pitchfork...Tous les jours, il y avait 120 newcomers à découvrir. C’est à nous, labels, de proposer des choses. J’aime l’idée de fidélité. Il y a quelques années, j’achetais toutes les sorties Mo’Wax, Playhouse ou Grand Royal par exemple. Je faisais confiance à ces guides. C’est ce que je cherche à faire avec Ed Banger Records. Je sais que vous adorez Justice, mais faites-moi confiance : Mickey Moonlight, c’est un délice.  


Sachant que l'idée de styles musicaux est fasciste, quel style musical défendez-vous dans votre label ?
Les termes sont tellement galvaudés aujourd’hui, c’est pas facile. Amuse-toi à donner un nom au style musical de FKA Twigs...

Si vous étiez sur MySpace, quel serait l'univers de votre label ?
On s’est quand même bien marrés sur MySpace ! Le player, c’était tout con, mais c’était tellement pratique. Facebook m’épuise aujourd’hui.

Trois morceaux qui résumeraient la politique artistique du label ?
Justice - We Are Your Friends
DJ Mehdi - Tragicomehdi
Boston Bun - Pleasure 

Hipster, normcore ou les deux ? 
Je me rangerais derrière une belle citation de James Murphy (de LCD Soundsystem, ndlr) qui parle ici de son label DFA : «too old to be new, too new to be classic».

L'underground, ça veut encore dire quelque chose pour vous ?
T’es en forme toi avec tes questions !

N'est-on pas un peu toujours l'indie de quelqu'un ?
C’est la loi de la chaîne alimentaire, rien de plus naturel.

Ne mentez pas : votre rêve, c'est de devenir mainstream en vrai ?
J’essaie depuis des années, mais mon single Pedrophilia n’a pas plu aux radios. 

Quel est votre modèle économique (LOL) ? 
Le principe des vases communicants, tu connais ?

Quelle est l'importance du live pour vous aujourd'hui ?
Je n’ai pas d’obsession avec le live. Certains artistes ont la capacité de créer et de proposer quelque chose de cohérent et de puissant scéniquement. D’autres s’en foutent. Jamais je ne forcerai un artiste à se produire sur scène. Je reconnais que dans mon entourage, il y a des shows qui auraient mérité plus de boulot. Les agents et les promoteurs ont l’impression que le live est une sorte de consécration. 

Un avis sur Hadopi (répondre par non ou par non) ?
Je ne sais pas pourquoi, mais on m’avait interviewé sur le sujet lors de sa mise en place. J’avais évidemment souri, et parié que les mecs qui se feraient attraper seraient fiers de l’email qu’ils recevront d’Hadopi. Une sorte de trophée. Hé ben Boston Bun s’est fait griller à télécharger comme un malade...

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes artistes qui voudraient vous envoyer leurs démos, à part «plus personne n'envoie de démos» ?
Je ne télécharge pas les WeTransfer de 50 Go.

Visuels par So Me.

++ Ed Banger sera présent au Marché des Labels Indépendants qui se tiendra le Samedi 7 Octobre 2017 (le jour de Nuit Blanche), à l’Espace des Blancs Manteaux de 11h à minuit.
++ La page Facebook et les comptes Twitter et YouTube d'Ed Banger Records.