Bonjour, qui êtes-vous ?
Barth Bertin : Un label hybride, musical et gourmand. La réunion de quatre amis autour d’un projet un peu fou : réconcilier le monde de la musique avec les plaisirs de la table ! L'un de nos associés est un chef qui commence à faire son trou, et on est parti du constat que les offres de food étaient souvent nulles lors d'événements musicaux. On trouvait le concept super sympa - et surtout, cela nous permettait de jouer avec nos forces (la cuisine…).

Qui a trouvé le nom du label et le regrettez-vous ?
Le nom est venu assez naturellement après quelques verres de bon rhum. On voulait que le nom du label puisse évoquer le côté instinctif, spontané et parfois sauvage de la performance live, qu’elle soit musicale ou culinaire. «Animal Records» nous a tout de suite plu et, à notre grande surprise, le nom n'était pas exploité jusqu’ici ! Un an après, on est toujours super contents de notre nom de guerre : ça reste dans la tête des gens et ça nous ressemble toujours autant.

Il y a un chef chez vous ou vous êtes en autogestion, pourriture communiste ? 
On a un chef, mais pas dans le sens ou vous l’entendez ! Faut pas déconner avec lui, mais si tu lui fous un couteau et de la bouffe entre les mains, il devrait te laisser tranquille pendant quelques temps. Dans la pratique, chacun est autonome dans son domaine de compétence. Pour les grandes décisions, on procède de façon collégiale. C’est assez long et difficile, mais ça reste un excellent exercice d’équipe et on finit toujours par s’y retrouver : pourriture communiste !

Les labels sont-ils, comme les albums et la guitare, des objets du passé ?
Les objets du passé sont de plus en plus convoités par les temps qui courent. Le vintage, le old fashioned sont les nouvelles tendances d’aujourd’hui. Ça marche pour la photo, avec le retour du Polaroïd et de l’argentique, dans la sape avec des tendances 70’s, 80’s, 90’s qui reviennent au goût du jour par intermittence. Ça marche évidemment aussi avec les labels indés, la guitare et les albums pressés sur vinyle. Ça tombe bien parce qu’on est un label qui use et abuse d’instruments appartenant au passé (sax alto, flûte traversière, guitare et vieux synthés en tous genres, steel drums, basse garage, vieux micros... la liste est longue).

Pourquoi y a t-il aujourd'hui plus de labels que de groupes ?
L’affirmation nous semble erronée mais il est vrai que les labels fleurissent. Aujourd’hui, les choses sont plus simples et la musique n’appartient plus aux seuls majors, à notre plus grand bonheur. Le «fait maison» est de retour, et c’est plutôt une très bonne nouvelle. Aujourd’hui, les artistes prennent leur destin en main et l'on voit pousser de petites structures de production à taille humaine !

Sachant que l'idée de styles musicaux est fasciste, quel style musical défendez-vous dans votre label ?
Si l'on devait nous mettre dans un tiroir, ce serait dans le grand fourre-tout de l’électro. Les artistes que nous défendons ont des univers assez différents pouvant aller du trip-hop à la pop, ou de l’ambient à des choses plus minimales. Nous ne voulons pas nous mettre trop de barrières à ce sujet-là. Le plus important pour nous est l’approche instrumentale et vocale dans la composition comme en live. 


Si vous étiez sur MySpace, quel serait l'univers de votre label ?
MyQuoi ? Connais pas.

Trois morceaux qui résumeraient la politique artistique du label ?
Pink  Floyd - Echoes pour l’émotion.
Coma - My Orbit pour l’arrangement.
Daft Punk - Da Funk pour le groove.

Hipster, normcore ou les deux ?
On serait plutôt entre atypique et rustique.

L'underground, ça veut encore dire quelque chose pour vous ?
Le métro londonien, non ? Plus sérieusement, l’underground est en perpétuel mouvement ; ce qui l’était avant ne l’est plus aujourd’hui alors qu’un nouveau mouvement en prend l’étiquette. L’underground existera toujours, évoluera avec son temps - et c’est plutôt une bonne nouvelle.

N'est-on pas un peu toujours l'indie de quelqu'un ?
Si l'on prend le terme de «label indie» dans son sens premier, c’est-à-dire «une structure de production indépendante des grandes compagnies de l'industrie du disque», alors oui. On est clairement l’indie de pas mal de monde !

Ne mentez pas : votre rêve, c'est de devenir mainstream en vrai ?
Notre rêve, ce serait surtout de pouvoir offrir le maximum à nos artistes et de faire notre trou dans ce milieu ultra-saturé qu’est le monde de la production, puis d’arriver un jour - qui sait - à se verser un salaire et à vivre de notre passion ! 


Quel est votre modèle économique (LOL) ?
Nous avons fait le pari de ne pas rester uniquement tournés vers la production musicale, mais de diversifier nos activités (production, organisation d'événements, fooding...) et d’y mettre du cœur. Pour le moment, ça paye ! 

Non, sérieusement, comment gagnez-vous de l'argent ?
Pour vous rassurer, on est encore très loin du producteur champagne/cigare. Pour le moment, ce serait plutôt demi/roulée. En vrai, on ne gagne pas encore d’argent, mais on garde la tête sur les épaules, on bosse dur et on tient le cap dans l’espoir de jours meilleurs.

On est d'accord, la musique aujourd'hui c'est gratuit ; pourquoi voulez-vous encore la vendre ?
C’est magnifique que la musique soit gratuite et accessible à tous, on a assisté à une véritable démocratisation par le gratuit de la musique et de l’Art en général ces 10 dernières années ! Grâce à cela, notre génération doit faire partie des plus cultivées, musicalement parlant. Nous-mêmes en avons largement profité, et c’est peut-être même ça qui nous a amenés jusqu’à Animal Records. Seulement, les gens doivent prendre conscience de tout le travail et de tout l’investissement que représente une sortie pour l’artiste lui-même ainsi que pour tous ses partenaires (label, tourneur, éditeur etc.). Chaque auditeur a sa responsabilité : il faut comprendre que, du fait que les disques se vendent moins, les producteurs sont beaucoup plus réticents à prendre des risques. Au bout d'un moment, ce phénomène peut conduire à une certaine homogénéisation de la production musicale. Tout ça pour dire qu’à long terme, tout ceci risque d’avoir des conséquences, et qu’il revient à chacun de comprendre qu’acheter de la musique (en tout cas sur un label indépendant), ce n’est pas simplement prouver son amour d’un artiste, c’est aussi un acte citoyen. En achetant un vinyle ou un disque chez un label indé, vous lui donnez les moyens de prendre des risques. Et donc, de vous proposer de réelles nouveautés.

Quelle est l'importance du live pour vous aujourd'hui ?
C’est notre leitmotiv ! C’est la raison d’être de notre label et de nos événements. L’aboutissement de longues heures de travail en studio et en cuisine, et le plaisir de rencontrer notre public !

Vos activités dépassent-elles la seule musique (merci de ne pas prononcer «transmédia» ou «collectif») ?
On a clairement la prétention d’être un label pluridisciplinaire, défendant autant la musique live que la bonne bouffe. Il nous est arrivé de participer à des événements pour proposer seulement nos bonnes recettes, et inversement, d’en organiser d’autres seulement avec du live. Nous avons d’ailleurs deux soirées résidences «live & food». La première, c'est La Gourmande, organisée tous les deux mois au Café de la Presse à Bastille, où nous proposons au public deux ou trois groupes lives et un assortiment de tapas dont les recettes changent à chaque édition le temps d’un dimanche après-midi détente. La deuxième, c'est la Sandwich Club, au restaurant le Muxu près de République, où nous proposons des sandwichs de luxe accompagnés de bières artisanales finement sélectionnées ainsi qu’un pairing «sandwich-cocktail» et où nous invitons des artistes en DJ-set. Le mot d’ordre : éclectisme musical. 


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Nein, nein, nein !

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes artistes qui voudraient vous envoyer leurs démos, à part «plus personne n'envoie de démos» ?
Notre conseil serait de ne pas envoyer de démos et de mettre ce temps à profit à la recherche de visibilité. La blogosphère musicale est riche et curieuse, n’hésitez pas ! Nous sommes toujours à la recherche de nouveaux artistes. Laissez-nous venir vers vous !

Crédit photos : Animal Records.

++ Les pages Facebook et Bandcamp d'Animal Records.