April March

Eté 1995, aux Studios de la Seine, avec April March. Je l’avais rencontrée un an avant, par l’entremise de Jean-Emmanuel Deluxe, «dandy de province» autoproclamé. Elle travaillait avec Andy Paley et Brian Wilson et elle était la muse de John Kricfalusi, le créateur génial du dessin animé Ren & Stimpy. Je n’imaginais pas qu’il me faudrait des années pour sortir ce disque et que ça merderait à ce point. En fait, je n’avais aucune idée de ce qui allait se passer, en bien comme en mal. 

 Crédit photo : Eddie Vee
 

Idem avec elle, été 96, sur le tournage d’une vidéo à France Miniature. Un des seuls clips que j’ai réalisés. Chaque fois qu’on a fait des films, c’était des cartes blanches aux réalisateurs. Comme on a très peu de moyens, on ne peut pas se permettre en plus de pinailler, mais ça a donné des choses assez épatantes, comme le clip de Serge Bozon pour Count Indigo, malheureusement refusé par M6 parce qu'«on vo(yai)t trop ses dents». On est sympas quand même, on aurait pu appeler le MRAP...

Crédit photo : Charles Petit

 

Eggstone

Les Suédois d’Eggstone en 1997, power-trio sublime, la classe totale, la grâce, l’énergie, l’élégance, la précision. Zéro impact. 

Crédit photo : Georges Chatelain

 

Count Indigo

Count Indigo a été très important pour moi dès le début du label. J’avais produit son deuxième single pour Cowboy Records à Londres, et ensuite j’avais récupéré son contrat. Je voulais faire un disque de soul futuriste, sophistiqué, qui tourne le dos aux clichés R'n'B en vogue à l’époque, sans pour autant se complaire dans une posture nostalgique. Ca a été le plus gros échec du label. Pourtant, un titre comme Trinity (cf. le clip cité plus haut, ndlr), c’est probablement l'un des meilleurs trucs que j’ai jamais faits. 

Crédit photo : archives Tricatel

Ci-dessous : Sur scène au Tricatel Machine de juin 1999, avec Peter Von Poehl à la guitare et moi à la basse. Je suis en train de perdre la vue et de devenir énorme.

Crédit photo : archives Tricatel

Etienne Charry

A la fin des années 80, Oui Oui était le seul groupe français qui me parlait (j’avais eu le même émerveillement avec Mikado cinq ans plus tôt). Mais personne ne s’intéressait à eux ; la seule chronique - dithyrambique - du deuxième album, c’est Manoeuvre qui l’a signée dans Rock & Folk, comme il le fera pour pas mal de nos disques par la suite, ce que j’ai toujours considéré comme un honneur. Quand le groupe a splitté, j’étais ravi qu’Etienne et Nicolas Dufournet (sous le nom de Moderato) continuent à faire des choses sur le label naissant. On a sorti deux albums d’Etienne, et comme vous allez le voir par la suite, c’est difficile de se remettre de deux échecs, parce que non seulement il n’y avait pas le succès commercial au rendez-vous, mais pas non plus le succès d’estime. 

Crédit photo : archives Tricatel

Ladytron

Je voulais dès le début que Tricatel soit comme une micro-major idéalisée, et donc que chaque artiste aille dans une direction différente. Pour la technopop, c’était Ladytron. On a publié un EP, on a pressé l’album - et au moment de le sortir, il a fallu tout arrêter : Virgin, à qui je les avais recommandés pour l’étranger, les signait pour le monde mais exigeait aussi la France. Super loyal. Ladytron étaient coincés, ils étaient obligés de trahir leur parole, pour pas grand' chose en plus : Virgin n’ont rien fichu. Ils sont revenus me voir par la suite, mais pour moi, c’était fini. 

Crédit photo : archives Tricatel 

André Popp – David Whitaker

Il me semblait important de rendre hommage à certains musiciens de leur vivant, de ne pas attendre qu’ils crèvent pour les redécouvrir. André Popp, c’est parce que Piccolo Saxo est le premier morceau de musique qui m’a enchanté, comme beaucoup d’enfants. David Whitaker, j’avais retrouvé sa trace en 92 grâce à mon amie Marie-Dominique Lelièvre qui écrivait une bio de Gainsbourg. Je l’avais branché sur mes amis de Saint-Etienne et j’avais fait appel à lui pour Dalcan, c’était génial de voir tout à coup sa carrière repartir. Tous deux sont morts il y a un peu plus d’un an.

Crédit photo : archives Tricatel 

Michel Houellebecq

Avec Houellebecq et Peter Von Poehl sur la plage à Hyères, été 1999. 

Crédit photo : Bertrand Planes

Ci-dessous : Le concert de Houellebecq aux Folies Pigalle au printemps 2000. Il y avait 700 spectateurs dans une salle de 300 places, et presque autant de personnes dehors, c’était intenable, intense, très beau. Mick Harvey des Bad Seeds, avec qui je bossais sur l’album d’Anita Lane, a joué quelques titres avec nous, puis Katerine - enfin, Michel a enchaîné direct, c’était électrique. 

Crédit photo : archives Tricatel

Après un super concert à Rennes :

Crédit photo : archives Tricatel


Louis Philippe – Jonathan Coe

Louis Philippe, Jonathan Coe et Danny Manners. Louis Philippe, Mike Alway et El Records ont été décisifs dans ma perception de la pop.

Crédit photo : archives Tricatel 

Ingrid Caven

On n’a pas eu beaucoup de récompenses musicales, mais on porte bonheur aux écrivains. La plupart de ceux avec lesquels on a fait des choses (Houellebecq, Coe, Schuhl, Despentes, Chalumeau, Barillé...) ont eu des prix.

Crédit photo : archives Tricatel 

Hervé Bouétard

On a toujours eu des super batteurs : Richie Thomas, Larry Mullins/Toby Dammit, Julien Barbagallo. L’arrivée d’Hervé Bouétard en 2000, ça a été un catalyseur, et pas seulement pour des raisons musicales ; il y a chez lui une énergie et une générosité qui, quinze ans après son irruption, nous portent toujours.

Crédit photo : archives Michaël Garçon

 

New-York

À New-York en mai 2003 avec les Dragons et Larry Mullins, qui joue à l’époque avec les Residents avant de reprendre les baguettes avec Iggy et les Stooges. Ma mère était en train de mourir d’une leucémie à Paris, on m’a dit qu’il fallait quand même que j’aille jouer. Je suis rentré de New-York ; en 10 jours elle avait pris 100 ans, et elle est morte trois jours après pendant que je jouais à Tours. J’en suis encore malade. La salle était à moitié vide, en plus.

Crédit photo : archives Tricatel

 

Natacha

C’est Michaël Garçon qui avait trouvé Natacha, et je crois que tout le monde est un peu tombé amoureux d’elle, c’était Blanche Neige et les sept nains.

Crédit photo : archives Michaël Garçon

Piero

Piero, le «chamane» officiel des Dragons. Roadie, «docteur Feelgood»... Un type merveilleux qui avait commencé à l’Open Market, très important dans l’histoire du label. Il nous a beaucoup soutenu. Il est mort il y a cinq ans. Vu le nombre de rouleaux de gaffer qu’il a embarqués dans les salles de concert, je suis sûr qu’il y a quelque part un box rempli de prises Schuko et de chatterton. Piero était toujours de bon conseil : un jour, il m’a dit qu’il fallait acheter des actions Sodexo, parce que c’était eux qui fournissaient les plateaux-repas quand il était en détention à Châteaudun. Voila, ce tuyau c’est cadeau pour les lecteurs de Brain.

Crédit photo : archvies Hervé Bouétard

Crédit photo : archives Michaël Garçon

 

Les Shades

Une chanson comme Le Temps Presse des Shades, c’est l'un des plus beaux textes qu’on ait publiés. Cette fois-là, c’était la Halde qu’on aurait pu saisir ! Harry, le batteur, vient de se faire signer en éditions par une major. Il leur aura fallu 11 ans pour piger que le mec est intéressant, bravo les gars. Ce qui est drôle, c’est que les mêmes ricanaient à l’époque sur le thème «passera pas le périph'». On avait connu les mêmes difficultés avec les Dragons - le milieu rock français est quand même dominé par des bourrins de première, je pense que tout le monde y a été confronté depuis Alan Jack Civilization, et en même temps, c’est ça qui fait la beauté du truc ; mais c’est aussi pour ça qu’on évite désormais de sortir des choses qui vont sur ce terrain-là, j’en peux plus des tags dans les chiottes des salles rock et de l’odeur de pisse dans les backstages. 

Crédit photo : Aretha Carmen 

Télé

L'un de mes meilleurs souvenirs d’émissions de télé, c'est Jeux sans enjeu sur Direct 8, période Tuit-Tuit, invité par Virginie Despentes. Et il y aussi tous nos passages chez Jacky sur IDF1.

Michaël Garçon et Natacha des Dragons dans une autre émission de Direct 8, la meilleure chaîne depuis la Cinq de Berlusconi. 

Allegra

Allegra avait 11 ans en 2004, elle écrivait des paroles et des mélodies, c’était notre façon de faire du bubblegum. Son père était mort peu de temps auparavant. Je me suis rendu compte il n’y a pas longtemps que Tricatel est un label d’orphelins : April March, Toby Dammit, Chassol, moi... on a tous perdu nos parents, et Yves Adrien me l’avait prédit : «les orphelins deviennent des frères».

Crédit photo : Cyril Vessier 

Robert Wyatt

Si j’avais su il y a trente-cinq ans que j’enregistrerais un jour avec Robert Wyatt, je crois que je me serais fait moins de bile pendant toutes ces années. Je n’ai jamais trop compris le cliché selon lequel les gens talentueux sont souvent horribles : il y a des artistes surestimés qui se révèlent assez affreux dans la pratique, mais je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’admirable artistiquement qui ne soit pas en même temps touchant et intéressant humainement (ce qui n’empêche pas d’avoir des défauts, bien sûr). En tout cas, Wyatt a un ratio talent/gentillesse très, très élevé...

Crédit photo : Daniel Klein

 

Studio

L’arrivée de la console dans le studio des Pyrénées. 

Crédit photo : archives Tricatel

L’entrée du studio : 

Crédit photo : archives Tricatel 

Une vue de la salle de prise (la régie est à l’étage) :

Crédit photo : archives Tricatel

 

Chassol

Chassol aussi a un rapport talent/gentillesse ultra-élevé. C’est comme si on réussissait grâce à lui tout ce qu’on n’a pas toujours réussi à mener à bien jusque là, comme si toutes nos tentatives, tous nos semi-échecs n’avaient pas été vains. 

Crédit photo : Marich Devise

Chassol en plein air à New-York en 2013, invité par Laurie Anderson : 

Crédit photo : archives Tricatel

 

Jef Barbara

France Culture : Qu’est-ce que vous faites la nuit, Jef ?
Jef Barbara : Je me masturbe. 

Crédit photo : Olia Eichenbaum

 

Erquinghem Lys

Les Dragons en pleine séance de dédicace après un concert dans la banlieue de Lille en septembre 2012. On devait faire un set pour les enfants des écoles dans l’après-midi avant notre concert du soir. Ca a été l'un de nos meilleurs moments sur scène, parce que la réaction des enfants a été instinctive, immédiate. Au troisième morceau, sur Bardot’s Dance, quand j’ai dit «lève les bras», on a vu un gosse se lever, puis un autre - puis la salle entière, et ça n’a plus arrêté jusqu’à la fin. 

Ci dessous : Le concert en question. 

Crédit photo : archives Tricatel

 

Blandine

Blandine Rinkel sur scène avec les Dragons et moi. J’ai fait sa connaissance - et celle de Pierre Jouan - en octobre 2012. C’est une rencontre très importante pour moi, notamment parce que c’est grâce à eux que j’ai fait la découverte de Benoît Forgeard. Pierre compose des chansons sublimes, nous allons les enregistrer et les publier.

Crédit photo : Alex Horn

 

Daniel

Daniel Darc quittant la scène de la Gaité Lyrique le 23 février 2013 : 

Crédit photo : Alex Horn 

Le même quelques mois plus tôt sur le plateau du premier Ben & Bertie Show.

Crédit photo : Amélie Rouyer

 

 

 

Les forces vives de l’entreprise

Céline Lepage (chef de projet) et Cyril Vessier (label manager). 

Crédit photo : archives Tricatel

 

 

Le Ben & Bertie Show

Avec Benoît Forgeard et notre équipe du Ben & Bertie Show, photo de fin de tournage. Yes we can.

Crédit photo : archives Tricatel 

Les Dragons, Larry Mullins, Jesse Evans et Tony Allen sur le plateau du Ben & Bertie Show

Crédit photo : Dom Garcia 

Et avec Winston McAnuff :

Crédit photo : Rami Mekdachi 

Big Sun

Cyril Vessier (Tricatel), Johann Levasseur (ingénieur du son) et Chassol en Martinique sur le tournage de Big Sun.

Crédit photo : Marie-France Barrier

 

RSVP

Avec les Dragons et plein d’amis, on a passé cinq jours au studio Red Bull à Paris à jouer, improviser, composer collectivement sans avoir rien préparé. Je voulais montrer, filmer et démystifier l’enregistrement en studio. Tout a été filmé, ça sortira en disque et en webdoc en septembre.

Crédit photo : Guillaume Sorge 

Idem avec Fuzati : 

Crédit photo : Guilaume Sorge

 

++ Le site officiel, la page Facebook, le compte Soundcloud et le blog label de Tricatel.