Bonjour, qui êtes-vous ?
Delphine et Samuel : Delphine & Samuel.

Qui a trouvé le nom du label et le regrettez-vous ?
Un membre invisible : Beat Furrer. Le sens de Nuun évolue au rythme de nos sorties. Nous n'avons donc aucun regret.

Il y a un chef chez vous ou vous êtes en autogestion, pourritures communistes ?
Au dernier étage du building où siège le label, dans un grand bureau vitré, nous rêvons à plusieurs. En ce moment, c'est avec Barbara Carlotti, Tristesse Contemporaine, Patrick Vidal (Marie et les garçons), Koudlam, Renart, EDH, Cercueil, Parade, Frantic, The Penelopes, Antipop, Vincent Robischung, Marie Madeleine, Yan Péchin, Kinoko, Circé Deslandes, Timothée Mathelin (Shift.), Sylvain Courtoux, Flavien Prioreau et Bettina Armandi-Maillard. Rendez-vous à la rentrée prochaine... 


Les labels sont-ils, comme les albums et la guitare, des objets du passé ?
Nous n'avons jamais vécu dans le passé. Les technologies et les supports ne se substituent pas, ils s'additionnent. Et puis dans l'univers 2.0, une flûte en os, c'est futuriste. Non ? Plus sérieusement : un label fait des choix et non des algorithmes.

Pourquoi y a t-il aujourd'hui plus de labels que de groupes ?
Nous ne sommes pas forts en stats.

Sachant que l'idée de styles musicaux est fasciste, quel style musical défendez-vous dans votre label ?
Nos artistes n'ont pas de style, ils sont de style !

Si vous étiez sur Myspace, quel serait l'univers de votre label ?
Anywhere out of the world... 

Trois morceaux qui résumeraient la politique artistique du label ?
Asia Argento - Life Fast Die Old
Jessie Evans - Don't be Bot
Musique Post-Bourgeoise - La Révolte

Hipster, normcore ou les deux ?
Ni ni (Tania Mouraud). 

L'underground, ça veut encore dire quelque chose pour vous ?
L'underground, c'est la nécessaire utopie : ça veut dire qu'il existe un lieu fantasmé pour situer les activités de femmes et d'hommes qui échappent aux cartographies établies. C'est un espace en état de résistance humaine et formelle.

N'est-on pas un peu toujours l'indie de quelqu'un ?
Tout le monde a une mamie, en effet. D'ailleurs, les SMAC ont bien été conçues pour les accueillir, non ?

Ne mentez pas : votre rêve, c'est de devenir mainstream en vrai ?
«Et dire qu'il suffirait que l'État interdise de diffuser de la merde pour que le public écoute enfin de la bonne musique.» (Circé Deslandes, Les rêveurs échoués)

Quel est votre modèle économique (LOL) ?
Art-Dèche. Le label est né en Ardèche, lors d'un éden. En anglais : Non-profit organization. Make art every day. Be free !  

Non, sérieusement, comment gagnez-vous de l'argent ?
En perdant notre temps. 

On est d'accord, la musique aujourd'hui c'est gratuit ; pourquoi voulez-vous encore la vendre ?
La musique circule «librement», ça ne veut pas dire qu'elle est «gratuite». Pour les artistes, la musique n'est jamais gratuite. Même si les conditions de production et de distribution ont évolué avec le développement du home studio et l'expansion d'internet, il n'en reste pas moins que le travail et les outils de création des musiciens ont bien une valeur. Défendent généralement l'idée de la gratuité de la musique, ceux qui précisément trouvent intérêt à la subordonner à des activités bassement marchandes ou annexes. Même l'eau courante et le vent ont un prix. Apple, Spotify et YouTube l'ont bien compris puisqu'ils en tirent les plus grands bénéfices. Nous vendons de la musique pour ne pas qu'on nous l'impose. 


Quelle est l'importance du live pour vous aujourd'hui ?
C'est peut-être, pour les artistes, le seul moyen, avec le publishing, de gagner un peu d'argent aujourd'hui. C'est aussi et surtout là que s'éprouve et s'invente la musique au-delà de ses formes enregistrées.

Vos activités dépassent-elles la seule musique (merci de ne pas prononcer «transmédia» ou «collectif») ?
Pour la conception de nos projets, nous travaillons en équipe avec des photographes, des graphistes, des vidéastes et des écrivains. Tous sont des artistes exigeants et libres : Untitled Paris, Timothée Mathelin, Die Frau, Systaime, Pierre Rousteau, Sylvain Courtoux, Vincent Robischung, Flavien Prioreau, Matt de Jong, Rutger Zuydervelt (Machinefabriek)...

Un avis sur Hadopi (répondre par non ou par non) ?
Hadopi, c'est beau la vie !

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes artistes qui voudraient vous envoyer leurs démos, à part «plus personne n'envoie de démos» ?
Nous aimons recevoir des propositions. Nous écoutons toujours. Nous sommes curieux et attentifs. Mais attention : no bullshit !

Crédit photo : Paul Armand Gette | Le toucher du modèle, 1981.

++ Le site officiel et la page Facebook de Nuun Records.