Bonjour, qui êtes-vous ?
Julien Hohl : Julien Hohl, je suis le co­fondateur et gérant du label Deaf Rock.

Qui a trouvé le nom du label et le regrettez-vous ?
J'avais une asso qui s'appelait "Les Défrockés" avant de monter le label, référence aux futals en bas du cul de la période punk-rock 90's / 2000. La frustration du deuxième jeu de mots en anglais "Deaf Rock" est apparue par la suite, juste avant la création du label. C'est tout naturellement qu'avec Chris, mon associé, nous nous sommes arrêtés sur ce nom tout en sachant que les groupes avec lesquels nous allions bosser jouaient tous très forts en live. Je n'imaginais pas à quel point j'allais écrire ces 2 mots dans ma vie. C'est fou comme les conséquences de nos actes peuvent être lourdes... Cela étant dit, aucun regret. 

Il y a un chef chez vous ou vous êtes en autogestion, pourriture communiste ?
Plutôt pourriture totalitaire, il y a effectivement un chef. C'est moi, et je peux te dire que tout le monde file droit...! Non mais.

Les labels sont-ils, comme les albums et la guitare, des objets du passé ?
Des objets du passé ? Un label est-il un objet avant toute chose ? J'aime la guitare, j'aime les albums, alors je suis certainement un homme du passé. Dans un label du passé. Et du coup, on peut même penser que je me fais plein de fric, comme dans le passé. Et c'est quoi les "objets du futur" ?

Pourquoi y a t-il aujourd'hui plus de labels que de groupes ?
Ça me paraît assez improbable, malheureusement.

Sachant que l'idée de styles musicaux est fasciste, quel style musical défendez-vous dans votre label ?
Le choix avant le style me paraît fasciste déjà, et c'est donc évidemment par goût personnel que nos choix artistiques se sont faits. Plutôt adeptes du rock énervé, on a aussi grandi, découvert et écouté pas mal d'autres trucs. Au final, on défend des projets artistiques qui nous plaisent, des histoires qu'on aime raconter, des trains qu'on a pris plaisir à rejoindre en cours de route pour les faire avancer plus vite. Le style n'importe plus trop. Le coup de cœur demeure la base de notre aventure.

Si vous étiez sur MySpace, quel serait l'univers de votre label ?
Je mettrais une merde, genre L'AMOUR. Non que l'amour soit de la merde. Enfin je crois.

Trois morceaux qui résumeraient la politique artistique du label ?
Blink-182 ­- I Miss You
Damon Albarn -­ Selfish Giant
Drake ­- Too Much
Ça n'a aucun sens je crois.

Hipster, normcore ou les deux ?
Les deux à fond.

L'underground, ça veut encore dire quelque chose pour vous ?
Oui quand je prends le métro à Londres, que je ne sais jamais si l'on dit subway ou metro et qu'on me dit que l'un est underground, pas l'autre.

N'est-on pas un peu toujours l'indie de quelqu'un ?
Au même titre que certains pensent être l'âme soeur de quelqu'un d'autre, si.

Ne mentez pas : votre rêve, c'est de devenir mainstream en vrai ?
Qui peut devenir mainstream encore aujourd'hui ? Historiquement, les majors sont implantées. Tu véhicules de la musique, massivement ou non. Les grands habituent la majorité à laquelle tu montres d'autres chemins.


Quel est votre modèle économique (LOL) ?
PTDR.

Non, sérieusement, comment gagnez-vous de l'argent ?
En faisant de la musique. (Ca claque encore plus quand je l'écris)

On est d'accord, la musique aujourd'hui, c'est gratuit ; pourquoi voulez-vous encore la vendre ?
Parce que la musique n'est pas gratuite. On la vend juste différemment. Les artistes sont plus impliqués qu'à une époque et c'est pas plus mal. Ils interagissent d'avantage avec la fanbase. Le travail du label a changé aussi, les règles ont changé. Mais le respect de la musique, lui, ne doit pas changer. Malgré les apparences. Donc non, la musique n'est pas gratuite.

Quelle est l'importance du live pour vous aujourd'hui ?
Le live fait partie de notre histoire puisque, comme je l'évoque plus haut, j'ai commencé par ce boulot avant le label. Et donc il est resté l'une de nos activités, bien qu'elle se soit spécialisée à l'export, à vrai dire. La vie de l'artiste - et donc la nôtre - est rythmée par les concerts. Au bout du compte, on ne retiendra que les récits de tournée quand on sera vieux, je crois. De plus, c'est un moyen très direct pour atteindre ton public, le captiver et lui raconter ton histoire. Pour rentrer dans le cosmos du groupe, c'est important. Et forcément, les gens achètent plus simplement. Ils ont le packaging complet : concert, vibrations, émotions, album et goodies non margés - et en prime une photo, une griffe et un bisou. Qui que tu sois, ça fait toujours plaisir. L'amour, toujours. C'est irremplaçable.


Vos activités dépassent-elles la seule musique (merci de ne pas prononcer «transmédia» ou «collectif») ?
"On a voulu créer un collectif transmédiatique qu'on aurait fusionné à un bar associatif dont l'unique but aurait été de mutualiser les moyens afin de pérenniser la diversité culturelle, tout en respectant les priorités sociales et économiques de la politique culturelle en marche à Strasbourg."
Ou pas. Donc on a acheté un studio d'enregistrement, c'est beaucoup plus drôle. Une grande salle de jeux en fait, mais pour adultes attardés. Des musiciens, en somme.

Un avis sur Hadopi (répondre par non ou par non) ?
Le numéro de téléphone que vous essayez de joindre n'est pas attribué.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes artistes qui voudraient vous envoyer leurs démos, à part «plus personne n'envoie de démos» ?
Invite-moi à ton concert.

++ La page Facebook et le site officiel de Deaf Rock Records.