Bonjour, qui êtes-vous ?
William : Je suis William, le gars qui est sur toutes les vidéos Hungry Music mais dont personne ne connaît bien la fonction… Un genre de Christophe Rocancourt en survêtement qui suit ses artistes comme leur ombre.

Qui a trouvé le nom du label et le regrettez-vous ?
J’aurais pu te dire (oui, je te tutoie cher Brain) que c’est N’To qui a proposé ce nom, mais en réalité, c’est Pauline (sa muse / compagne / assistante sociale)... Lui, avait proposé "Sorbet", mais l’idée a fondu comme neige au soleil. Sinon on ne regrette rien car ce nom est ultra-pratique quand vient l’heure du repas, on peut réclamer à manger et faire du name dropping en même temps. 

Il y a un chef chez vous ou vous êtes en autogestion, pourriture communiste ? 
Dans la vraie vie, il y a un chef indien, un chef cuistot et un couvre-chef, à toi de deviner qui est qui. Pour tout ce qui concerne la gestion du label, on utilise un modèle de mondialisation marxiste, à savoir : on va partout piocher des idées et des talents qu’on rapporte au goulag pour collectiviser avant de remettre sur le marché. Bon, c'est vrai, ça veut rien dire. 

Les labels sont-ils, comme les albums et la guitare, des objets du passé ?
Justement, synchronise ça avec le fait que le vintage, ça vend bien. 

Pourquoi y a-t-il aujourd'hui plus de labels que de groupes ?
Peut-être parce qu’il n’y a pas besoin d’être doué pour ouvrir un label… 

Sachant que l'idée de styles musicaux est fasciste, quel style musical défendez-vous dans votre label ?
Je sens qu’il y a un piège mais allons-y… Je dirais qu’on défend la musique, celle avec des notes, des mélodies, des instruments, celle qu’on écoute le matin en se levant pour commencer une journée et celle qu’on écoute dans la moiteur d’un club à 4h du mat… Comme disait le poète, on aime quand la musique est bonne, quand la musique sonne, mais surtout, surtout, quand elle ne triche pas*. Je crois que plus j’avance dans la réponse et plus je deviens fasciste…

Si vous étiez sur MySpace, quel serait l'univers de votre label ?
MySpace, c’est comme les labels, les guitares et les albums mon copain !


Trois morceaux qui  résumeraient la politique artistique du label ?
Nathan Fake - The Sky Was Pink (James Holden Remix)
Galt MacDermot - Coffee Cold
Hans Zimmer - Time 

Hipster, normcore ou les deux ?
Sur la définition, je dirais plutôt normcore car on est juste 1+1+1+1 sur 7 millions. Mais gardons bien en tête qu’on est tous le hipster de quelqu’un d’autre. 

L'underground, ça veut encore dire quelque chose pour vous ?
Ça n’a jamais rien voulu dire d’autre que le métro londonien. En fait, dans notre style, on est considéré comme commercial par «l’intéligençia» de la techno, et comme underground par les radios, les télés et les programmateurs de festival. Nous, on fait nos trucs sans se poser de questions, mais si l’opposition de l’underground c’est le commercial, alors je pense que tous les labels underground sont commerciaux, sinon il ne seraient pas sur iTunes… L’underground est mort, vive l’underground !

N'est-on pas un peu toujours l'indie de quelqu'un ?
Bin voilà, on y vient ! J’ai vu des artistes «indie» qui ne mangent pas avec leurs techniciens sur les festivals. Il y a la table de l’artiste et son management, puis celle des techniciens. Pareil pour les hôtels : l’artiste «indie» demande un hôtel 5 étoiles pour lui, mais un 2 étoiles suffira pour ses techniciens... Pour beaucoup, «indie», c’est un bon moyen de faire croire qu’on est anticonformiste, mais le modèle économique ne vaut rien sans l’esprit qui l’accompagne. Et encore, je ne parle pas des labels «indie» qui sont distribués par des majors !


Ne mentez pas : votre rêve, c'est de devenir mainstream en vrai ?
Nous avons eu pas mal de demandes pour ajouter des saxophones et des paroles sur nos tracks - ou mieux, de faire un album n'incluant que des remixs de trucs déjà connus sans ajouter la moindre création dans l’optique de passer en radio, gagner un max de fric et avoir nos bouilles au Grand Journal de Canal… Mais pour nous, le comble du mainstream, c’est d’être sur Brain Magazine en Page Président, et il n’y a pas besoin de se travestir pour ça - enfin je crois.

Quel est votre modèle économique (LOL) ?
On m’a toujours dit «si tu n’as pas de budget, il faut des idées» ; du coup, on a fait un crédit à la banque ! Non, sérieusement, on réinvestit 100% des revenus du label dans son propre fonctionnement. Et avec un peu de malice, on arrive à s’en sortir pas mal. On fait nos visuels, nos vidéos, nos masterings tous seuls. On ne paye pas pour la promo. Ce qui doit se faire se fait, et si quelqu’un nous connaît, ce n’est pas car on a pris des pages de pub dans des magazines. Tout est viral, et c’est uniquement comme ça que ça devrait marcher. Si tu fais ça bien, quelqu’un te remarquera, si tu le fais très bien, il en parlera à ses potes, et ainsi de suite.

Non, sérieusement, comment gagnez-vous de l'argent ?
On vend de la drogue au stand de merch. Economie sous-terraine, retour à l’underground ! Et puis souviens-toi de la réponse 4.

On est d'accord, la musique aujourd'hui c'est gratuit ; pourquoi voulez-vous encore la vendre ?
A partir du moment où des multinationales vendent de l’eau en bouteille alors qu’on en a tous dans le robinet, je ne vois pas pourquoi je ne vendrais pas une track sur iTunes alors qu’elle est dispo gratuitement sur YouTube. 

Quelle est l'importance du live pour vous aujourd'hui ?
Récupérer l’argent qu’on ne touche pas en vente, car tout le monde a bien compris qu’il y avait de l’eau qui coulait de leur robinet ! Sinon, plus sérieusement, pour les artistes c’est le panard : jouer leur musique devant des gars qui ont fait l’effort, la route pour voir le show. C’est un excellent prétexte pour bosser de nouvelles formules, développer la créativité, rencontrer d’autres artistes, tester des tracks… On va dire que le studio, c’est le mascarpone, et la scène, le tiramisu.

Vos activités dépassent-elles la seule musique (merci de ne pas prononcer «transmédia» ou «collectif») ?
On fabrique des tee-shirts mais on n'est pas stylistes, on tourne des vidéos mais on n’est pas réalisateurs, on fait aussi des conneries mais on n’est pas si cons… En fait, il n’y a que la musique qui compte pour nous, et tout ce qu’on fait à côté n’est que prétexte à faire découvrir notre musique, notre univers, NotreSpace. A vouloir être partout, certains finissent nulle part. 

Un avis sur Hadopi (répondre par non ou par non) ?
Le même que sur la Sacem... 

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes artistes qui voudraient vous envoyer leurs démos, à part «plus personne n'envoie de démos» ?
On ne veut pas savoir ce que vous avez fait avant, sur quel autre grand label vous avez failli signer ou avec qui vous avez fait des collaborations. Une bio ne sert à rien car si vous étiez connus, on vous connaîtrait déjà. On veut rencontrer des gens, parler avec eux. Hungry, c’est une famille. Tu as beau être un bon, si t’es un con, ça marchera pas avec nous ! Mais si tu nous fais marrer, tu as déjà fait la moitié du boulot. 

Pour finir, être «en indé», c’est un travail d’équipe, un maillage de personnes clefs qui nous soutiennent et nous aident à diffuser notre vision de la musique. Et pour ça, il m’est impossible de ne pas remercier Joran et son équipe de Wart, Matthieu Tessier & Charlie Amter nos éditeurs, toutes les équipes de Dancecode, les programmateurs qui nous ont fait confiance et notre cher public. C’est un peu grâce à vous qu’on fait l’Olympia le 15 janvier !

++ La page Facebook et la chaîne YouTube de Hungry Music.