Ils viennent d’où ?

Étant donné la côte qu’ils ont actuellement, on pourrait dire qu’Ademos et N.O.S sont des purs produits de l’Internet. En fait, les deux rappeurs de PNL (pour «Peace'N'Lovés») viennent du 91. Oui, comme Disiz La Peste, Sinik ou Diam’s.

 

Qui sont-ils ?

«Igo je sors mon cul du rrain-te / Je suis pas un rappeur, sans vocodeur je suis claqué.» Placée en conclusion du titre Mowgli, cette phase annonce la couleur et en dit long sur le rapport au hip-hop de ces deux rappeurs, présents dans le game depuis plusieurs années. En refusant systématiquement toutes les demandes d’interview (pour l’instant, en tout cas), en repoussant jusqu’à présent toutes les convoitises des maisons de disques, en diggant leurs beats sur internet (comme ici, là ou encore là) et en masquant un constat lucide sous une apparente simplicité («la misère m'emmène en balade, remballe ton échelle, au fond du trou j'empile mes péchés, j'escalade»), PNL impose une identité atypique, entre phrases chocs («elle t'a brisé le cœur, fallait briser sa chatte, dire au gosse de sa sœur 'fais la bise à papa'») et confessions mélancoliques («pas besoin des bras d'une femme, je connais pas ceux de ma mère, pas besoin qu'on m'aime en fait, j'ai juste besoin que tu quittes ma tête»), entre tubes déglingués et clins d’œil à la pop culture des 90’s (Dragon Ball Z, Disney, etc.).

 

 

Où en sont-ils ?

Depuis leurs premiers morceaux publiés sur la toile, PNL raconte l’histoire d’une ascension. Celle d’un rap français plus que jamais libéré des convenances, sans aucun doute. Mais aussi, en filigrane, celle d’un duo qui n’en finit plus de buzzer ces derniers mois. Le fait qu’il se fraie un chemin au sein du gotha médiatique est bien évidemment déjà assez rare pour être salué. Mais dans le cas de PNL, il y a encore un peu plus à applaudir. Forts d’un premier album (QLF) cristallisant les possibilités futures du H.I.P-H.O.P, d’une base de fan d’ores et déjà fidèle (la page Facebook recense plus de 66 000 likes) et d’un clip (celui de Le Monde Ou Rien) tourné à La Scampia, quartier italien célèbre pour avoir accueilli le tournage de Gomorra, N.O.S et Ademo avancent à grande vitesse. «Jamais dans la tendance, mais toujours dans la bonne direction», comme disait la Scred.

 

 

Ça ressemble à quoi ?

Avec son autotune incroyablement mélodieux, ses punchlines savoureuses et sa façon de marier les lignes du rap et celles du chant, le duo parisien entretient d’évidentes connexions avec ses voisins américains. Avec la scène emo-thug, parfois, mais surtout avec Joe Blow, Chief Keef ou, plus évident encore, Lil' Durk, dont le label OTF («Only The Family») trouve un formidable écho au sein de l’album QLF («Que La Famille»).

 

À quoi ça ne rassemble pas ?

Les thèmes sont évidents : ça parle d’un quotidien grisailleux, de bicrave, de rêve d’évasion, de désespoir et d’ego-trip. Le name-dropping est presque omniprésent (Simba, «je fais pompe et traction, j’ai le tri à Végéta, les pec’s à Léonidas et ta bitch se met des doigts», Plus Tony Que Sosa). Les productions promettent de faire encore plus de boucan dans les prochains mois que celles de Jul, Lacrim ou Gradur. Pourtant, PNL refuse de boxer avec les clones «trap» ayant émergé ces derniers mois et prouve à chaque nouveau morceau qu’il n’a pas d’équivalent dans le rap français. Et ça, c’est déjà un sacré tour de force.

 

 

Que faut-il faire d’eux ?

Une vision du futur. Voilà ce qui arrive quand on se voit exposé à un album de la dimension de QLF, qui promet à lui seul un avenir radieux au rap, français ou non. Le deuxième effort arrive le 30 octobre (Le Monde Chico) et il n’y aucune raison pour que l’enthousiasme retombe.

 

++ La page Facebook et la chaîne YouTube de PNL. 

 

 

Maxime Delcourt.