Il voulait conquérir l’électro, son empire s’effondre

En 2012, Robert F. X. Sillerman faisait la couverture du magazine Billboard, consacré à l’industrie du disque, en portant dans sa main une boule disco représentant la Terre. «Inside the EDM arms race» («la course aux armements de l’EDM») titrait l’hebdomadaire. Une référence à SFX Entertainment, la machine de guerre créée par le sexagénaire pour coloniser la planète dance.

A l’époque, l’énergumène lançait son entreprise en bourse avec le soutien médiatique du DJ Afrojack. Puis dépensait des centaines de millions de dollars pour acheter successivement le site de vente de musique électro Beatport et la plateforme de ventes de tickets Paylogic, ainsi que de gros organisateurs de festivals sur presque tous les continents, comme l’Américain Made Event (Electric Zoo), l’Australien Totem OneLove (Stereosonic) et le Néerlandais ID&T (Tomorrowland, Mysteryland, Sensation et Thunderdome). 

Malheureusement pour Sillerman, SFX perd un joli paquet de fric. Estimée à un milliard de dollars en 2013, elle en vaudrait moins de 100 millions aujourd’hui. Pire, deux de ses anciens associés le traînent en justice : ils l’accusent d’avoir piqué leur idée de lancer une multinationale de l’électro, et réclament 100 millions de dollars. 

Et comme si ça ne suffisait pas, un groupe d’investisseurs veut aussi sa peau, lui reprochant de les avoir escroqués en mentant sur la santé de son business. 

 

 

A l’assaut de la scène rock

Robert F. X. Sillerman est un drôle de personnage. En 1966, à peine entré à l’université, il gagnait ses premiers dollars en fondant Youth Market Consultants : d’un côté, il propose à des étudiants des abonnements magazines à prix réduits, et de l’autre, il conseille des pros du marketing sur comment mieux vendre aux jeunes. 

En 1978, il achète deux stations de radios... pour en revendre 71 vingt ans plus tard, pour un total de 2,1 milliards de dollars (dont 250 millions dans ses poches). Avec la maille dont il dispose, il lance SFX Entertainment (première du nom) et s’attaque cette fois à l’évènementiel -et surtout aux concerts de rock - avec la même avidité : il enchaîne les gros coups, rachète à prix d’or les salles de spectacles. Pour convaincre les promoteurs de lui céder leur entreprise, il aurait eu pour habitude de leur dire : «on va se faire beaucoup d’argent. On va bien se marrer. Mais surtout, on va bien se marrer en se faisant beaucoup d’argent».

Réputée pour ses techniques de vente agressives – ses salles de concerts sont parfois comparées à des centres commerciaux – SFX Entertainment devient rapidement l’un des plus grands producteurs de spectacles scéniques au monde. Ses détracteurs grincent des dents, et lui reprochent d’avoir industrialisé la scène rock héritière des 60's pour en faire un pur produit de consommation. 

Sillerman revendra le tout en 2000 pour 4,4 milliards de dollars, l’entreprise étant aujourd’hui devenue le géant Live Nation Entertainment.

 

 

SFX deuxième du nom : du rock à l’EDM

En 2012, pour concurrencer Live Nation, le businessman ressuscite SFX Entertainment et s’attaque désormais à l’EDM, qu’il flaire comme le grand courant musical de la génération Y, et surtout comme une opportunité en or. Espérant marchandiser l’électro comme il l’a fait avec le rock, il adopte la même stratégie et rachète à tour de bras. 

La même année, il se confie à Billboard : «je ne connais rien à l’EDM. Je rencontre les gens dont on achète les boîtes. Je n’ai aucune putain d’idée de ce qu’ils font ou de ce dont ils parlent. Pas la moindre. Et j’adore ça. Sérieusement, j’adore ça».

Des propos qui font marrer quand on voit sa situation actuelle. A 67 ans, ce type qui s’est fait une spécialité de s’accaparer des scènes et des cultures pour mieux racketter les fans pourrait bien y laisser des plumes. Certains de ses associés de longue date ont déjà quitté le navire. Récemment, il a été contraint d’annuler le festival One Tribe en Californie, faute de liquidités financières. 

Lui pourtant essaye de rester optimiste : «cette année, on prévoit d’organiser 88 festivals», déclare-t-il. «Et il y en a entre 105 et 110 prévus pour l’année prochaine.» 

Encore faudrait-il qu’SFX soit toujours là pour les organiser. On espère que non. 

 

 

Matthieu Foucher.