Bonjour, qui êtes-vous ?
Franck Annese : Vietnam, label indie de qualité, refuge agréable pour les groupes H-Burns, Pharaon de Winter, Jon E. Sunde, KMF, Chevalrex, 51 Black Super, Cedarwell et nouvellement O., projet d’Olivier Marguerit.

Qui a trouvé le nom du label et le regrettez-vous ?
On l’a trouvé avec Stéphane (Régy) alors qu’on était attablés chez Thu-Thu, un restaurant vietnamien à Paris, dans le 18ème. Il y avait écrit Vietnam sur la nappe. On trouvait que ça sonnait bien pour un label comme on voulait le faire. 


Il y a un chef chez vous ou vous êtes en autogestion, pourriture communiste ?
On était deux, on est trois depuis peu, donc on peut difficilement parler d’une véritable organisation. Avant, on faisait tout à deux avec Stef, et on avait le soutien administratif de notre structure, So Press. Mais ça ne suffisait plus, il nous fallait un super recrutement. Et là, Alice est apparue, comme dans un rêve. 

Les labels sont-ils, comme les albums et la guitare, des objets du passé ?
Euh, et ce serait quoi l’avenir alors ? Si ta question reflète une quelconque vérité, alors on peut le dire : on est vraiment des losers du passé. La musique qu’on aime contient souvent des guitares, et l’activité de label qui prend tout son sens dans la production des disques, le soin qu’on y apporte, le choix des producteurs avec qui l'on bosse, le travail sur les maquettes et les compositions avant de rentrer en studio, le temps passé sur les arrangements, tout ça, c’est ce qui nous plaît le plus.

Pourquoi y a t-il aujourd'hui plus de labels que de groupes ?
C’est une bonne question : mais c’est vrai, tu crois ? Il y a réellement plus de labels que de groupes ? J’ai l’impression au contraire qu’il y a une concentration de labels et qu’il n’y a jamais eu autant de groupes. En tout cas, c’est le sentiment que j’ai depuis notre petite fenêtre vietnamienne. Il y a tellement de nouveautés que c'est devenu dur de suivre, et certains labels, pour survivre, font comme les maisons d'édition : ils multiplient les sorties, souvent de groupes autoproduits vu que ça coûte pas cher, et ils noient le marché. Dire que nous, on n'a jamais sorti plus de quatre disques la même année… Et certaines années, on n'en sort carrément pas… On n'a vraiment rien compris à ce nouveau business.

Sachant que l'idée de styles musicaux est fasciste, quel style musical défendez-vous dans votre label ?
On aime beaucoup le rock indé des années 90 et la pop française des années 70. Pour être caricatural…

Si vous étiez sur MySpace, quel serait l'univers de votre label ?
Encore une question qui vise à nous ringardiser, je te vois venir : tu cherches la merde. T’es un bagarreur, c’est évident.

Trois morceaux qui résumeraient la politique artistique du label ?
Des morceaux de nos groupes ou des hits super connus de tous ? On va prendre des morceaux de nos groupes, ça fera un peu de pub.
H-Burns - Night Moves
51 Black Super - Bigger
Pharaon de Winter - Pointillisme
J’ai volontairement mis uniquement des morceaux de groupes qui sont déjà sortis ou qui sortent en ce moment, et quand tu nous réinterrogeras l’année prochaine, je te mettrai uniquement des chansons de KMF, Jon E. Sunde, Chevalrex et O. 

Hipster, normcore ou les deux ?
Ni l’un ni l’autre. Mais l’un de nos groupes, 51 Black Super, pourrait être qualifié de «slacker» («branleur» en VF, ndlr). Par les plus courageux, en tout cas. 

L'underground, ça veut encore dire quelque chose pour vous ?
Oui. Pourquoi est-ce que cela ne devrait plus rien dire ? L’underground est cet espace où les choses se putain de passent, comme dirait le Roi Heenok - pour utiliser une référence bien ringarde qui devrait te plaire.


N'est-on pas un peu toujours l'indie de quelqu'un ?
Si. Par exemple l’excellent label Objet Disque est certainement indie par rapport à Vietnam, qui est indie par rapport à Because, qui est indie par rapport à Warner, etc. Je ne vois pas où mène cette question, mais tu noteras l'effort de clarté dans la réponse.

Ne mentez pas : votre rêve, c'est de devenir mainstream en vrai ?
Mainstream n’est pas un gros mot pour nous. Et j’aimerais, oui, que le monde entier raffole de nos disques : ça voudrait dire que ledit monde ferait preuve de curiosité et d’exigence, une sorte de quête du Graal. Je ne sais pas si cela arrivera un jour. J’ai un vilain doute… 

Quel est votre modèle économique (LOL) ?
Notre modèle économique est pour l’instant une politique d’investissement pur. On croit en des groupes qu’on aime, on dépense de l’argent - parfois beaucoup - pour produire des disques, et on se dit qu’un jour, peut-être, les fruits de cet investissement permettront non pas de gagner de l’argent, mais d’équilibrer la balance. On verra… On a aussi souvent une partie des éditions de nos artistes, donc ça peut aussi permettre de compenser, à terme… Mais le but n’a jamais été de gagner de l’argent, seulement de faire des disques dont on est fiers. Sans y perdre totalement notre chemise non plus, évidemment.

Non, sérieusement, comment gagnez-vous de l'argent ?
Sérieusement, on n’en gagne pas. En tout cas pas assez pour que Vietnam soit ultra-rentable - mais on ne l’a pas créé pour ça, et puis sait-on jamais : et si l'un de nos disques défonçait les charts un jour ? Tu ferais moins le malin ! (Bon, t'as le temps de voir venir, rassure-toi.)

On est d'accord, la musique aujourd'hui, c'est gratuit ; pourquoi voulez-vous encore la vendre ?
Parce qu’on n’est pas d’accord, jeune bagarreur. Un vinyle c’est entre 18 et 20 euros, un album sur iTunes, c’est même pas 10 balles. Honnêtement, quand tu vois le prix du café en terrasse, tu te dis que pour deux cafés, tu as un disque qu’un groupe a mis entre un et trois ans à peaufiner. C’est quand même pas cher payé…

Quelle est l'importance du live pour vous aujourd'hui ?
C’est ce qui fait vivre les groupes, donc c’est fondamental. On aime l'idée que nos groupes puissent manger à la fin du mois.

Vos activités dépassent-elles la seule musique (merci de ne pas prononcer «transmédia» ou «collectif») ?
L’activité de Vietnam, non. Mais comme Vietnam fait partie de So Press, on peut légitimement parler d’un «empire autonome». Dirigé - en toute discrétion - par les puissants de ce monde.

Un avis sur Hadopi (répondre par non ou par non) ?
Oui.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes artistes qui voudraient vous envoyer leurs démos, à part «plus personne n'envoie de démos» ?
Détrompe-toi ! On reçoit des démos toutes les semaines. Et certaines sont même de qualité. Un conseil : arrêtez les cassettes, en revanche. On n’est quand même pas aussi lose…  

++ La page Facebook et le compte Twitter de Vietnam.