Elle vient d’où ?

En Angleterre, voilà plusieurs années que l’on maltraite le rap, qu’on le soumet à des beats électroniques à la fois bruts et hallucinés, virulents et intenses. En Angleterre, le hip-hop (ou le grime, c’est selon), c’est Mike Skinner, Wiley, Skepta, Roots Manuva, Crazy Titch ou encore les trois premiers albums de Dizzee Rascal. Aujourd’hui, le rap, c’est surtout Little Simz, jeune MC débarquée du quartier londonien d’Islington. Oui, le même d’où sont sorties Leona Lewis et Alexandra Burke. Mais ça, on s’en fout un peu.

 

Qui est-elle ?

Née en 1994, Simbi Ajikawo est une précoce : à 10 ans, elle pose ses premiers raps ; à 16 ans, elle obtient un rôle récurrent dans la série Spirit Warriors ; deux ans plus tard, elle récidive avec Youngers, partage quelques scènes avec Ms Dynamite ou Estelle, et met à genoux le journal local Islington Gazette, sous le charme de ses diverses mixtapes et de son flow nerveux ; à 20 ans, alors qu’elle est nommée dans les catégories “Meilleur nouvel artiste” et “Meilleur artiste hip-hop” aux MOBO Awards, elle publie l’EP E.D.G.E (pour «Every Day Gets Easier»), où l’on retrouve des beatmakers et des MC’s tels que Sango, Balistiq, Chuck 20 et Waldo. Aujourd’hui, Little Simz n’est donc ni plus ni moins que la next big thing du rap, celle qui vient de remporter les Worldwide Awards de Gilles Peterson et qui s’élève déjà bien au-dessus de la mêlée.

 

 

Où en est-elle ?

Little Simz est un peu l’outsider, celle qui est en train de remplacer tranquillement ou de supplanter Dizzee Rascal (pas compliqué au regard de ses dernières prods’) et Wiley comme incarnation désormais la plus désirable du hip-hop made in UK. Depuis la parution de sa quatrième mixtape sur Life And Time, la plateforme musicale de Jay-Z, celle qui s’est surnommée Bars Simzson a d’ailleurs complément changé de dimension : elle a accompagné Schoolboy Q sur son Oxymoron Tour, a été mentionnée comme l’une des futures stars du rap par XXL, I-D ou Complex, a reçu les bénédictions des grands manitous du noble art (Kendrick Lamar, Snoop Dogg, Yasiin Bay) et s’est vue courtisée par de nombreuses majors. En vain : c’est bien sur sa propre structure, AGE 101, que s’apprête à paraître son premier album, A Curious Tales Of Trials + Persons. Ça pose un CV ça, non ?

 

Ça ressemble à quoi ?

Indéniablement londonien, le style de Little Simz n’en reste pas moins autrement plus universel que les autres artistes issus de cette scène. À l’écoute de WingsThe Lights ou Dead Body, c’est d’ailleurs chez des producteurs tels que Kaytranada que la jeune rappeuse est allée puiser ses influences. Du coup, même ses titres les plus sirupeux conservent un charme sensuel, chaque refrain imparable étant contrebalancé par des instrumentations aussi minimales que sophistiquées, et par la rugosité d’un flow qui prône l’introspection avec une jolie distance narrative.

 

 

À quoi ça ne ressemble pas ?

Contrairement à Azealia Banks, Angel Haze ou Nicki Minaj, Little Simz n’en fait pas des caisses dans les médias (en tout cas, pour l’instant) et s’impose autrement, au gré de sa singularité absolue, de sa science complexe du rythme, de ses morceaux presque constamment déroutants, triturés dans tous les sens et empruntant leur grammaire au grime, à l’électro ou à la soul.

 

Que faut-il faire de cet artiste ?

On l’a dit, A Curious Tales Of Trials + Persons sort fin octobre et annonce dix compositions futuristes, sans compromis ni messes basses. Autant dire que l’on va entendre parler de Little Simz dans les prochaines années.

 

++ La page Facebook et les comptes Soundcloud, Twitter et YouTube de Little Simz.

 

 

Maxime Delcourt.