Un réel problème de positionnement

Quand Adele est apparue en 2008, tout le monde l’a immédiatement aimée. Son premier album, 19, fut un énorme succès, franchement mérité. C’est vrai quoi - en écoutant Chasing Pavements ou Melt My Heart To Stone, on pouvait facilement se croire dans Love Actually. L'Adele de 2008 avait une voix incroyable, chaude et reconnaissable entre mille. Et surtout, elle avait une attitude et une bouille totalement inédites dans la pop mainstream. L'Adele de 2008, c’était la petite chav’ marrante et en surpoids qui a reçu un don de Dieu mais qui ne se prend pas la tête pour autant et continue de se murger tous les vendredis soirs au pub du coin avec son petit ami sponsorisé par Umbro. L'Adele de 2008, c’était la girl next door, la fille sympa avec qui on peut assurément se marrer.

 

 

Elle a retrouvé le succès en 2011 avec 21, un album plus léché, mieux produit, plus classieux (merci Rick Rubin) qui comprend des tubes immortels comme Rolling In The Deep ou Someone Like You, qui a le pouvoir de mettre n’importe quelle personne, même la plus heureuse, instantanément dans le trou. Et c’est pour ça qu’on l’aime : l'Adele de 2011 a du chien, elle est puissante, elle est sentimentale mais elle n’est pas mièvre, elle chante la vie et ses déceptions de manière magistrale.

 

 

Elle enfonce le clou avec Skyfall, la chanson-thème du James Bond du même nom, et prouve qu’elle a le charisme et l’aura d’une diva.

Pour son troisième album, 25, sa maison de disque a donc choisi de jouer la carte du mystère, de l’exclusivité et de Weight Watchers (l’album a même été envoyé à la presse à la dernière minute pour cause d’«embargo», est-ce que ce monde est sérieux ?). Elle a fait très peu d’interviews, n’est apparue que sur des très gros médias et dans moults «sketchs» pour faire rire les ménagères, qui sont manifestement son nouveau public. Elle s’apprête par ailleurs à s’embarquer dans une tournée des stades. Mais qui pense sincèrement que c’est une expérience cosy et chaleureuse d’aller écouter une «chanteuse à voix» dans une arène tout en la regardant sur un écran géant ? 

Bref, on nous markete désormais Adele comme du Céline Dion. Or Adele n’est pas encore ménopausée, quoi qu’en dise sa capillarité aux contours très Elnett.


 

Et ce qui nous brise le cœur - et nous déçoit par la même occasion -, c’est qu’Adele, la petite gamine du Nord de Londres, se prête si facilement au jeu. A-t-elle troqué sa soul contre des millions ?

 

 

Un réel problème de musique

Le problème numéro un dans ce retour est bel et bien la musique.

Autrefois, lorsqu'Adele chantait ses malheurs de cœur, on y croyait et on les vivait avec elle. Aujourd’hui, on se contente de lever les yeux au ciel en soupirant «encore ??!». Le disque d’Adele est rayé et raconte toujours la même histoire : elle est en boucle sur son ex (Hello, Send My Love (To Your New Lover)When We Were Young). Adele aurait-elle du mal du mal à tourner la page ou peine-t-elle tout simplement à en écrire une nouvelle ?

Le cœur et les tripes n’y sont plus, mais la soupe répond quant à elle présent. Ce virage consensuel et dépourvu d’âme lui a tout de même permis de battre tous les records de ventes (plus de 3 millions d’exemplaires vendus en une semaine, rep a sa Taylor Swift).

Adele, ressaisis toi, et reste cool bébé sinon on te dira bye bye.

 

 

 

Sarah Dahan.