«Le Président Poutine recrute les meilleurs mercenaires du monde pour une mission ultra-secrète : sauver Moscou de la menace d'une bombe atomique terroriste». Ce pitch prometteur n'a, à notre connaissance, pas encore passé les portes du Mosfilm, le Hollywood moscovite. Pourtant, Vladimir Poutine dispose déjà d'un casting de choix.
Le locataire du Kremlin s'est en effet entouré d'une pléiade d'anciennes gloires du grand ou du petit écran, des macho-men grisonnants, à l'image de Gérard Depardieu. Tous sont «les ambassadeurs d'une Russie qui se moque du politiquement correct occidental, un pays où l'on assume sa virilité» analyse Michel Eltchaninoff, philosophe et auteur de Dans la Tête de Vladimir Poutine.
Empire de la Testostérone
Un tel film serait une parfaite vitrine pour le «message idéologique» qu'envoie Poutine à l'Occident.
Et quel meilleur porte-étendard de cet Empire de la Testostérone que l'acteur Steven Seagal ? Celui qui vient d'obtenir la nationalité russe de la main de Vladimir lui-même mérite bien ce rôle de chef des super-mercenaires-retraités-qui-rempilent.
D'abord, l'acteur de Piège en eaux profondes, nommé sept fois aux Razzie Awards (les Gérards du Cinéma américain), considère Poutine comme «un frère», «l'un des plus grands leaders politiques vivants». Autres atouts : il passe régulièrement à la télé dans des pubs pour la manufacture d'armes russe ORSIS et détient un Planet Hollywood à Moscou. Oui, il a tout pour porter ce blockbuster imaginaire et le promouvoir à sa juste valeur.
De l'autre côté du ring, le vilain : Gérard Depardieu. L'exilé fiscal, citoyen russe depuis 2013, est un grand admirateur de Poutine. «Beaucoup de gens voudraient [l']avoir comme Président» affirmait-il l'an dernier aux micros de BFM TV. Après avoir échoué à convaincre le public russe dans son Raspoutine, le retraité de Saransk – en Mordovie – ferait toutefois un parfait méchant machiavélique.
Parmi les rôles secondaires, on profitera de la prestation de Mickey Rourke. L'été dernier, en visite à Moscou, celui qui incarna The Catcher à l'écran s'offrit un T-shirt à l’effigie de Poutine, avant de lancer aux journalistes «I luv this guy !».
20140811_rourkeÀ ses côtés, une autre recrue habituée aux films d'action : Jean-Claude Van Damme. Poutine et lui ont longuement échangé, lors de tournois de free fight en 2007 puis d'Ultimate Fighting en 2010. Depuis, l'acteur américano-belge reste l'un de ses soutiens, affirmant que les États-Unis «devraient faire la paix avec Poutine» s'ils veulent relever leur économie.


Gros bras made in USA
Pour compléter cette équipe de choc, deux gros bras made in USA qui ont récemment obtenu leur passeport russe : Jeff Monson et Roy Jones Jr. L'un est champion de MMA, l'autre de boxe. Les deux sont d'inconditionnels fans de Poutine.
Le premier, surnommé "The Snowman", est connu pour entrer sur le ring au son de l'hymne soviétique, et veut construire un village pour jeunes sportifs dans une banlieue russe. «En tant que communiste», explique-t-il à Newsweek, il apprécie «le mode de vie russe, éloigné du matérialisme occidental (…). Je crois simplement que je me sens russe».
Le second, Roy Jones Jr., naturalisé l'an dernier, se sent «vraiment béni, très honoré». Selon lui, «[Poutine] est un vrai gentleman, très cool, très droit».

Les Loups de la Nuit
Alors que le climax du film approche, nos infatigables héros se trouvent pris en embuscade. Leur fin est proche. Mais, rebondissement, un commando de motards surarmés vient à leur rescousse, dans un vacarme assourdissant de moteurs et de kalachnikovs. Leur nom : les Night Wolves. Une meute de motards patriotes, habitués à chevaucher aux côtés de Vladimir Poutine au cri de «Pour la Patrie ! Pour Staline !». Leur chef, Alexandre Zaldostanov dit Le Chirurgien, sera sans pitié pour les ennemis de la Nation.


Sauvés, les supersoldats fêteront leur victoire en fumant, buvant, draguant, jurant, sans retenue... «à la Russe», dans un superbe bras d'honneur fait à ces «conventions hypocrites de l'Occident» - contre lesquelles Poutine lui-même se dresse à longueur de discours, précise Michel Eltchaninoff.
Maintenant, il s'agit de mettre ce petit monde en musique. Pourquoi ne pas demander au chanteur du groupe Limp Bizkit, Fred Durst, de composer un thème bien punchy ? Le rockeur souhaite s'installer en Crimée, dans un complexe ultra-chic destiné à accueillir les stars du monde entier : le «new Beverly Hills». Encore dans l'attente de son passeport, il prévoit d'y produire des émissions de télé et des films destinés à «prouver à tous que la Russie est super !».
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Enfin, tout scénariste digne de ce nom sait qu'il n'y a pas de bon film sans love story. Alors, qui pour faire chavirer le cœur de nos grands gaillards ? Et pourquoi pas la chanteuse frenchy Patricia Kaas, dont Vlad' est un «vrai pote» très «cool».

Guest star
Et pour conclure ce blockbuster sur une scène d'apothéose à base de guest star, annonçant le prochain volet de la saga, pourquoi ne pas imaginer une scène qui, depuis ce 8 novembre, n'a plus rien d'improbable ? Une guest star qui incarne pleinement «le mec qui ne se laissera pas castrer, le mec qui en a encore dans le pantalon»...
Fondu d'ouverture. Roulement de tambour militaire. Le bureau ovale. Un fauteuil pivote. Donald Trump, dans son propre rôle, se lève. Face à lui, Steven Seagal, imperturbable, en treillis et lunettes noires. Trump : «Mon ami Vladimir m'a parlé de vous. Il dit que vous êtes les meilleurs. Alors j'ai une mission à vous confier. Ce sera dur. Je vous envoie de l'autre côté du mur. De l'autre côté du Rio Grande». Clap de fin. C'était The Unbreakaballs.