Le porno avec le moins de sexe ?
Bruno : Certainement The Beast In Space [La Bestia Nello Spazio], un porno italien des 80's tourné en 35 millimètres avec énormément de moyens. Tu as vraiment l’impression que les producteurs se sont dit : «Pourquoi on ne ferait pas un film d’aventure complet pour adultes avec explorations spatiales, batailles avec des aliens, explosions partout, combats de sabre laser et puis tout d’un coup le héros qui se fait sucer ?». On a visionné plein de films, des policiers avec des poursuites en bagnole, de la SF avec des batailles dans l’espace qui durent des plombes, et on se demandait : «Mais qu’est-ce qu’ils foutent, un porno c’est pour bander, se branler ou baiser et basta !». Et puis on a compris : les producteurs de l’époque rêvaient d’une sorte de cinéma total, et ça nous ramène à la question de la censure. Aujourd’hui, on a plus ou moins accepté que le cul explicite ne doit pas être montré dans un film (sauf à de rares exceptions) car l’industrie du cinéma a imposé la censure, à cause de pressions religieuses et commerciales. À l’époque, ces cinéastes rêvent de cinéma décomplexé et sans cases.
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Le porno le plus parodique ?
Nicolas : On hésite entre Cyrano de Vergerac et Edward Penishands, une grande surprise et un choc cinématographique même si ça vire rapidement dans le très crado. Quand on a découvert cette parodie d’Edward aux mains d'argent, notre première réaction à été : «Non, vraiment, c’est pas possible !».
Bruno : Le plus drôle, c’est que le film est complètement premier degré, et on voit que ça demande énormément de concentration aux acteurs.
Nicolas : Pareil pour Cyrano de Vergerac - le mec baise avec son nez transformé en pénis, il est super angoissé car la prothèse-bite qu’il a sur le nez risque de se décoller à tout moment, et ça va foutre en l’air le tournage.
380full-edward-penishands-posterLe porno avec les trips les plus étranges ?
Nicolas :
 Dans la production japonaise, qui part très vite dans des trucs excessivement spé', et surtout la catégorie tentaculos. Les Japonais ont un rapport aux monstres, à la tentacule et au calamar assez particulier, et ils peuvent pousser le bouchon très loin. La censure interdisait de montrer les sexes ; du coup, ils les ont remplacés par des tentacules. Le tentaculos est un genre très fourni au Japon, qui a connu un énorme succès : on y voit des bestioles immondes avec des tentacules de plus de huit mètres qui attaquent des pauvres filles et c’est vraiment dégueulasse.
Bruno : Surtout que ce ne sont absolument pas des images de synthèse !
Nicolas : C’est bricolé avec des fils de fer, et tu sens que les accessoiristes se prennent la tête pour essayer de déplacer tant bien que mal ces tentacules entre les jambes des filles. En plus, elles sont toutes visqueuses, pleines de glaire et ça dégouline de partout. Les Japonais ont un rapport au cul très étrange, dans certains pornos, on frôle le viol, les filles hurlent et pleurent. On a maté une bonne dizaine de tentaculos, et on est tombé sur cette scène qui se passe dans un bureau, qu’on a utilisée dans À la recherche de l’ultra-sex avant que ça vire à l’immonde. L’esthétique est démente, on dirait une performance d’Art contemporain - la fille se fait happer sous le bureau puis déshabiller, tu vois les boutons de sa robe sauter un à un. Le plus dément, c’est que ses collègues d’open space ne bougent pas et restent impassibles alors que leur voisine de bureau en larmes est en train de se faire attaquer et violer par des câbles électriques pleins de bave.
HokusaiLe Rêve de la femme du pêcheur, de Hokusai

Le porno le plus politique ?
Bruno : Malgré les idées reçues, il y a un côté politique et féministe qui ressort souvent dans les films de cette période. Un girl power activé autant par les nanas que les mecs qui acceptent des situations qu’on ne voit plus dans les pornos actuels, comme le ridicule, la soumission, les accidents, les pannes... Je pense, par exemple, à Ms. Magnificent, où l’actrice Desiree Cousteau en superwoman casse la gueule aux mecs en leur faisant des prises de karaté à la bite.
Nicolas : Ils étaient très ouverts d’esprit et en avance sur leur époque. Ils pouvaient se déguiser en nanas, faire n’importe quoi, ils tournaient des films hétéros puis des X gays, ça ne posait aucun problème, ils étaient très libres. Il existe un message politique sous-jacent dans la plupart des pornos de l’époque, mais avec des guillemets, car c’est aussi un milieu qui concentre beaucoup de souffrance : les drogues, les acteurs ou actrices qui n’ont pas toujours l’air d’être en pleine possession de leurs moyens... Et souvent des destins terrifiants, comme celui de John Holmes, qui va finir sa vie poursuivi par la CIA avec cinq homicides sur le dos. C’est un monde de jolis barges.
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Le porno avec le sosie le plus réussi ?
Nicolas : C’est très subjectif, mais on est tombé sur Peter North, une grande star qui a tourné plus de 900 films hétéros ou gay et qui ressemble comme deux gouttes d’eau à David Pujadas. Un véritable étalon, dont le surnom était la canette de bière, car sa particularité, c’était d’éjaculer des quantités incroyables de foutre. Dans les films, tu vois que ses partenaires sont un peu angoissées au moment où il va jouir car elles savent qu’elles vont se ramasser une véritable douche.

Le porno le plus sportif ?
Nicolas : Certainement Rollerbabies, ou les championnats du monde de roller fucking, avec plein de leggings et de guêtres, un film d’entraînement façon Rocky. Le coach a promis à ses filles de les emmener en championnat du monde et tu assistes aux castings, aux entrainements en salle de gym, à qui sera la meilleure. Évidemment, les actrices se détestent et se mettent des bâtons dans les roues.
Bruno : Mais aussi Aerobic Girls Club, un porno des 80's essentiellement lesbien qu’on a utilisé pour le générique, avec plein de super nanas qui font de l’aérobic en talons aiguilles sur de la moquette avec toutes sortes de battles entre la danse contemporaine et l’aérobic. Sharon Michell, la vedette du film, a exactement la même coupe et le même look que Jane Fonda.
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Le porno le plus excitant ?
Nicolas : On aime beaucoup ceux avec Amber Lynn, une grande star de l’époque avec des choucroutes absolument incroyables et qui a dû tourner dans plus de deux mille films au moins. Elle est caractéristique de l’esthétique porno chic des années 90 : beaucoup de rouge à lèvres, des brushings énormes, des chaussures avec des talons incroyables et des combinaisons moulantes couleur or.
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Le porno avec les plus belles toisons ?
Nicolas : C’est vraiment l’époque où le rasage n’était pas obligatoire, il y a énormément de poils et les mains s’y perdent souvent.
Bruno : C’est la grande décontraction par rapport à la pression que peuvent mettre les magazines féminins aujourd’hui.
Nicolas : Surtout dans les loops suédois des années soixante, qui sont un peu le pré-âge d’or du porno. Les pays du Nord étaient très forts pour ça, ils réalisaient des faux docu qui passaient au cinéma et dont le prétexte était uniquement de filmer des gens à poil. Genre, on enquêtait sur le nudisme chez les jeunes, mais le but était surtout de filmer des meufs nues.
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Le porno avec les gens qui baisent le plus mal ?
Bruno : Les films avec Chéry Sinclair ; s’il y a bien une star anti-sexe, c’est elle ! Elle a des gestes maladroits, elle singe mal le plaisir, elle a l’air de se faire chier et tu te demandes en permanence ce qu’elle fout là. Ce qui est étrange, c’est qu’elle tourne souvent avec Amber Lynn, qui elle est un véritable bonbon doué d’une souplesse sexuelle inouïe.

Le porno le plus esthétique ?
Nicolas : The Devil In Miss Jones, un classique de l’âge d’or du porno, plein d’expériences visuelles et de mises en scène fascinantes. Massive Attack a utilisé ce film pour en faire le clip de Paradise Circus en ajoutant des extraits d’une interview de l’actrice (Georgina Spelvin) alors qu’elle a genre 85 ans. C’est clairement l'une des plus belles vidéos qu’on ait jamais vues, un petit bijou, un chef-d’œuvre.
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Capture d’écran 2016-11-30 à 12.16.04++ Vous pouvez trouver A la recherche de l'ultra-sex (Nova éditions) dans toutes les bonnes librairies.