Formés en 1961, les Beach Boys ont séduit instantanément les Etats-Unis tout entiers grâce aux paroles, à la musique et à l'univers de Brian Wilson. Mais vers le milieu des années 70, M. Wilson cesse de travailler avec le groupe et sombre petit à petit dans les drogues et la dépression. Clamant avoir trouvé une méthode infaillible ayant fait ses preuves avec l'élite d'Hollywood (comme par exemple le musicien Alice Cooper), un certain Dr. Landy est contacté comme ultime recours par Marilyn, la femme de Brian Wilson. Qui est donc ce Dr. Landy ?
 
Eugene Ellsworth Landy est né à Pittsburgh le 26 novembre 1934. Il quitte l'école sans avoir appris à lire. Avant d'y retourner, il lance une émission de radio nationale et rencontre le guitariste George Benson, dont il devient le manager pendant un court moment. Puis M. Landy se dédie à la psychologie, et va jusqu'à obtenir un Ph.D et décrocher au début des années 80 un poste d'expert psychologique dans une clinique psychiatrique spécialisée dans le traitement de la dépression et de la toxicomanie. Lorsque Landy arrive dans la maison des Wilson, il tombe sur un Wilson énorme, sale et larvaire, imbibé d'alcool et de drogues. Landy accepte de s'occuper de Brian, à la condition qu'on lui donne le contrôle absolu sur la vie quotidienne de son patient.

Sur Brian, le Dr. Landy va expérimenter ce qu'il appelle sa « thérapie 24 heures sur 24 » ou « thérapie du milieu » qui consiste en une équipe d'assistants chargés de surveiller le patient tous les jours afin de contrôler tout ce qu'il touche, voit, etc. Le traitement est draconien : réveils au seau d'eau glacée, exercices rigides, accès restreint au réfrigérateur… il le force également à s'asseoir derrière son piano pour composer. En quelques semaines, Wilson est de retour dans le studio d'enregistrement et six mois plus tard il fait son retour sur scène pour le lancement du nouvel album des Beach Boys, 15 Big Ones, seules chansons composées par Wilson en dix ans. Les ventes sont prometteuses mais le malaise persiste.

Vers la fin de l'année 1976 les associés de Wilson, soucieux de le voir reprendre une vie sociale normale, décident de virer Landy. Mais en 1983, à nouveau au bord du gouffre, l'entourage de Wilson refait appel à lui. Et encore une fois, le traitement semble marcher : en deux ans Wilson a retrouvé sa forme. Cependant, certaines choses ont changé. Landy demande à présent un salaire de 35000 dollars mensuels pour ses traitements. La proximité entre le patient et le thérapeute devient si forte qu'elle inquiète l'entourage de Wilson. A travers l'artiste, le thérapeute vise « la culture du narcissisme » et dépersonnalise peu à peu Wilson. A la fois victime et héros, Wilson est l'enveloppe charnelle dans laquelle les espoirs frustrés de Landy vont pouvoir s'exprimer et vivre. Ensemble, ils créent une compagnie « Brains and Genius » (jouant sur « Brian and Eugene »), prévoyant leur collaboration sur des disques, des livres et autres produits. Puis Landy se voit crédité du titre de producteur exécutif sur l'album solo de Wilson sorti en 1988, Brian Wilson, et touche dorénavant 25 % des royalties du groupe. Les assistants de Landy qui entourent constamment Wilson ressemblent davantage à des gardes du corps et les amis de Wilson les surnomment les « surfeurs nazis ». Leur présence est décrite comme sinistre et étouffante. Petit à petit, les amis et la famille se voient refuser tout contact avec le chanteur. Pendant ce temps, Landy signe de son nom certaines créations de Wilson. Enfin, il lui prescrit des doses grandissantes d'antipsychotiques et autres médicaments. La présence de Wilson semble s'évaporer. Landy le convainc alors de travailler ensemble sur un album qui s'intitulera Sweet Insanity.

L'album ne sortira jamais et, en 1991, l'entourage de Wilson très inquiet lance un procès. Le verdict condamne Landy à ne plus jamais s'approcher de l'artiste. Il s'exile alors à Honolulu en 1993, comme s'il espérait y retrouver celui qui a chanté le surf et les filles mieux que personne, du moins en rêve. Il y ouvre un nouveau cabinet et se passionne pour le tango argentin. Après sa mort, Wilson dira de lui, bien que très rancunier du contrôle que ce dernier aura eu sur sa vie, « il me manque ». Les crédits de Landy sur les albums de Wilson ont été effacés depuis, dans un silence amer.
 
Brian Wilson & Eugene Landy - Nazi Surf


 
Brian Wilson - Smart Girls
 
 
Lire: Le Colonel Parker.
 
 
Alexandre Stipanovich. Merci à Alexander Benenson.