Soi-disant pitch
Le film commence en 1965 par un interrogatoire. Celui d’un agent de la police secrète du Shah d’Iran au lendemain de l’assassinat du Premier ministre Hassan Ali Mansour. Flashback - on retrouve le policier au volant d’une vieille Chevrolet Impala orange. La voiture file sur l’île désertique de Qeshm, face à la côte sud de l’Iran, à l’est du Golfe Persique. Le policier est chargé d’enquêter sur le décès suspect d’un exilé politique, mais tout se complique lorsqu’il découvre qu’un tremblement de terre semble se produire de manière très localisée à chaque fois que l’on enterre quelqu’un dans le cimetière local. Accompagné d’un ingénieur du son et d’un géologue, il décide d’enquêter sur cette énigme…

Jeu sur les genres
Le réalisateur Mani Haghighi s’était déjà fait remarquer avec Modest Reception et Men at Work. Avec Valley of Stars, il met à l’écran l’Iran des années 60 entre ouverture sur le monde occidental et surveillance d’un État policier. On se dit d’abord que le film de genre et d’époque va servir de prétexte à une métaphore politique (réflexe de spectateur occidental devant un film iranien). Mais après le générique d’ouverture (qui nous apprend que le film est soi-disant inspiré d’une histoire vraie), on bascule soudain dans un faux documentaire (désolé pour le spoil). Mani Haghighi se met lui-même en scène et explique à la caméra comment il en est arrivé à raconter cette histoire incroyable, mais vraie. Par la suite, le film va ainsi jouer sans cesse avec les genres de cinéma et leurs codes. De flashbacks en cuts, on saute d’un documentaire à un mockumentaire, d’un film noir à un film fantastique, de la comédie absurde au drame réaliste, d’images d’archives (des films du grand père de Mani Haghihi) à du théâtre filmé. Le tout sur une musique signée par le compositeur franco-iranien Christophe Rezai, qui mêle des sonorités traditionnelles avec des thèmes de musiques de films.

Hallu-Ciné
Valley of Stars est film déroutant, multipliant les fausses pistes, où l’intrigue remplace sans cesse par d’autres mystères les réponses tant attendues. Plus on avance, moins on comprend. Et pourtant, le film nous marque de son empreinte. Des plans magnifiques, des variations de teintes orangées et jaune moutarde, des acteurs aussi charismatiques qu’archétypaux, des décors incroyables, des apparitions féériques ou inquiétantes, une bande sonore précieuse (l’un des personnages est ingénieur du son) où l’on écoute même le silence. Perdu dans l’histoire labyrinthique d’un film méta, on se prend quand même à vivre une expérience émotionnelle au premier degré dans certaines scènes dont les images surgissent après la projection comme les souvenirs d’un trip unique sous l’effet d’une substance hallucinogène.

++ Valley of Stars, de Mani Haghighi, sort en salle ce jour, mercredi 25 janvier 2017.