Il vient d’où ?
Parce qu’il né à Baltimore et qu’il vit aujourd’hui à Brooklyn, on pourrait être tenté de ranger serpentwithfeet dans la catégorie de ces artistes qui ont réussi à rendre leur engagement séduisant, propre à séduire la foultitude de hipsters présents dans ce quartier à l’Ouest de Long Island. Il semble pourtant que l’Américain souhaite jouer selon ses propres règles.

Qui est-il ?
C’est peu dire que Josiah Wise, l’homme derrière serpentwithfeet, n’est pas un artiste comme les autres : formé au classique et au jazz vocal, membre d’un groupe de soul et chanteur d’opéra pendant un temps, cet Afro-Américain a fini par se lasser des codes («Je n’aimais pas l’idée d’avoir à porter un smoking», a-t-il confié au Guardian) pour s’amuser des traditions et tenter d’atteindre les sommets avec une musique hybride, entre nu-soul, funk, R'n'B et gospel. À seulement 28 ans, le bonhomme s’est également émancipé de son éducation religieuse, des sermons et des dimanches à l’Église. Aujourd’hui, il se définit comme queer, porte un énorme anneau dans le nez, un tatouage «Heaven» sur le front et une barbe toute colorée. Autant dire qu’il y a du glam dans son attitude et qu’il est toujours réjouissant de voir un artiste camper son personnage sans demi-mesure.

Où en est-il ?
Début 2016, Josiah a rejoint l’écurie Tri Angle Records (AlunaGeorge, Forest Swords, How To Dress Well, Clams Casino). Quelques semaines plus tard, il s’adjoint les services de Haxan Cloak (producteur de Björk) et finit par publier en août dernier Blisters, un premier EP compilant cinq titres pour un peu plus de vingt minutes. Dont la chanson éponyme et, surtout, Four Ethers, deux morceaux fourre-tout, aussi futuristes que passéistes, qui possèdent assez d’originalité et d’intentions séduisantes pour foutre en l’air les conventions de n’importe quel genre musical. 

Ça ressemble à quoi ?
Il y a dans sa façon de piller la soul, la funk et le gospel une sensualité désinhibante, un groove hérité de son amour pour le R'n'B des 90’s, celui de Faith Evans et de Boyz II Men. Mais il y a quelque chose de plus contemporain également, quelque chose qui l’incite à faire valser les structures, un peu à la manière d’Ahnoni ou de Frank Ocean. Tout en malice, en théâtralité et en modernité.

À quoi ça ne ressemble pas ?
On le reconnaît : ce n’est pas parce qu’il est homosexuel et qu’il écrit des textes pour jeunes garçons mal dans leur peau («Don’t let me doubt you», voire «I offer myself to you») que serpentwithfeet doit être rapproché de Frank Ocean ou Ahnoni. Leur unique point commun, finalement, est de façonner avec talent une musique inclassable, insolite, fiévreuse et généreuse, affranchie de toutes les normes, à la fois enracinée dans un tas d’histoires et de traditions, et en même temps merveilleusement au-dessus.

Que faut-il faire de lui ?
La presse anglo-saxonne (Guardian, Pitchfork, The Fader, Dazed) commence à en parler, MTV l’a brièvement présenté lors de l’un de ses programmes début décembre et le gus s’apprêterait à donner suite (sous forme d’album ou d’EP, on ne sait pas) à sa première livraison : autant dire qu’on va entendre parler de lui.

++ La page Facebook, le profil Bandcamp et les comptes Soundcloud et Twitter de serpentwithfeet.
++ Son premier EP, blisters, est disponible ici.

Crédit photo : Krisanne Johnson