Fantastic Birthday, de Rosemary Myers
#Mignonnerie

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Greta vit dans une banlieue résidentielle australienne dans les années disco, avec un papa rigolo et une maman dingo. Elle va avoir 15 ans et n’est pas bien dans sa peau. Sa mère, qui s’ennuie, veut absolument organiser une grande fête d’anniversaire. C’est l’angoisse pour Greta. Pendant cette soirée qu’elle cherche à fuir, Greta va sortir du jardin familial et s’enfoncer dans une forêt imaginaire peuplée de monstres gentiment effrayants et méchamment absurdes qui sont autant d’allégories de sa peur de grandir qu’elle va devoir affronter. La bizarrerie de cet univers parallèle renvoie ainsi à celle que l’on peut ressentir à l’âge ingrat.

Il s’agit du premier film de Rosemary Myers, adapté d’une pièce de théâtre, filmé au format carré. La première partie du film est une sorte de réponse australienne à Moonrise Kingdom de Wes Anderson, tandis que la seconde ressemble à Max et les maximonstres de Spike Jonze. Le film s’adresse plutôt à un public de jeunes filles, mais peut agréablement surprendre certains adultes par son exubérance visuelle, avec un très beau travail sur les costumes et les décors.

 
 

Grave, de Julia Ducournau
#FoodPorn grave

Justine, végétarienne, toute mimi, bonne élève, couvée par ses parents, débarque en école vétérinaire. Alors que le bizutage fait rage, elle affirme sa personnalité et se découvre peu à peu une passion pour la viande humaine.

Grave, c’est un peu l’antimatière cinématographique de Fantastic Birthday. Dérangeant, tabou, radical et frontal, c’est un premier long-métrage visuellement maîtrisé qu’on a du mal à digérer, avec un casting qui apporte du sang frais. Cela dit, les dithyrambes qu’on entend ici et là sont exagérés. Quand le film ne se prend pas vraiment au sérieux, on apprécie la prise de risque. Quand il prétend parler de la fin de l’adolescence, des rites de passage, des rapports entre frères et sœurs, de sexualité et de genre ou de cannibalisme, on est moins convaincu. Tout est théorique, pas très crédible, sans réelle justesse, gratuit. La mise en scène est propre, c’est bien fait, mais ce n’est jamais surprenant. On admire pourtant la force de cette jeune réalisatrice qui vient secouer le cinéma d’auteur français, mais cette énergie reste pour l’instant au service d’un résultat assez vain.

 

Mate-me por favor, d'Anita Rocha da Silveira
#YOLO

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Ce film, dont le titre peut se traduire en français par «Tue-moi s’il-te-plaît», se passe à Rio de Janeiro. Alors qu’un serial-killer sévit dans le quartier, la jeune lycéenne Bia et sa bande d’amies issues de la classe moyenne vont être confrontées à l’une des victimes. Constatant que la vie peut-être courte, Bia et ses copines décident alors d’en profiter.

A partir de ces prémisses, le scénario devient évanescent, à l’instar de la mise en scène. Petit à petit, l'on se rend compte que la recherche du tueur n’est ni vraiment le but des personnages, ni celui du film. La réalisatrice invente un faux thriller lent. Un Virgin Suicides brésilien, pop et coloré, à l’image et aux cadres travaillés, qui bascule parfois dans le kitsch en un fondu enchaîné. Comme Julia Ducournau, Anita Rocha da Silveira s’empare des codes du genre pour mettre avant tout en scène des mutations adolescentes avec une démarche d’auteur.

Le film est en réalité sorti en 2015 au Brésil et n’arrive que très tardivement dans nos salles françaises. Pourtant, il dit toujours quelque chose sur l’errance d’une jeunesse livrée à elle-même (pas d’adultes dans le film), dans une société qui hésite entre libéralisme et conservatisme (avec les scènes hilarantes d’une prédicatrice religieuse aux allures de Lady Gaga). Enfin, ce premier long-métrage est surtout une exploration profonde de la psyché d’adolescentes qui oscillent entre désir de se sentir vivantes et attraction pour la mort.