Depuis le début de l’année, voire depuis fin 2016, Fishbach squatte la Une des médias nationaux, selon une campagne de promo sans doute millimétrée. À la radio, à la télé ou dans les journaux, c’est à chaque fois le même scénario : l’auteur de À Ta Merci épate la galerie, charme par son intelligence mélodique et cite ses influences. Nombreuses.

Parmi celles-ci, allant de Christophe à Balavoine en passant par la new-wave, une a retenu notre attention, presque un bug dans la matrice à l’heure où il paraît plus convenable d’aimer l’indie-pop que la variété française : l’influence de Rose Laurens. Oui, celle qui parade dans toute la France de façon un peu gênante au sein de la tournée RFM Party 80. Celle qui fait partie d’une génération d’artistes français que l’on a tendance à considérer honteuse, ou du moins ringarde. Celle qui a vu son J’avais rêvé d’une autre vie être repris en anglais par Susan Boyle. Celle qui, en 1982, publia indéniablement son plus gros succès, Africa, auquel beaucoup de mélomanes n’ont pu s’empêcher de penser à l’écoute du Un autre que moi de Fishbach, justement.

Rose Laurens n’a pourtant rien d’un one-hit wonder. Au début des années 1970, la Française, d’origine polonaise, est même plutôt du genre à privilégier les blousons de cuir aux vestes à paillettes, forcément kitsch. À cette époque, celle qui ne se fait pas encore appeler Rose Laurens - elle n’est encore que Rose Podwojny, son nom de naissance – évolue en effet au sein du groupe de rock progressif Sandrose. L'aventure ne dure qu'un temps et s'arrête pour ainsi dire dès 1972, quelques mois après avoir publié un premier et unique album (sobrement intitulé Sandrose) aussi bancal que l’équilibre au sein du quintet : d’un côté, des envolées de guitares typiques du prog' rock ; de l’autre, des mélodies chantées avec excès par une Rose en pleine recherche d’attention.

D'ailleurs, ce n'est sans doute pas un hasard si, dès la fin de l'aventure Sandrose, Rose change du tout au tout, entame une carrière solo et adopte un nouveau pseudonyme : Rose Merryl, sous lequel elle publie une fournée de singles (In Space, L’après amour, Je suis à toi, etc.) noyés dans le maniérisme, et donc sans grand intérêt. On est alors en 1976 et, c’est une certitude, il lui faut se réinventer. Une nouvelle fois. Et c’est sous l’égide de Jean-Pierre Goussaud, collaborateur de Dalida, Céline Dion ou encore Nicole Croisille qu’elle rencontre à la fin des années 1970, que sa carrière va enfin trouver une certaine consistance. D’abord avec Survivre, titre qu’elle publie en 1979 et qui va lui permettre d’intégrer la troupe de la comédie musicale Les Misérables, au sein de laquelle elle interprète le rôle de Fantine. Puis, une fois la tournée terminée, le succès engrangé et la réputation faite, avec Déraisonnable, premier album solo publié en 1982 sous le pseudonyme de Rose Laurens.


C’est le jackpot : porté par le succès d’Africa, écoulé à plus d’un million d’exemplaires à l’époque, le disque cartonne et fait de la Française l'une des artistes en vogue de cette première moitié des eighties. À juste titre ? Plus qu’on ne le pense en tout cas. Car derrière les grandes envolées vocales (parfois insupportables, il faut bien le dire), une production peu engageante et quelques mélodies cruellement vieillottes aujourd’hui, Rose Laurens parvient à mettre en son quelques textes portés par une certaine forme de poésie. Surtout, on y trouve parfois de belles idées mélodiques, comme sur Le cœur chagrin et Le magicien d’Oz, qui lui permettront de ré-enregistrer son album en anglais, en 1983, à destination de l’Allemagne, de l’Espagne, mais aussi de l’Argentine, où Déraisonnable est distribué.

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En France, Rose Laurens profite de l’année 1983 pour surfer sur son succès et revenir avec un deuxième album (Vivre), qui, à l’instar d’Écris ta vie sur moi en 1986, se rapproche nettement plus du format chanson, et donc d’un classicisme orchestral un peu gênant. Ça n’empêchera pas Francis Cabrel et Jean-Jacques Goldman de venir faire les chœurs sur trois titres de J'te prêterai jamais en 1990, ni Louis Chedid de lui écrire Nous c’est fou en 1995, mais la réalité est plus cruelle qu’elle n’y paraît : depuis la disparition de Jean-Pierre Goussaud, devenu son époux entretemps, suivie six mois plus tard de celle de Marc Strawzynski, son parolier fétiche, Rose Laurens prend peu à peu du recul avec la musique. Surtout, l’époque a changé, la variété a évolué vers d’autres sphères et ses démonstrations vocales n’intéressent plus grand monde. Son dernier album, A.D.N., écrit par Pierre Palmade (oui, oui !) ne change bien évidemment rien à la donne : Rose Laurens restera pour toujours l’auteur d’Africa.

++ Retrouvez le site officiel de Rose Laurens.
++ Son dernier album, A.D.N., est disponible sur iTunes.