Grant naît à Londres en 1935. Son enfance, frappée par les désastres de la guerre, la pauvreté, et les déceptions amoureuses, semble tout droit sortie d'un roman de Charles Dickens. Mais ce qui ne tue pas rend plus fort disait un monsieur célèbre, et le bonhomme devient en effet sacrément plus fort. Adolescent, il est si costaud qu'il est engagé comme catcheur professionnel. Il combat sous le nom de Prince Mario Alassio. Mais rapidement, Grant se tourne vers le management d'artistes. Ses 140 kg de pure intimidation se révèlent être une arme assez efficace pour prétendre épauler des légendes du Rock comme Gene Vincent, Chuck Berry, Little Richard, et par la suite The Animals.

En 1964, celui que l'on surnommera bientôt Monsieur Muscle crée RAK Management. Il ouvre ses bureaux sur Oxford Street à Londres où il accueille bientôt son premier client potentiel : le guitariste des Yardbirds, Jeff Beck. Ce dernier lui fait part des soucis d'argent de son groupe, qui ne parvient pas à engranger des bénéfices avec les tournées. Celui qui est alors encore le manager des Yardbirds accepte que Grant prenne sous sa responsabilité la prochaine tournée du groupe. Le succès est tel qu'il devient leur manager officiel. Mais bientôt, des tensions au sein des Yardbirds mènent le groupe à la dissolution. L'autre guitariste du groupe, Jimmy Page, reste donc tout seul, héritant du nom. Grant mise alors sur Page, convaincu de son prodigieux talent et Page fait confiance à Grant. Ils décident de continuer ensemble l'aventure. Page recrée un groupe, appelé pendant un temps The New Yardbirds, avant de prendre le nom définitif de Led Zeppelin. Monsieur Muscle en est le cinquième membre.

En octobre 1968, le quartet répète à Londres tandis que Grant est dans un avion en direction des Etats-Unis. Objectif : décrocher un contrat avec une maison de disques. Atlantic Records n'a jamais vu ni jamais entendu Led Zeppelin mais Peter Grant parvint à obtenir du label une avance de 200 000 $ dans le cadre d'un contrat d'enregistrement s'étalant sur 5 ans. De retour à Londres, Grant réunit les musiciens en studio. Une semaine plus tard le disque est produit.
Les Led Zep partent alors pour les Etats-Unis où ils font la première partie pour différents groupes. De façon systématique, ils captent toute l'attention du public, au détriment des têtes d'affiches. En quelques mois, leur album fait son entrée dans le top 10 américain.

Craint et méprisé dans de nombreux cercles, Grant possède toutefois un authentique et admirable trait de caractère : il croit dur comme fer que ce qui importe le plus, ce sont les artistes. Il est d'ailleurs capable devenir dangereux pour préserver les droits du groupe. S'il attrape quelqu'un en train de prendre des clichés ou de faire un enregistrement pirate d'un concert, il se transforme en Monsieur Muscle, et l'ambulance arrive peu après.  Car il faut savoir que son surnom, il le tient du jour où un impresario essaya de débaucher un de « ses » chanteurs après un concert. Six policiers essayèrent de le contenir, mais il les mit à terre eux aussi. La légende de Monsieur Muscle était née.

Mais Peter Grant imprime sa marque à la profession pour de nombreuses autres raisons. Alors que tous les managers restent assis dans leurs bureaux, il est sur la route avec les musiciens ; il exige que le groupe détienne le contrôle artistique et financier ; il croit aux concept albums et pense que l'album doit être la raison de vivre d'un groupe, et pas seulement le single.


La profession se réfère à lui comme The Man Who Led Zeppelin (jeux de mots : l'homme qui dirigea le zeppelin) car, dans les années 70, il dirige effectivement le Zeppelin vers les cimes. A tel point que le manager d'Elvis Presley, le légendaire Colonel, propose à Grant de se charger de la première tournée du King en Europe. Avant que la mort d'Elvis coupe court aux négociations.

En 1980 la nouvelle de la mort de John Bonham, le batteur de Led Zeppelin, frappe Grant et le laisse traumatisé. Malade du diabète, il se barricade dans sa maison de l'East Sussex (Angleterre) ou il se perd dans la cocaïne, l'héroïne et la junk food pour le restant de la décennie.

Mais vers la fin des années 80, il refait surface, détaché de la drogue et avec un paquet de kilos en moins. Il accepte même quelques rôles au cinéma, notamment celui d'un cardinal dans Carry On Columbus et devient le pape des conférences de management musical.

Il meurt d'une crise cardiaque le 21 novembre 1995, le jour anniversaire de la séparation du groupe. Coïncidence ou message ? Sans la présence scénique du Zeppelin, la vie ne valait peut-être plus la peine d'être vécue.

 
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