Parce que la technique n'est pas au point

Les lunettes 3D sont lourdes à porter, au bout de deux heures, ça fait mal au nez et un peu à la tête si on est de constitution fragile et surtout, l'image et les couleurs sont assombries. Pour compenser, les copies sont donc ultra-brillantes et ceux qui ont eu le malheur de retirer les lunettes (ce qui est un peu con quand même), sont devenus aveugles (l'industrie du cinéma les maintient probablement dans le silence). Ajoutons que ça s'appelle la 3D relief, mais il est où le relief ? Jusqu'ici rien ne sort jamais vraiment de l'écran pour venir toucher le spectateur : ni personnages, ni objets (ni émotions d'ailleurs), on se contente la plupart du temps de la profondeur qui est beaucoup moins spectaculaire. Tout ça pour ça, merci. Pour l'instant le meilleur film 3D que j'ai vu dans un cinéma classique, c'est une pub Haribo où une langue vient caresser le visage du spectateur (dans mon souvenir, c'était un truc érotique de ce genre). Pour finir, avec les grandes lunettes rouges en plastique, masquant la moitié du visage, on rencontre un grave problème de style et on fait face à plusieurs difficultés pour emballer le voisin ou la voisine (les deux pouvant se cumuler parce qu'on peut perdre toute envie en voyant quelqu'un avec les lunettes). Le seul point positif de la 3D, c'est qu'elle va donc peut-être mettre fin au cinéma comme plan date foireux (passer à l'attaque sans parler, dans le noir, de côté).

Parce que c'est une arnaque

Dans la foulée d'Avatar, l'industrie du cinéma (Hollywood pour l'instant) s'est jetée sur la 3D car elle y a vu une opportunité pour ramener les spectateurs dans les salles (pas encore de 3D à la télé), pour lutter contre le piratage (va filmer un screening d'un film en 3D) et pour faire concurrence aux jeux vidéos (toujours plus réalistes et interactifs et dont les ventes ne cessent de croître). Par ailleurs, inutile d'être un expert de la vente liée pour sentir qu'il y a une petite arnaque dans le fait de devoir payer 2 euros en supplément pour voir un film en 3D (même quand on a la carte illimité). Toutefois, du côté des recettes, la 2D fait de la résistance puisqu'en 2010, parmi les cinq films en tête du box-office américain, trois sont en 2D : Iron Man 2, Twilight 3 et Inception et il n'est pas certain que la 3D ait vraiment compté dans le succès en salles des deux autres : Alice in Wonderland et Toy Story 3.




Parce que la démarche esthétique est condamnée d'avance

La 3D correspond-t-elle à l'apparition de la perspective en peinture ou se résume-t-elle à un gadget de parc d'attractions ? Cette question m'a fait penser à ce bon vieux Jean Renoir dont certaines interviews trainent sur youtube et qui, sans avoir vu la forêt de Pandora en IMAX, avait déjà capté quelques points importants : « Imaginez que nous arrivions au cinéma à donner l'impression parfaite d'une forêt, nous aurons des arbres avec l'épaisseur de l'écorce, nous aurons des écrans encore plus grands qui feront le tour du spectateur et nous serons vraiment au milieu de la forêt […] alors il arrivera qu'on prendra une vespa et qu'on ira dans une vraie forêt ».  

(Commencer à 5 :22 pour les gens pressés)

Et oui, on a trouvé quelque chose de  mieux que la 3D, ça s'appelle la vie. C'est vrai que pour 12 euros, on pourrait avoir l'impression de vivre une expérience extraordinaire au cinéma, mais ce sera toujours moins bien qu'un saut en parachute, et enfin, peu importe, ce n'est pas ça le cinéma, si on kiffe vraiment les sensations offertes par la 3D, mieux vaut s'acheter un billet pour le Futuroscope.

Parce que le procédé est encore sous-exploité

La marche de l'histoire a donné tort aux grincheux qui avaient critiqué en leur temps l'apparition de la couleur et du parlant au cinéma. Pour la 3D, ça reste à voir. Dans tous les films qui sont sortis, l'écriture n'exploitait en rien les possibilités offertes par la 3D. On peut voir ces films en 2D ou en 3D et rien ne change dans la façon dont l'histoire est racontée et mise en scène, tout est à inventer. Cette idée fait encore écho aux propos de Jean Renoir : « Lorsque la technique est perfectionnée, presque tout est laid sauf ce qui est le fait d'artistes suffisamment géniaux pour dominer la technique. ». Wim Wenders prétend que la 3D était indispensable pour filmer Pina Bausch et ses danseurs. Dès que j'ai un peu de courage, je vais lui donner une chance, mais j'ai un doute, l'ennui en trois dimensions, c'est de l'ennui multiplié par trois.


Damien Megherbi.