Monter le film bizarrement
Le cas d'école : Gaspard Noé et Irréversible.
On dit du montage que c'est la troisième écriture après le scénario et le tournage. Il est vrai qu'on peut rattraper beaucoup de choses au moment du montage, choisir les bonnes prises, couper les acteurs qui jouent mal, changer un peu l'histoire, etc. Quand l'histoire racontée linéairement n'est pas terrible, certains ont la bonne idée de voir ce que ça donne dans le désordre ou en commençant par la fin, on sait jamais, ça peut donner un film génial.

Noyer le film sous une musique sur-signifiante
Le cas d'école : Xavier Durringer et La Conquête.
C'est la technique des téléfilms du dimanche après-midi. On ne laisse pas une seconde de répit au spectateur et on annihile ses facultés mentales avec une musique envahissante qui explicite clairement comment interpréter chaque scène. Avec un montage adéquat (voir point précédent), on peut même arriver à faire passer un mauvais drame pour une comédie.

Abuser des ralentis
Le cas d'école : Xavier Dolan et Les Amours Imaginaires.
Les gens aiment les ralentis, ça fait cinéma et il se dégage de cet effet un étirement solennel du présent qui redonne à l'homme moderne une transcendance perdue dans la banalité d'un monde où tout va trop vite. Avec une musique adaptée (voir deuxième paragraphe), on peut ainsi faire croire qu'une bluette avec un scénario écrit en soirée sur un flyer est un chef d'oeuvre de Truffaut.

Surfer sur une polémique
Le cas d'école : Rachid Bouchareb et Hors-la-Loi.
Quand on a la chance d'avoir un sujet « polémique » (sexe, politique), il suffit de faire monter la mayonnaise autour de ce sujet soit disant subversif. Même sans avoir vu le film, des personnalités se positionneront par rapport au prétendu propos du film et des extrémistes organiseront une petite manif. Tout ça créera vaguement un buzz et motivera le public qui voudra se faire sa propre opinion. Si le sujet du film ne prête pas à la polémique, il est possible d'en créer une de toutes pièces, en tenant un discours politiquement incorrect en conférence de presse par exemple, mais attention à ne pas aller trop loin (propos antisémites, pro-nazi, pédophiles) sinon les médias risquent de rester bloqués sur ces propos et tout le monde oubliera de parler du film.

Jouer les génies incompris
Le cas d'école : David Lynch et Inland Empire.
Cette technique ne concerne que les réalisateurs qui sont parvenus au cours de leur carrière à se bâtir une image plus ou moins justifiée de personnalité « tellement géniale et mystérieuse ». En cas de passage à vide (ce qui finit par arriver à un moment ou un autre dans une carrière), ils peuvent se permettre de ne rien dire du tout. Personne n'a rien compris au film ? Tant mieux ! Le mieux est de ne donner aucune explication et de laisser faire les snobs. Le film est génial et les gens sont vraiment trop cons pour comprendre (ce qui, de toute façon, n'est pas complètement faux).

Renier le film
Le cas d'école : Mathieu Kassovitz et Babylon A.D.
Dans les films à gros budget, les stars peuvent jouer les divas, les financeurs vouloir retoucher le scénario, les assureurs décider de prendre le contrôle d'un tournage qui se passe mal, etc. Quand le réalisateur perd le contrôle du film à un moment (alors que c'est un peu son boulot de le garder quand même), il ne lui reste qu'à exagérer cette perte de contrôle et à pointer du doigt les méchants producteurs ou les acteurs prima donna en reniant purement et simplement le film. Le reste de crédibilité artistique sera ainsi sauvé, voire augmenté du fait de la posture d'artiste victime d'un système, et s'il s'agit d'un film de genre français, l'échec commercial pourra être amorti avec les ventes à l'étranger.

Mettre le paquet sur la promo
Le cas d'école : Thomas Langmann et Astérix aux Jeux Olympiques.
Dans le cas d'une grosse production, le matraquage médiatique peut permettre de sauver les meubles. Même si le film est à vomir, les stars du casting iront faire le tour des plateaux de télévision. Cela garantira au moins un bon démarrage en première semaine. S'il reste un peu d'argent (après cette fin de tournage mémorable où il a fallu payer un car entier d' « hôtesses »), tout doit être mis dans la campagne marketing quitte à repeindre tous les bus de Paris si on peut. Évidemment, le matraquage médiatique motivera les plus influençables d'entre nous mais en plus, le budget du film sera artificiellement gonflé et, effet boule de neige, ce budget élevé fera encore plus parler du film donc attirera encore plus de spectateurs.

Faire un documentaire sur le plantage
Le cas d'école : Terry Gilliam et Lost in La Mancha.
Il peut arriver que le destin s'acharne sur un tournage et que le film ne s'en remette pas. Dans ce cas, la seule issue est d'assumer l'échec, de récupérer les rushes, d'appeler le stagiaire qui s'est occupé du making of puis de faire un documentaire un peu culte et décalé sur une aventure artistique et humaine voire une parabole sur le combat des hommes contre la fatalité.


D.M. // Illustration par le service photoshop de Brain.