Un sous-genre de la comédie romantique


Même si des prémices l’avaient annoncé, tout a réellement débuté en 2003, avec Love Actually de Richard Curtis, professionnel de la comédie romantique (scénariste de Quatre Mariages et un Enterrement, Coup de Foudre à Nothing Hill et du Journal de Bridget Jones). Love Actually est une comédie romantique qui se déroule à Londres, la veille de Noël, et qui suit les destinées sentimentales de différents couples dont les trajectoires se croisent et se répondent.


En 2009, Garry Marshall, à qui l'on devait déjà Pretty Woman, décide qu'il est temps de faire traverser l'Atlantique à ce concept et réalise Valentine's Day. Le film se déroule à Los Angeles, le jour de la Saint-Valentin et suit les destinées sentimentales de différents couples dont les trajectoires se croisent et se répondent. Un high-concept était né. Vous cherchez la recette rapide d'une comédie romantique à succès? Réunissez un casting pléthorique, ajoutez autant d'intrigues qu'il y a d'acteurs, saupoudrez de bons sentiments, plongez le tout dans une mégalopole moderne, mélangez et servez un jour marquant du calendrier.
En 2011, le même Gary Marshall reprend la recette et nous sert New Year's Eve (Happy New Year en Français sinon on aurait rien compris) mais cette fois le plat sent quand-même un peu le réchauffé. Vous verrez ci-dessous à quoi ressemble Gary Marshall, ça peut donner une idée des films qu'il est susceptible de réaliser.

 

Sarah Jessica Parker & Gary Marshall sur le tournage

 

La partouze romantique


Le problème du couple, de la possibilité et de la pérennité d'une relation sentimentale dans notre monde libéral et désenchanté, alimente en grande partie la comédie romantique moderne. Comme la bonne solution n’a pas été trouvée, tout le monde propose la sienne, en particulier dans les films chorals comme Love Actually (ou encore Modern Love et plus récemment L'Art d'Aimer en France). On suit donc différents personnages confrontés à cette problématique dans des cas particuliers qui s'en sortent tant bien que mal. La mégalopole moderne agit comme une sorte de personnage supplémentaire, accompagne les amoureux et apporte un cadre bling bling et glamour. Dans Love Actually, c'est Londres, dans Valentine’s Day, Los Angeles et dans New Year's Eve, New York. Le même genre d'histoire est en effet plus difficile à imaginer à Saint-Etienne par exemple.


Une dizaine d'acteurs et d'actrices sont présents sur l'affiche de Love Actually, une quinzaine sur celle de Valentine's Day et presque une vingtaine sur celle de Happy New Year. En résumé, on trouve donc à peu près le monde entier au casting et même plus encore. Tu aimes le rock ? Tiens, prends du Bon Jovi. Tu préfères le rap ? Tiens voilà du Ludacris. Tu aimes les séries ? Ne t'inquiète pas, on a pensé à mettre Lea Michelle de Glee, Katherine Heigl de Grey's Anatomy et Sarah Jessica Parker de Sex and the City. Tu aimes le cinéma? De quoi te plains-tu, on te sert sur un plateau Hillary Swank et même Robert De Niro. Tu aimes Ashton Kutcher ? Arrête de lire cet article et va te pendre, merci. On pourrait continuer ainsi longtemps, malheureusement Brain ne paie pas ses journalistes à la longueur des articles. Bref, l'idée marketing c'est que dans le tas, il y aura bien la présence d'un acteur ou d'une actrice qui motivera le chaland à aller voir le film. D'ailleurs, le simple fait de réunir autant de célébrités dans un même film peut suffire à encourager le spectateur à entrer dans la salle pour satisfaire une sorte de désir de collection, à l'instar d'une rencontre entre le Real Madrid et le Barça ou d'une émission de télé-réalité qui réunirait les meilleurs candidats des dernières saisons.

Ashton Kutcher & Gary Marshall sur le tournage

 

Jour de fête


Dans ces comédies romantiques, la date spéciale sert de catalyseur pour lancer une réaction en chaîne générant un surplus émotionnel qui finit par irradier tous les personnages du film. De plus, puisque c'est un jour que tout le monde fête, il s'agit également d'un élément fédérateur pour relier tous les personnages de l'intrigue entre eux. Enfin, ces films ont l'ambition de faire vivre au spectateur une superbe fête par procuration car dans le monde réel, pour la majorité des gens, le Nouvel An ou la Saint-Valentin sont des injonctions à la célébration, au bonheur et à la consommation qui finissent par être déprimantes, oppressantes et anxiogènes car sans issue possible (que vous vous placiez dans la position de l'anticonformiste ou que vous jouiez le jeu). C'est pourquoi on n'hésite pas à vous demander sur l'affiche: «Et vous, que faites-vous pour le Nouvel An ?». Même si, contrairement à l'année dernière, vous avez un plan qui ne sent pas le moisi, il y a de fortes chances que le Nouvel An finisse mal et/ou donne lieu à de grands moments de solitude. Si on ajoute les promesses de kilos en trop à la rentrée, le bilan négatif sur l’année passée, les résolutions pour l’année prochaine qui ne sont crédibles pour personne et les bêtisiers de Noël à la télé, il y a vraiment de quoi perdre le moral. Au cinéma, en revanche, tout semble se nouer parfaitement, comme un nœud autour d’un papier cadeau réalisé par une vendeuse surentraînée, dans une débauche de décorations, de paillettes, de lumières et de feux d'artifices.


Rassurez-vous, le nombre de jours marquants dans le calendrier étant relativement limité, ce sous-genre risque de s'épuiser aussi vite qu'il est né. Toutefois, plusieurs mutations sont possibles. Par exemple, un film d'horreur se déroulant un jour férié. Réalisé par Eli Roth, ça donnerait Thanksgiving. Autre possibilité, une version française qui aurait lieu le jour de la fête de la musique ou pire, le jour de la fête des voisins (mais mince alors, ça existe déjà!).


Damien Megherbi.