Les combattantes

 

A ma gauche, dans le rôle de Jean-Michel Basquiat, la Britannique M.I.A, jeune princesse orientale à la posture rebelle, mariée à Benjamin Brewer, fils du milliardaire Edgard Bronfman, ancien P.D.G du groupe Warner. M.I.A a des lèvres pulpeuses à rendre jalouse Blanche-Neige, les dents qui rayent le parquet et l’attitude de celles qui veulent devenir reine à la place de la reine. Mais dans sa chambre d’adolescente n’avait-elle pas un poster de Madonna ?

 

A ma droite, dans le rôle d’Andy Warhol, la blonde américaine, Madonna, reine incontestée de la Pop et de la provocation. Mamie Mado travaille avec des jeunes, sort avec des jeunes, fait de la musique de jeunes et combat le vieillissement à coups de bistouris, de séances d’entraînement spartiates et de régimes drastiques. Mais quand Madonna demande à son miroir qui est la plus belle, ne lui répond-il pas M.I.A ?

 

 

Round 1 : le clip

 

Madonna et M.I.A ont sorti leur dernier clip le même jour, tous deux signés par des réalisateurs français en vogue, respectivement Megaforce et Romain Gavras. D’un côté, la madone quinquagénaire défile en petite tenue dans un univers sombre et froid, une équipe de joueurs de football américain fantomatiques à son service. De l’autre, M.I.A, couverte des pieds à la tête, se contente de poser à la coule dans un désert lumineux, protégée par une armée de rebelles arabes caricaturaux.

 

 

Le clip de Give Me All Your Luvin' réalisé par Megaforce se déroule dans une esthétique porno chic où Madonna apparaît soit en MILF soit en Marylin Monroe de la pop entourée de deux Marylinettes. Le tout est assez ennuyeux et aussi vulgaire que le partenariat avec Smirnoff qui semble avoir inspiré les choix de couleurs du clip.

M.I.A a été invitée par Madonna à figurer dans son clip, ce qui, a priori, peut être perçu comme une sorte de reconnaissance, mais elle y est en fait essentiellement réduite au rôle de pom-pom girl, tout comme Nicki Minaj. Madonna, elle, dominatrice, se sert des joueurs comme de marchepieds, et utilise les deux rappeuses comme faire-valoir.

 

 

Le clip réalisé par Romain Gavras peut apparaître tout aussi vain mais il a au moins le mérite d’offrir des images hypnotisantes qui trouvent une résonance dans l’inconscient collectif en mêlant habilement chorégraphies hip-hop, orientalisme, imagerie de la rébellion dans le monde arabe et vidéos de drift en Arabie Saoudite (lire notre article sur les références ici). Et ce même si des accusations de plagiat se font déjà entendre (cf. ce clip de Munk réalisé en 2009).

 

Round 1 : Avantage aux points pour M.I.A

 

 

Round 2 : Le Superbowl

 

 

Selon les commentateurs, Madonna a assuré le spectacle avec un show spectaculaire de 13 minutes à la mi-temps du match. M.I.A était également au programme. Alors que la chorégraphie millimétrée se déroulait, un jeu de pouvoir et de contrôle avait lieu en toile de fond, entre transmission et concurrence artistique. Madonna, déguisée en Cléopâtre kitsch, affirmait ainsi son statut de reine et dérobait à M.I.A son fond de commerce orientaliste. Par ailleurs, si la « grande dame de la chanson » semblait ouvrir son univers à la jeune M.I.A en lui permettant de monter sur la même scène qu’elle, cela lui permettait également de mieux la contrôler tandis que M..I.A, tel un cheval de Troie, en profitait pour prendre le pouvoir au moyen d’un doigt d’honneur furtif. Un sacrilège vulgaire dans l’américaine puritaine, et donc un moyen de tirer vers elle la couverture médiatique, qui n’était pas sans rappeler le téton exhibé par Janet Jackson il y a huit ans.

 

 

Round 2 : Avantage aux points pour M.I.A

 

 

Round 3 : La chanson

Pas besoin de tergiverser,  Bad Girls de M.I.A donne envie d’appuyer sur repeat tandis que Madonna nous a pondu un truc entre Avril Lavigne et High School Musical, pour reprendre les propos d’un judicieux commentateur youtube.

 

Round 3 et match : Victoire par K.O de M.I.A

 

 

Damien Megherbi // Montage photo: Stephane Haiun.